mercredi 13 décembre 2017

Les pêcheurs « pêchés » de Pascagoula



Voilà un cas d’enlèvement présumé de deux Américains par des créatures « supposément » venues d’ailleurs (leur apparence très particulière plaide dans le sens qu’elles viennent de très loin, en effet) que les ufologues anglo-saxons classent comme le plus fameux après celui du couple Hill.

C. Hickson et C. Parker en 1973
Il a pour théâtre, à l’automne 1973, une petite ville du Mississipi (100 000 âmes), située à 160 km au nord-est de la Nouvelle-Orléans et traversée par la rivière qui lui donne son nom : Pascagoula Deux individus, Charles Hickson, 42 ans, et Calvin Parker, 19, employés au chantier naval voisin de F. B. Walker & Sons (le premier comme contremaître, le second comme ouvrier ; ils sont compagnons de chambrée depuis seulement 15 jours et Charles est un ami du père de Calvin), sont occupés, le soir du jeudi 11 octobre, à jouir, assis sur un ponton, de leur passion commune : la pêche à la ligne depuis le bord de la rivière. C’est là qu’ils viennent régulièrement, depuis leur domicile de Gauthier, se divertir pendant une petite heure après souper et, ce jour-là, ils vont y vivre, un épisode ahurissant : eux-mêmes « pêchés » comme des poissons  depuis une machine volante occupée par trois petites créatures ressemblant à des momies… !

Il est autour de 21 heures (ni l’un ni l’autre n’a de montre) et ils pêchent tranquillement ; le temps est clément comme souvent en cette saison dans la région au Nord du Golfe du Mexique. Ils se sont postés dans une zone désaffectée d’un autre chantier naval abandonné là où ils ont déjà pris plusieurs fois du poisson ; mais aujourd’hui ça ne mord guère ; comme la nuit tombe, le jeune Calvin qui n’a attrapé qu’une grenouille (!) suggère d’arrêter les frais et de regagner bercail. Charles, lui gratifié de deux poissons-chats, qui vient juste d’avoir une touche et retire sa ligne (ils pêchent au moulinet), veut continuer encore un peu et se retourne pour prendre une nouvelle crevette (appât prisé par les poissons-chats) dans la boîte derrière lui ; tout à coup, suite à une sorte de sifflement,  il se fige de la peur… A une trentaine de mètres de l’endroit où ils se trouvent, il vient de voir une espèce d’engin volant qui s’approche…

Le récit reproduit ici provient du manuscrit rédigé dans un cahier à spirales par Charles suite à cette expérience, souvenirs conscients mais aussi récupérés lors de séances de régressions hypnotiques (en 1973 et 1975-76), et reproduit dans un livre publié en 1983. 

« Je ne peux en croire mes yeux. Qu’est-ce que c’est que cela ? D’où ça peut bien venir ? Aucun bruit de moteur seulement une lumière bleue pulsante ou une lumière tournante. L’engin s’arrête à moins d’un mètre du sol. Comment est-il contrôlé ? Pas d’ailes. Je ne connais pas ce type d’engin. Quelqu’un est-il à bord ?

 «  Sa forme est celle d’un ballon de rugby (football américain) épointé d’un côté avec un dôme au-dessus percé de deux hublots… (comme un œuf aplati sera une comparaison utilisée). Sa taille : 10 m de long sur 3 de haut. »

Charles se décrit inquiet et curieux ; il poursuit : «  Je pense que personne ne peut être préparé à ce qui va suivre. Une ouverture se profile à l’extrémité tournée vers nous. La lumière s’éteint. Ce que nous voyons de l’intérieur est brillant et flamboyant. J’en ai encore la chair de poule aujourd’hui quand je pense aux trois choses qui apparaissent à travers l’ouverture. Par l’expression du visage de Calvin, je sais que je ne suis pas seul à voir ça. Je tremble de peur tandis que Calvin crie. Et moi je lance : « Bon Dieu, qu’est-ce qu’ils veulent, qu’est-ce qu’ils vont faire…

« Comme pour répondre à ma question, ils sortent (la hauteur des créatures est estimée à 1,60 m) par l’ouverture tout en restant au même niveau au-dessus du sol. Et ils s’avancent en glissant. S’ils avaient été plus humains, ça m’aurait moins choqué. Leur tête semble posée directement sur leurs épaules. Pas de cou. A l’avant de la tête sort une sorte de nez de 5 cm de long. Et de chaque côté, à la place des oreilles, il y a quelque chose qui ressemble à ce nez (oreilles rétractiles ?). Directement sous le nez devant, il y a une fente qui peut faire office de bouche. Les bras sont à peu près comme des bras humains en plus longs ; les mains ressemblent à des mitaines avec le pouce collé (il parlera aussi de « griffes »). Les jambes restent collées ensemble et les pieds rappellent des pieds d’éléphants. Ils devraient avoir des yeux mais la zone au dessus du nez est si ridée que je ne peux le préciser (tout leur corps est ainsi plissé de bas en haut et ils ont une allure plus mécanique que humaine, comme des robots).

