lundi 4 avril 2016




L’hypothèse ET est-elle obsolète ?


Plus explicitement, cette hypothèse extraterrestre (HET), qui veut voir dans les ovnis des véhicules en provenance de l’espace circumterrestre venus là de beaucoup plus loin, est-elle encore  susceptible de prévaloir aujourd'hui à la lumière des connaissances actuelles ? A-t-elle résisté aux attaques en règle débutées dans les années 1960 avec ce qui devait être l’assaut final en 1990 ? Ou bien doit-on l’abandonner purement et simplement en faveur d’une alternative qui s’impose ?



« La recherche appliquée aux ovnis doit tendre à la découverte de ce qui est
et non à l’affirmation de ce qu’on voudrait qui fût. »

René Fouéré, 1977.

La publication récente par les Editions Le Courrier du Livre d’un coffret (1)  comprenant toute l’œuvre du G.E.P.A. me donne l’opportunité de revenir ici sur l’évolution en France de l’hypothèse extraterrestre  (HET) pour expliquer l’origine des ovnis ; celle-là même qui, justement, prévalait dans la période couverte par les publications de cette association ufologique respectée et trop tôt disparue.

De 1962, date de sa création, jusqu’à sa dissolution en 1977, le bureau du G.E.P.A., tout acquis à l’HET, resta extrêmement méfiant envers les théories alternatives qui se faisaient jour en cette période en Amérique, puis en France ; celles-ci n’ont contribué d’ailleurs qu’à compliquer la problématique du phénomène ovni.

Qui était le G.E.P.A. ?
Général L. M. Chassin (1902-1970).
Le G.E.P.A., groupe d’étude des phénomènes aériens, fut l’une des premières associations ufologiques françaises et, par son sérieux et la qualité de sa ligne éditoriale, il contribua largement à dissiper l’image soucoupiste qui ternissait alors l’ufologie française. Ses membres fondateurs étaient principalement des scientifiques (2), des ingénieurs, des techniciens parmi lesquels se mêlaient même des militaires dont le Général de l’Armée de l’Air, Lionel M. Chassin (1902-1970) qui en fut le premier Président.
Grâce à son ambition d’aborder le problème des soucoupes volantes (SV) du point de vue scientifique, ce qui était nouveau en France, le G.E.P.A. s’attira la collaboration de scientifiques et de chercheurs issus du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et même du CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) et ce, dans un contexte non ambigu où son bureau directeur et ses enquêteurs adhéraient très largement à l’HET. 



Le G.E.P.A. fit notamment la promotion de la déclaration du Dr James E. McDonald (1920-1971), physicien américain, qui prônait un effort conjugué de tous les savants du monde en vue de déterminer la nature des ovnis (3). R. Fouéré, cheville ouvrière du G.E.P.A.,  renchérissait en 1969 : seule l’approche scientifique est valable dans ce domaine. Et d’ajouter : Ce n’est pas aux philosophes, aux hommes de religion ou aux historiens qu’il faut nous adresser [PS (4) n°19]; excluait-il là tous ceux qui, dans cette catégorie, s’en sont mêlés pour le grand malheur de l’HET ?

L’HET transparaît partout dans les publications du G.E.P.A. : éditoriaux et comptes-rendus d’enquêtes, articles de réflexion… On y trouve la conviction profonde que les soucoupes volantes (terme conservé et préféré à celui d’ovnis par son Président, R. Fouéré qui succéda au Général Chassin après sa mort) viennent de l’espace. Y figure aussi une magnifique iconographie de la variété du genre.

Quand l’HET faisait consensus

Bref, tout y est pour accréditer l’HET comme la seule explication possible des ovnis : en des termes choisis, les SV ne pouvaient être que des astronefs, des vaisseaux spatiaux, pilotés ou téléguidés par des visiteurs, des disques volants, des engins extraterrestres stationnés dans l’espace à proximité de la Terre ou directement en provenance de l’espace intersidéral…

René Fouéré (1904-1986).
Il faut croire que les objets (c’était le terme généralement employé) observés se prêtaient bien à cette HET puisque ni le staff de la revue, ni les enquêteurs, ni les témoins, ni les lecteurs n’y trouvaient à redire, celle-ci reflétant un consensus largement en vigueur à l’époque. Dans certains cas même, les conducteurs de ces SV se montraient accréditant plutôt la thèse d’une exploration non robotisée (on y reviendra, ce serait un point faible de l’HET) ; ainsi, les SV s’imposaient comme des machines spatiales pilotées par des êtres non-humains (…), des êtres intellectuellement beaucoup plus âgés que nous puisque capables de venir de si loin.