« Deux d’entre eux (de couleur grisâtre) viennent me saisir aux bras, un de chaque côté -  un seul pour Calvin - et ils nous entraînent en flottant, [ce sont des détails révélés seulement en 1976 par régression hypnotique]. Brusquement, je ressens une douleur aigue à mon bras gauche mais ça passe rapidement. Je suis sans défense. Je ne peux plus bouger. Toutes mes sensations m’ont abandonné… »

Charles racontera qu’« à l’intérieur, la lumière est aveuglante mais qu’il n’a pas distingué de fixations pour les sources lumineuses. Pas de chaise au sol, rien. Pas d’instruments de bord, pas de hublots bien qu’ils soient visibles du dehors. Charles, comme paralysé, voit quelque chose, sorti de la paroi, qui lui tourne autour : « comme un œil ». « C’est relié à rien ». L’œil s’approche de lui jusqu’à 20 cm. Il essaie de fermer les yeux. En vain. « Pourvu qu’ils ne nous empêchent pas de respirer, pense-t-il, sinon nous sommes foutus. S’ils nous balancent dans la rivière, on croira que nous nous sommes noyés accidentellement. » Les créatures elles-mêmes n’ont pas communiqué si ce n’est qu’au moment de leur disparition, Charles a entendu dans sa tête une voix qui disait : « Nous sommes pacifiques. Nous ne vous voulons pas de mal. » Il lui a semblé qu’ils sont restés une heure dans le vaisseau. En tout cas : « Ça m’a semblé une éternité ».

Il n’a pas de souvenir (même sous hypnose) pour dire comment ils ont été ramenés à leur point de départ. Brusquement Charles a repris contact avec le sol. Calvin aussi et il paraissait terrorisé ; Charles rapportera qu’il avait lu sur les traits de Calvin une expression qu’il n’avait plus revue depuis son retour de Corée en 1952.

Le sifflement s’est fait entendre, les lumières bleu flashantes ont recommencé et l’engin volant a disparu à la vue des pêcheurs.

Ils rengainent leurs lignes, rejoignent leur voiture et boivent un peu de whisky pour se remettre de leurs émotions mais aussi pour décider quoi faire suite à cette incroyable rencontre. Preuve du choc traumatique qu’ils ont subi (surtout Calvin qui paraît « sonné »), ils atteignent un établissement de restauration rapide et utilisent le téléphone payant pour appeler la base militaire de l’Air Force Keesler, à Biloxi (50 km de là). Ne les prenant pas très au sérieux, ils s’entendent répondre de s’adresser au bureau du shérif local, du comté Jackson. Ils l’appellent et sont invités à venir raconter leur histoire. Ils arrivent vers 23 h. Au début le shérif croit avoir affaire à deux hommes ivres ! L’alcootest est négatif et le shérif certifie que les deux hommes n’étaient sous l’emprise d’aucune drogue ;  l’interrogatoire va durer deux heures.

Le shérif, méfiant, décide même de les laisser un moment dans une cellule ; c’est là que leurs propos seront enregistrés à leur insu : ils parlent de leur aventure et on entend même Calvin prier ! Rien ne vient donc jeter le doute sur cette histoire : ils l’ont bien vécue. Leur inquiétude et leur état de confusion sont patents. Calvin est décrit comme au bord de la crise d’hystérie.

Par la suite, ce dernier souffrira de troubles nerveux et quittera le chantier naval pour rentrer dans son lieu d’origine (comté Jones) ; il sera hospitalisé trois semaines après l’incident.

« Je n’ai jamais vu ça de ma vie », répétait C. Hickson.

Le lendemain, les deux hommes libérés, malgré une nuit de sommeil extrêmement courte, sont à leur poste de travail. Ils ne veulent pas que leur affaire se médiatise mais en parlent quand même à un ami qui dessine pour la première fois ce à quoi ressemblaient les trois créatures à partir de leurs descriptions.