C’est dans les éditoriaux et les chapeaux des articles assortis de réflexions personnelles de son emblématique Président, le respecté René Fouéré, ingénieur de son état et intéressé aux soucoupes depuis le début de leur apparition (1947), à travers ses remarques  toujours modérées mais si bien senties sur les premières remises en cause de l’HET, notamment sur les premiers écrits de Jacques Vallée, que j’ai suivi le cheminement de ces idées anti-HET au sein du G.E.P.A, (n’y a-t-il pas eu une route parallèle suivie par l’ufologie française sérieuse de cette période ?), allant jusqu’à penser que tout cela n’était pas sans quelque liaison cachée avec la mise en sommeil du groupe en 1977 (6).

L’HET contestée
Ray Palmer (1910-1977).
C’est dans la revue Flying Saucer de Ray Palmer (7) qu’au début des années 1960, certains ufologues américains arguèrent que le phénomène SV était trop étrange pour accréditer une notion aussi matérialiste que celle d’une exploration extraterrestre ; ainsi s’implanta une base occulte pour le phénomène qui se développa dans la revue britannique Flying Saucer Review. L’écrivain américain John Keel y remit en cause l’HET et, dans des livres publiés entre 1970 et 1975, substitua aux extraterrestres des ultraterrestres, êtres démoniaques qui secrètement contrôlaient le monde en manipulant notamment l’humanité à des fins obscures.
John Keel (1930-2009).

Bizarrement, ce ne furent pas les idées iconoclastes de J. Keel (qu’il exposait sans se prendre au sérieux) qui firent le plus mal à l’HET. Le coup le plus dur vint d’un scientifique français, J. Vallée qui, tout d’abord champion de l’HET, emboîta brusquement le pas de l’Américain avec un certain talent, il faut bien le reconnaître.

Déjà, rapportant succinctement la parution de son livre : Les Phénomènes Insolites de l’Espace (8) dans PS n°7 de mars 1966, R. Fouéré glissait laconiquement que l’auteur n’était même pas moins, à certains moment, d’ironiser sur l’hypothèse des soucoupes volantes comme astronefs ET et on sentait que cette humour n’avait pas l’heur de lui plaire beaucoup.

Mais c’est dans son Chroniques des apparitions extraterrestres (9) [signalé dans PS n° 32 (juin 1972) juste avant deux ouvrages de J. Keel et non commenté] que J. Vallée s’attaquait à l’HET, qu’il qualifiait de naïve et semait les graines qui vont engendrer ses plus farouches adversaires lesquels se déchaîneront pendant 30 ans : les partisans de l’hypothèse psychosociale, l’école qui, profitant d’un travail de sape dans le milieu scientifique (celui-là même visé justement par l’œuvre de R. Fouéré), menaça bien de s’imposer : en reléguant tout simplement les ovnis au rang des fantasmes socioculturels nés du folklore et de la science fiction !

Cette thèse qui domina l’ufologie européenne dans les années 1980 dont la compréhension m’a toujours dépassé, est sur ses fins ; citons Anthony R. Brown, dans Magonia (10) d’octobre 2000 qui en annonce le déclin et la chute (tout en n’étant pas moins tendre avec l’HET par ailleurs !) : L’essence de l’hypothèse psychosociale est de banaliser l’expérience du témoin et de remettre en question son honnêteté de base comme être humain. L’hypothèse et quelques-uns de ses supporters nous disent plus sur leur propre caractère et leur ignorance même des faits les plus basiques de la science que cela nous en apprend sur la vraie nature des ovnis. Lire cela dans cette revue ufologique britannique anti HET est d’un grand réconfort pour ceux qui, comme moi, s’y raccrochent encore et ferait certainement plaisir au regretté R. Fouéré (11)  pour lequel c’était les faits qu’il fallait étudier en priorité!

C’est dans le n° 41-42 de PS (juin-décembre 1974) que R. Fouéré prenait nettement ses distances avec les idées folklo-féériques de J. Vallée développées dans Chroniques des Apparitions Extraterrestres toujours à mots couverts contestant le caractère psychologiquement impressionnant du phénomène qui provoquerait cette perception extra-sensorielle des témoins…; décidément, l’HET assaisonnée à la sauce paranormale (dite parapsychologique), ne lui convenait pas particulièrement.

En juin 1975, suite à la sortie du livre de Vallée : Le collège Invisible (12), R. Fouéré dans son éditorial de PS n°44 soulignait l’influence néfaste sur la recherche qui nous est si précieuse des idées développées dans ce livre [elles susciteront par la suite l’hypothèse conspirationniste (13)]. Un virage regrettable de l’auteur annoncé par Passport to Magonia. Et de déplorer qu’ainsi, l’HET soit dévaluée au profit de l’interprétation parapsychologique. Vallée vient au secours de Menzel et Klass, deux négateurs américains de la réalité objective des ovnis. Ainsi, cela sapait-il la recherche préconisée par le G.E.P.A. depuis 12 ans. Dans le numéro suivant, R. Fouéré revenait sur le côté néfaste de faire des SV des manifestations en quelque sorte surnaturelle ou parapsychologique, des hallucinations ou visions à caractère religieux avec personnage céleste angélique ou démoniaque. Ce sera d’ailleurs le dernier éditorial de R. Fouéré qui au numéro suivant de PS cédera la plume à sa femme Francine, lui-même s’étant retiré comme Président d’honneur du G.E.P.A.

PS continuera de rester dans la ligne de ceux qui pensent que les SV sont des engins spatiaux d’origine ET parfaitement tangibles et matériels tout en mentionnant les différentes thèses qui s’affrontent en France : l’école qui voit dans la manifestation d’une civilisation qui explore la Terre comme nous Mars et Vénus et la deuxième qui néglige l’aspect matériel des ovnis pour ne retenir que leur impact parapsychologique depuis des siècles sur notre civilisation.

Et de republier en 1976 un texte paru en 1965 et intitulé Soucoupes Volantes et voyages Interstellaires. Non le G.E.P.A. ne reniera jamais l’HET.

Dans le dernier numéro de la revue paru en mars 1977 (n° 51), René Fouéré présentait un texte de son cru intitulé un certain usage de la parapsychologie qui, à mon sens, constitue le point d’orgue du G.E.P.A. en matière de sa vision d’une ufologie matérielle et de son refus de voir l’HET dévoyée au profit de la théorie psi. Il fustigeait ceux qui ne sont guère exigeants en matière de preuves (cela ne s’applique-t-il pas à une certaine ufologie presse bouton où, à l’heure d’Internet, n’importe quelle lumière nocturne est assimilée à un ovni ?) : traces au sol et autres.

Déjà en 1977, R. Fouéré répondait à deux objections concernant l’origine ET des SV :
1/ elles étaient trouvées trop nombreuses pour venir de l’espace. Sa réponse tournait autour du nombre à partir duquel est-ce peu et à partir duquel est-ce trop ? Sur le plan cosmique que veut dire trop nombreux ? Inutile de revenir à cette objection compte tenu de la chute drastique du nombre d’observations en ces années 2000.
2/ le type humanoïde des pilotes aperçus. Nous y reviendrons.

J. Vallée persiste et signe
Non content d’avoir jeté la confusion dans le milieu ufologique, Jacques Vallée après avoir alimenté les vues folkloriques, occultes, ésotériques, surnaturelles puis conspirationnistes, réglé ses comptes avec les ufologues tôles et boulons (14), planta une dernière flèche dans la cuirasse déjà bien entamée de l’HET. En 1990, il publia dans la seule revue (15) dite à référés ouverte à l’ufologie (son renom lui servit certainement), ses 5 arguments à l’encontre de l’HET qu’il reconnaît textuellement avoir été supportée par une majorité du public et la quasi-totalité des chercheurs ufologues :
Argument 1 : la fréquence des rencontres rapprochées ;
Argument 2 : la physiologie ;
Argument 3 : les rapports d’abduction ;
Argument 4 : l’histoire ;
Argument 5 : les considérations physiques.

De façon étonnante, les ufologues américains pro-HET – ils sont pourtant nombreux et il y en a de très célèbres – ne se précipitèrent pas pour apporter la contradiction à J. Vallée et contester son offensive anti-HET. Cette discrétion s’explique mal sauf s’ils ont été repoussés justement par les référés. Seul Robert M. Wood (16), Ph. D., mathématicien, informaticien et ufologue non réputé, put développer ses contre-arguments et on va voir comment ; son idée est de dire que tout ce que dit J. Vallée s’écroule si on admet que les voyages spatiaux peuvent se faire à une vitesse supérieure à celle de la lumière et ainsi fait-il un sort poli aux 5 arguments de son illustre confrère !

Pour chaque argument anti-HET, examinons brièvement comment J. Vallée l’explicite, quels furent les contre-arguments présentés à l’époque notamment par R. M. Woods et ce qu’on peut dire aujourd’hui sur la validité des uns et des autres.