Mais c’est du côté du shérif que va s’effectuer la fuite (ils en sont surpris et ennuyés) : il les appelle pour leur demander de revenir à son bureau afin de parler de l’affaire et de rencontrer des journalistes. Mais ils y trouveront aussi un attorney (homme de loi, en Amérique) qui n’est autre que le beau-frère du patron du chantier naval, lequel a été alerté.

C’est ainsi qu’ils se voient proposer de subir le test du polygraphe : le détecteur de mensonge. Ils passeront ce test avec succès le 30 octobre dans une agence de détectives à la Nouvelle Orléans. Le shérif témoignera en faveur des deux pêcheurs : « Ils sont sincères. S'ils avaient inventé tout cela, ils devraient être à Hollywood ».

De leur côté, les deux témoins sont demandeurs d’un test de radiation pour vérifier s’ils n’ont pas été soumis à un rayonnement dangereux pour eux. Cette mesure ne se fera pas à l’hôpital de la ville qui n’en a pas les moyens mais à la base de l’Air Force à Biloxi, 8 jours après la rencontre, et le résultat en sera négatif.

C’est aussi là que les deux hommes subiront un interrogatoire digne d’un film d’espionnage par le personnel de santé et de sécurité de la base.

Côté association ufologique sur le coup, c’est l’APRO (Aerial Phenomena Research Organization) qui, à l’époque, couvre le territoire ; elle délègue un professeur de l’Université de Californie pour faire l’enquête. Il reçoit la visite 36 heures après l’incident (le samedi) du fameux astronome et ufologue J. Allen Hynek qui rencontre lui aussi Charles et Calvin. Le professeur californien est déjà de ceux qui préconisent, en pareil cas, des séances de régression hypnotique pour « réveiller » des souvenirs de l’expérience enfouis dans l’inconscient des témoins et ne pouvant pas être volontairement remémorés. Ainsi, sont ajoutés les détails concernant l’intérieur du vaisseau. Mais ils ne révèlent rien de très sensationnel.

Hynek, suite à sa visite, déclarera entre autre : « Ces deux hommes ne sont pas fous. Ils ont manifesté sous hypnose des sentiments de terreur parfaitement impossibles à simuler. Il s'est passé ici quelque chose qui dépasse notre entendement ».

D’autres expériences de régression hypnotiques eurent lieu en 1975 (février à mai) sous la direction d’un hypnothérapeute de Détroit. Elles n’apportèrent pas grand-chose de nouveau et en tout cas rien sur l’examen médical sur une table des deux hommes qui, révélé par certain médias, fut dénoncé comme une invention de toutes pièces. Elles montrèrent que les témoignages étaient très consistants entre eux.

L’affaire eut un retentissement considérable en Amérique et les deux hommes bénéficièrent même d’une brève période de célébrité internationale.

Un livre publié en 1983 sur l’expérience des deux pêcheurs de Pascagoula par un professeur de collège qui les avait interviewés prolongea un temps leur renommée. Quand j’ai acheté ce livre en 1987 qui nécessita trois éditions à cause de son succès, C. Hickson m’avait écrit personnellement être intéressé par le phénomène ovni en France et prêt à venir en Europe pour donner une conférence, tous frais payés. Preuve, s’il était besoin que la thèse selon laquelle toute cette histoire avait été montée pour faire de l’argent ne tient pas debout.

Aucun indice de canular ne vint jamais mettre un épilogue à cette bizarre affaire ; interrogatoire, hypnose, la sincérité des deux hommes ne put être mise en doute si ce n’est qu’ils racontaient, comme beaucoup d’autres victimes d’une telle rencontre, une incroyable histoire : des créatures affublées de pinces venues du ciel pour les capturer et les faire monter à bord de leur engin ! Personne n’a pu dire si cet engin s’était déplacé avec eux dedans.

La dernière fois que j’ai entendu parler de Charlie, c’est en 2004 (1) ; s’il vit encore, il doit avoir près de 80 ans.

William Mendez, le professeur co-auteur du livre avec Charles, énumérait les explications sous forme d’interrogations qui peuvent s’appliquer à cet enlèvement présumé (donc à tous les autres ?) :

1/ Hickson et Parker ont tout inventé : sont-ils des menteurs ? Réponse : non, car il y a leur accent de sincérité, leur détresse émotionnelle, notamment à leur arrivée chez le shérif. Par ailleurs, il y a le test du détecteur de mensonge négatif !