Argument 1 : le nombre des rencontres rapprochées : J. Vallée l’estime tout d’abord à 5 000 et en profite pour déjà, avec ce nombre, tordre le cou à l’hypothèse d’un phénomène naturel tel qu’un effet atmosphérique particulier (style décharge plasma, foudre) ; puis il trouve difficile à admettre que des explorateurs spatiaux auraient besoin d’atterrir 5 000 fois à la surface de la Terre pour analyser son sol, faire des prélèvements de flore et de faune et produire une carte complète. Et que dire si la supposition qu’une rencontre rapprochée sur 10 est rapportée ? Un facteur de 2 destiné à étendre les sources aux autres continents (sources essentiellement US) du globe conduit à 100 000 cas ! Et un autre coefficient multiplicateur de 10 [effet de densité de population des zones d’atterrissage) puis de 14 (facteur nocturne qui tient compte des durées de sommeil des témoins potentiels (17)] conduit au nombre effarant de 14 millions d’atterrissages. Et de conclure : toutes ces considérations apparaissent contredire l’HET.

R. M. Wood trouve ce chiffre raisonnable ; mais il spécule que si chaque civilisation exploratrice s’autorise 1000 rencontres rapprochées (entre 100 et 10 000 suivant que le peuple visité est plus ou moins intéressant), on trouve que cela fait 14 000 civilisations visiteuses en 40 ans et  environ une visite par jour et par civilisation. Cela expliquerait aussi l’énorme variété des formes d’ovni.

Personnellement, je trouve le nombre de rencontres ET au sol de J. Vallée bien élevé. Il ne correspond en rien à ce qui se passe en France… sauf en 1954 où, depuis, le sol français semble être devenu répulsif.

Et, de façon assez paradoxale, quant au nombre de civilisations du cosmos susceptibles de nous visiter, la découverte récente des nombreuses exoplanètes a fait chuter sévèrement les évaluations optimistes des partisans de l’équation de Drake. J’ai même vu des calculs nous donnant seuls dans l’Univers. Dans ce cas, l’HET n’a plus de raison d’être et c’est souvent le reproche qu’on a fait à ses thèses alternatives de faire resurgir et nourrir l’idée que l’humanité est la race suprême de l’univers, ce qui flatte certains égos ! Une idée dénoncée déjà en 1966 comme  anthropocentriste par le Général Chassin et attribuée à l’astrophysicien britannique A. Eddington (1882-1944).

Argument 2 : la physiologie ; c’était le problème de la forme humanoïde de la grande majorité des aliens que J. Vallée trouvait incompatible avec le produit d’une évolution indépendante sur un autre corps planétaire.

Ce problème avait été discuté dès 1971 dans PS n° 28 par Oscar A. Galindez, correspondant argentin du G.E.P.A., sous le titre : Réflexions sur le phénomène humanoïde. 13 ans avant l’offensive de J. Vallée dans le JSE, une fois avoir reconnu les nombreux signalements d’entités anthropomorphes au voisinage d’un ovni et glissé que cela infirmait l’influence des témoins par la science fiction (pas de tentacules, pas d’antennes, pas d’écailles…), il consacrait peu de lignes à la forme humaine comme phénomène exceptionnel pour s’étendre sur elle plutôt comme phénomène universel ; et déjà d’avancer qu’il peut exister des règles de construction biologique convergeant vers la forme humanoïde.

Le concept récent de biologie convergente (18) en est le prolongement officiel.

La contamination spatiale (vie terrestre venue de l’espace) pouvait aussi balayer l’impact anti HET de l’aspect humanoïde.

A noter qu’O. A. Galindez s’aventurait sur les expédients télépathiques, de suggestion hypnotique (thèse de C. Bowen [1918- ??, de la FSR]), de projection psychique [V. Colmenarejo]  que l’auteur rangeait dans les théories dites hallucinatoires. Pour lui, il existait bien un phénomène humanoïde de contenu physique et non simplement psychique. Il allait même jusqu’à risquer que, de la sorte, le phénomène ovni pouvait être un indice révélateur du plan d’évolution universel. La structure humaine représente l’expression la plus achevée de la vie organique.

R. Fouéré, respectueux des autres idées, se déclarait en 1971 intéressé par cet aspect soulevé par les partisans de l’explication non-technique, mais il réitérait la persistance du G.E.P.A. à accorder une attention privilégiées à l’aspect technique et scientifique des phénomènes (ainsi, pour lui, l’hypothèse parapsychologique n’était pas scientifique au sens pur du terme).


Arthur C. Clarke ( 1917-2008).
R. M. Wood, de son côté, avançait qu’une évolution indépendante n’était pas essentielle à l’HET car le développement de l’homo sapiens n’a pas à être indépendant dans un univers proche si une situation de transpermie est en vigueur depuis longtemps (croisement entre espèces). Ainsi, les occupants des ovnis peuvent simplement représenter la distribution de population de l’univers proche.

On voit bien que l’argument physiologique anti ET n’est pas un des plus solides et qu’une lecture attentive de J. Vallée de Phénomènes Spatiaux en 1971 aurait pu lui épargner cette bévue !

Argument 3 : les rapports d’abduction : celui-ci, selon moi (19), est encore plus pauvre. D’après J. Vallée, les examens médicaux subis par les soi-disant kidnappés par les ET sont trop cruels et traumatisants et le comportement des docteurs alien n’est pas à la hauteur de ce qu’on doit attendre de la part d’une intelligence extraterrestre supérieure digne de ce nom. Il faut bien reconnaître que la lecture de l’expérience des abductés ne contribue pas à relever le niveau de convivialité de ces aliens qui traitent trop souvent leurs victimes comme des animaux. Pour clore la discussion sur cet argument anti-ET, je rappelle seulement qu’un livre récent sur ce sujet par S. Allix (20) ne cite même pas un exemple français ! Il faut croire que les méchants abducteurs aiment à traiter douloureusement les Américains et pas les Français ! Surprenant racisme de la part d’êtres sensés plus évolués que nous !

J. Vallée consacre moins de place aux arguments 4 et 5  anti HET. Je vais faire de même.

Argument 4 : l’histoire ; il s’agit d’infirmer l’affirmation selon laquelle – elle aurait été favorable à l’HET ? – la décision des visiteurs à s’intéresser à la Terre aurait été précipitée par les explosions nucléaires de la dernière guerre mondiale du fait que nous pouvions alors constituer une menace potentielle pour les autres formes de vie du cosmos. Or, selon Vallée, une prolifération d’évidence montante atteste le fait que des phénomènes similaires aux ovnis se produisaient non seulement avant 1945 mais durant le 19ème siècle et même avant.

C’est le cheval de bataille des mythologistes et folkloristes de tous poils dont le livre culte est justement le fameux livre de J. Vallée : Chroniques des apparitions extra-terrestres où il met en parallèle (21) les observations d’ET sortis des ovnis et les relations dans le passé d’êtres aériens venus d’un ou de plusieurs pays reculés ou légendaires : fées, elfes, sylphes, gentilshommes, braves gens, bons voisins, élémentaux, chérubins, démons, farfadets, etc. La liste est longue. Ainsi les conjoints des fées auraient abandonné la baguette pour la soucoupe ! En fait, ici, ce sont seulement les rapprochements qui sont faits entre les impressions de ceux qui rencontrent des ET et ceux qui ont eu affaire au petit peuple.

R. M. Wood consacre seulement quelques lignes à contrer cet argument et en termine par : le fait que la plupart des cultures sur terre ont une ancienne tradition d’un petit peuple qui vole dans le ciel et enlève les humains pourrait être totalement consistante avec ce qui, précisément, s’est passé. Ne serait-ce pas beaucoup plus simple ?

Argument 5 : les considérations physiques. C’est la classique question de la capacité des ovnis à apparaître et disparaître très rapidement, à changer leur forme apparente de façon continue et s’amalgamer avec d’autres objets  physiques, ce qui semble absurde en terme de physique ordinaire parce que cela suggère une maîtrise du temps et de l’espace que notre recherche actuelle n’est pas capable de reproduire.
R. M. Wood rappelle malicieusement la formule d’Arthur C. Clarke (1917-2008): toute civilisation suffisamment avancée est impossible à distinguer de la magie, dont on pourrait facilement trouver l’équivalent dans l’œuvre d’A. Michel.

Et pour en finir avec cette frilosité à envisager de telles impossibilités physiques, citons simplement celle à franchir la fameuse barrière du mur de la lumière (C) dressée devant nous par A. Einstein (1879-1975). Celle-ci était, il y a quelques décennies, considérée comme insurmontable. Or aujourd’hui, cette possibilité hyperoptique est abordée tout à fait officiellement, notamment dans la très sérieuse revue Spaceflight, publiée par la BIS (British Interplanetary Society) ; dans le numéro d’avril 2008, on lit que l’interdit einsteinien pourrait être levé grâce à la notion de warp drive, jadis réservée à la série TV Star Trek et désormais largement débattue même à la NASA. Il s’agit de véhicules usant d’un moteur « à distorsion » en ce sens que la notion de déplacement est remplacée par la capacité du vaisseau de « replier » l’espace-temps en le contractant devant lui et l’ « expansant » derrière ! Pour cela, il lui faut créer une bulle d’énergie exotique dite à densité négative dans laquelle, enfermé, il échappe aux fameuses lois de la relativité. Ainsi des vitesses de 1000 C seraient accessibles mais moyennant une dépense d’énergie équivalente à celle de la planète Jupiter. Les ovnis sont-ils habités par des êtres qui ont sacrifié leur planète pour nous rendre visite ? A ce titre, on leur devrait un peu plus de respect.

Autres hypothèses
J. Vallée, à la fin de son texte de 1990, exhortait à spéculer sur d’autres hypothèses que l’HET : l’hypothèse psychosociale, l’hypothèse de la technologie avancée (celle de prototypes secrets fabriqués par quelque nation terrestre qui n’a plus beaucoup d’adeptes), celle de phénomènes naturels, suggérant celles des Lumières Terrestres (elles sont directement issues de la terre et ont été rapportées durant les tremblements de terre), celle du système de contrôle (évoquée déjà en 1976 dans PS 48 par le lieutenant-colonel Gaston Alexis en rapport avec  les apparitions miraculeuses dans la religion catholique !) et celle des voyages à travers les trous de vers inconnus du temps du G.E.P.A..

Hormis le fait que la dernière peut très bien s’intégrer à l’HET (y compris celle d’interpénétrations multidimensionnelles), ces théories alternatives sont si nombreuses (on parle d’une centaine !) que chacun y fait son marché. Si c’est par conviction ou pour informer, passe encore. C’est dans ce dernier but que j’ai publié plusieurs textes dans ce sens (22) ; mais d’aucuns y butinent passant de l’une à l’autre et assénant péremptoirement des arguments pour alors que ceux-ci étaient contre dans un autre livre ! Ainsi, on voir renaître des resucées – du réchauffé - de ce qu’a écrit, 30 ans plus tôt, Vallée et consorts et autres folkloristes. Prendre en considération ces récits de rencontres, oui, mais prendre argent comptant ce qu’ils disent non, car cela mène à n’importe quoi.

D’où une grande confusion qui règne chez les anti-HET.

L’adhésion légitime cesse même parfois d’être une conviction courtoise proposée aux lecteurs, preuves à l’appui, pour devenir un morceau de propagande car chaque école croit momentanément détenir la vérité et jette l’anathème sur ceux qui s’en éloignent ; comme dans les religions les plus intolérantes ; à force de discourir sur le fait que les dieux d’hier eussent pu être des ET, on a même envisagé le cas que Dieu puisse être un extraterrestre et les ovnis une manifestation émanant de lui (23). Une hypothèse alternative défendue par le Dr Barry H. Downing, consultant en théologie du MUFON en mai 2002, et destinée à réconcilier les dimensions physiques et non physiques du mystère ovni ! Fidèle à l’esprit du G.E.P.A., je pense que l’ufologie n’est pas destinée à créer une nouvelle religion mais à établir une saine assurance scientifique d’un mystère qui dure depuis plus de 60 ans.

Mais peut-on surveiller pendant si longtemps sans établir le moindre contact, sans subir la moindre avarie, bref sans se déclarer officiellement ? D’aucuns ont commencé à en douter, surtout dans l’élite de l’ufologie française et ce, déjà pendant la vie du GEPA.

Le problème du non-contact

La « rencontre spatiale » attendue par R. Fouéré (PS juin 1976) n’est pas venue, même plus de 30 ans après. Y a-t-il une bonne raison de ne plus l’attendre ? Ces êtres, « beaucoup » plus développés que nous, ont-ils la même notion du temps qui passe que nous ?

Dès 1973, J.-M Dutuit, Docteur ès Science, dans PS n°36, avançait 5 raisons (tiens, tiens, 5 déjà !) au non-contact officiel :
-          il y a incommunicabilité des pensées ;
-          nous sommes trop différents d’eux (ET) ;
-          nous ne sommes à leurs yeux que des fourmis ;
-          le contact présente un danger pour notre espèce… ou la leur ;
-          le contact est en cours mais son établissement exigera des décennies.

On pourrait, certes aujourd’hui, revenir là-dessus. Mais avons-nous, nous humains, le même concept de l’impatience que des êtres venus d’ailleurs ?

Aimé Michel (1919-1992) qui resta un défenseur de l’HET, aborda le problème magistralement dans le livre : The Humanoïds , publié en 1969 (24).

Il y développait un certain nombre de passionnantes considérations sur le problème du non-contact qui sont valables encore en 2009. Considérant les ET comme supérieurs à nous en technologie pour venir jusque sur Terre, ceux-ci doivent être aussi supérieurs en science. Ils nous dominent sûrement au même degré que les microbes nous dominent quand nous sommes malades !

Et  de s’étendre sur la raison du non-contact disant qu’il est difficile de déterminer les motifs du comportement d’une intelligence suprahumaine, ce qui est bien sûr valable encore aujourd’hui.

Terminons en posant la question : sommes-nous prêts pour le contact ? Compte tenu de l’attitude générale des scientifiques et de certains ufologues, il est encore permis d’en douter.

Conclusion

Alors, ces arguments anti-HET vous convainquent-ils pour ranger cette hypothèse au placard ? Y a-t-il, 20 à 30 ans plus tard, des raisons de les prendre au sérieux ? L’HET est-elle dépassée pour rendre compte de l’énigme des ovnis en faveur d’une alternative qui s’impose ? Personnellement, je ne le crois pas mais c’est là opinion personnelle. En France, l’’HET défendue il y a plus de 30 ans avec déjà des réponses aux questions qu’on se pose encore aujourd’hui, dispose encore 2009 d’un capital de sympathie important auprès des ufologues de terrain et du public intéressé par la question comme j’ai pu m’en rendre compte en circulant dans les associations locales.

Sauf dans une élite de l’ufologie qui continue de se perdre dans les rapprochements, les coïncidences et autres parallèles qui peuvent bien sûr être faits entre certains aspects du folklore, de la SF et des ovnis, il semble que l’HET est encore privilégiée à la base, comme on peut le constater dans la littérature récente non spécialisée (25).

Ainsi, en ultime conclusion, je ne saurais dire qu’une chose : on n’a pas la preuve que l’origine des ovnis est ET mais on n’a pas non plus la preuve du contraire.

 Notes et références :
1/ René Fouéré (directeur de la publication), Phénomènes Spatiaux, Tomes I à V, Le Courrier du Livre, 2008.

2/ Pierre Guérin (1925-2000), docteur ès-sciences physiques, dans le Volume 1 n°1 du Bulletin du G.E.P.A., écrivait au début de 1963 un texte intitulé : Les hommes de science et les SV . René Hardy (1911-1987), un des membres fondateurs, était ingénieur, docteur ès-sciences.  Le Général Chassin parlait en 1964 de cette phalange de jeunes savants non-conformistes qui ont rallié le G.E.P.A.

3/ Ah si tous les scientifiques du monde avaient voulu se donner la main pour étudier l’énigme des ovnis ! Peut-être en saurions-nous beaucoup plus en 2009 ?

4/ Le bulletin du G.E.P.A. fut remplacé en 1964 par la revue Phénomènes Spatiaux (PS). Ce sont ces deux revues (51 numéros) et la déclaration de McDonald qui constituent l’essentiel du coffret d’archives.

5/ Deux exceptions qui se sont fait une réputation internationale depuis : Jean-Jacques Velasco et Gildas Bourdais.

6/ Un entretien personnel de l’auteur avec Francine Fouéré, le 11/01/09, me permet de dire que la dissolution du G.E.P.A. fut surtout consécutive à la création du GEPAN, commission  d’enquête officielle sur les ovnis lancée par le CNES et appelée de ses vœux dès 1966 par le Général Chassin ; sans oublier les problèmes de santé de son Président d’honneur R. Fouéré...

7/ Raymond A. Palmer était un Américain haut en couleur, éditeur de magazines de science fiction et nonfiction, que John Keel baptisa : l’homme qui inventa les soucoupes volantes, car c’est lui qui, en tant qu’éditeur du magazine FATE, entre autre, popularisa la fameuse observation de K. Arnold (1915-1984).

8/ Jacques Vallée et Janine Vallée, Les phénomènes insolites de l’espace ; Le dossier des mystérieux objets célestes, Editions de La Table Ronde, Collection L’ordre du Jour, 1966.

9/  Paru tout d’abord en Amérique sous le titre plus explicite : Passport to Magonia, en 1969. Ce livre ne traite pas des ovnis en vol mais uniquement des rencontres au sol avec des entités sensées en être sorties et les compare sans vergogne avec les rencontres issues du folklore et des légendes.

10/ Anthony R. Brown, The Decline and Fall of the Psychosocial EmpireMagonia , octobre 2000. L’auteur y écrit aussi que l’hypothèse psychosociale postule qu’une condition fondamentale du phénomène d’abduction est l’hystérie ! Le dernier numéro de Magonia  va paraître prochainement, mettant un terme définitif à ce courant anti HET et ses thèses absconses.

11/ A noter que R. Fouéré était très méfiant  vis-à-vis de la thèse des anciens astronautes (ovnis dans l’Antiquité descendus sur Terre avec « contact » parfois très, très rapprochés avec les autochtones) développée notamment dans la collection : Les Chemins de l’Impossible chez Albin Michel. Il contestait Kolosimo, Von Däniken… et je n’ai pas dû lui inspirer beaucoup plus d’indulgence avec mon Terriens ou ET ? (1973), et sa suite, où j’enfourchais le même cheval, à savoir que, s’il y avait eu jadis hybridation naturelle ou artificielle des hommes avec les ET, on devait en trouver la rémanence dans notre génome actuel : d’où certains pouvoirs chez des individus doués de pouvoirs paranormaux.

12/ Jacques Vallée, Le Collège Invisible, Les Chemins de l’Impossible, Albin Michel, 1975.

 13/ Jacques Vallée, OVNI : la Grande Manipulation, Editions du Rocher, 1983.

 14/ C’est souvent sous ce terme imagé nuts-and-bolts (tôles et boulons) que l’on désigne les ufologues qui adhèrent encore à l’HET alors qu’il y a bien longtemps que nos sondes et nos fusées spatiales ont abandonné ce genre de matériau et ce mode de fixation.

15/ Jacques Vallée, Five Arguments Against the Extraterrestrial Origin of Unidentified Flying ObjectsJournal of Scientific Exploration, Volume 4, number 1, 1990.

16/ Robert M. Wood, « The Extraterrestrial Hypothesis is not that bad », in Journal of Scientific Exploration, Volume 5, number 1, 1991.

17/ Des études britanniques ont, en effet, montré que les rencontres rapprochées se déroulent surtout tard en soirée, voire au début du matin, heures où la plupart des gens sont couchés et dorment.

18/ Lire à ce propos : Life’s Solution : Inevitable Humans in a Lonely Universe, écrit par le paléontologue britannique Simon Conway Morris, et publié par Cambridge University Press, New York, 2003.

19/ Voir mon article : Le problème des abductés, en collaboration avec Jacques Bernot, Revue française de Parapsychologie, Volume 1, N°3-4, 1999-2000.

20/ Stéphane Allix, « Extraterrestres : l’enquête », Albin Michel, 2006.

21/ Parallèles extrêmement faciles tant la littérature folklorique, les légendes et contes de fées, regorgent de récits fantastiques dont on ne sait s’ils ont quelque rapport avec la réalité ou sortent des imaginations. Parallèles qui le sont moins lorsqu’ils s’appuient sur des fables largement démontrées fausses comme lorsque J. Vallée raconte l’histoire du premier enlèvement de bétail (cas Hamilton : voir mon livre « Le Grand Carnage », Editions Carrère, 1986) en omettant de dire qu’elle émane d’un fermier inscrit dans un club de menteurs et quand il cite la disparition du bataillon du Norfolk à Gallipoli (1915) dont on sait qu’il ne fut qu’une illusion.

22/ En 1998, les éditions Marshall Cavendish m’avaient sollicité pour présenter ces alternatives à  dans le fascicule destiné à accompagner la vidéo OVNIS, La Fin d’un mystère ? Quelques hypothèses, DOSSIERS OVNIS, n° 12, 28/10/1998.

Sans tomber dans le vilain défaut de certains ufologues qui ont trop tendance à s’auto-citer dans un but visiblement promotionnel, voici quelques-unes de mes références sur cette question des alternatives à l’HET :
a)   Les ovnis sont-ils vivants? , Dimanche Saône & Loire,  10/02/1991.
b)   Les ovnis sont-ils tectoniques?,  ibid.,   24/11/1991.
c)   Les ovnis sont-ils méta-terrestres?, ibid., 28/02/1993.
d)   Les ovnis sont-ils des machines à remonter le temps?, LE MONDE DE L’INCONNU,  N°333,  août-septembre 2008.
e)   Les ovnis ne sont pas extra-solaires, Dimanche Saône & Loire, 20/11/1994.
f)    Les ovnis sont-ils psychosociaux?, ibid., 03/11/1996.
g/ Les ovnis viennent-ils des astéroïdes, ibid., 18/03/2001.

Moi, au moins, je n’ai rien à vendre, ni aujourd’hui, ni demain sur ce sujet !

23/ C’est l’hypothèse de Dieu a fait l’objet du livre « The God Hypothesis », Joe Lewels, Willd Flower Press, 1997 qui traitait aussi des muliunivers.

24/ Aimé Michel, « The Problem of Non-Contact », in « The Humanoids », édité par Charles Bowen, Neville Spearman Ltd, 1969.

25/ « OVNI la vérité des extra-terrestres », L’essentiel de la Science, numéro 4, décembre/janvier/février 2009, Lafont Presse.



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