2/ ont-ils été victimes d’une imposture, d’une farce ? Difficile de simuler ce qu’ils ont vu et cela aurait nécessité des moyens disproportionnés au piètre résultat : affoler deux malheureux pêcheurs de poissons-chats. Pourquoi avoir choisi un lieu si inaccessible pour cette mascarade, juste au bout d’un chemin boueux ? Par ailleurs les préparatifs pour cette imposture élaborée propre à créer une telle illusion n’aurait pas pu passer inaperçue des environs relativement fréquentés (pont routier, pont ferroviaire).

3/ confusion avec un engin secret (voir ci-dessous les possibilités de confusion).

4/ les deux hommes ont-ils eu une hallucination ? Du type partagé appelé « folie à deux » ou trois ? Les psychologues qui les ont examinés ont rejeté cette hypothèse car les deux témoins n’étaient pas particulièrement psychotiques pour être la proie d’un tel développement hallucinatoire. Et puis, normalement, ce type d’expérience n’implique pas de fausses sensations telle celle de voir des choses qui, en fait, ne sont pas présentes.

5/ s’agit-il d’une expérience « au-delà de la science », une interaction dimensionnelle, une projection psychique pouvant être regardée comme quelque chose de paranormal ? Il y aurait ainsi d’autres réalités coexistant avec la nôtre et où, dans certains cas, on pourrait entrer en interrelation.

6/ Hickson et Parker ont-ils été enlevés par des créatures ET venue sur terre en vaisseau spatial ? Etaient-ils les éclaireurs de la vague d’ovnis de 1973 en Amérique ? Une vague qui figure dans les annales ufologiques avec plus de 500 cas recensés. Certains objets observés auraient pu passer pour l’œuf aplati décrit pat Hickson et Parker.

L’auteur jugeait que finalement l’hypothèse 6 était la plus plausible et nous n’avons aucun élément concret pour le contredire.

Quant à l’hypothèse numéro 5, elle peut être aussi avancée pour la globalité du phénomène ovni mais, depuis plus de 60 ans, aucun cas n’en est venu confirmer le bien-fondé. Il s’agit de remplacer un mystère par un autre, sans plus.


Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Pour : la déclaration de A. J. Hynek, venu interroger les témoins 36 heures après l’incident : «  Ça ne fait aucun doute dans mon esprit que ces hommes ont vécu une expérience très terrifiante. En tout cas, ils ne doivent pas être ridiculisés. Protégez-les plutôt ! »

Contre : pendant longtemps, le fait pour un témoin d’ovni de récidiver en prétendant avoir observé le même engin plusieurs fois était considéré comme un point négatif à mettre à son crédit. Ce n’est plus le cas depuis que ces enlèvements présumés sont considérés avec sérieux, la victime affirmant souvent avoir ainsi été suivie durant de longues périodes de sa vie. C. Hickson prétendit avoir revu l’engin de 1973 en 1974, notamment au cours d’une partie de chasse à l’écureuil ; il fit état de « messages » télépathiques reçus par lui de ses occupants et usa de la formule classique mais quelque peu prétentieuse : « ils m’ont dit que j’étais choisi ».

Confusion : Les deux pêcheurs ont-ils été confrontés sans le savoir à un nouveau type d’engin volant ? Il en a été question. Mais lequel ? L’hypothèse envisagée selon laquelle l’objet aperçu aurait pu être un engin secret expérimental américain ou soviétique a été rejetée car il aurait dû être particulièrement révolutionnaire pour être capable de se poser sur une zone de sable entourée de vieux rafiots rouillés et d’épaves d’automobiles. Et, depuis 37 ans, cet appareil à la maniabilité supérieure n’aurait jamais été divulgué par ses inventeurs ! Difficile à admettre.

(1) La mort de C. Hickson a été annoncée en 2011 ; il avait effectivement 80 ans.



Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°347, décembre 2010-janvier 2011.













dimanche 10 décembre 2017

Le « temps manquant » du Professeur.




« Il n’y avait aucune attente consciente particulière de ma part et de mon fils quand nous avons quitté Grand Forks, Nord Dakota, en ce dimanche matin 20 mars 1988 dans mon pick-up Ford rouge. Une légère couche de neige présente disparut au bout de 50 km mais le ciel resta nuageux.

« Nous nous dirigions vers le Mississipi, destination New Orleans.

« Mais quelque chose d’étrange survint…

« Ni John III, ni moi, n’ont gardé souvenir sur le coup de ce qui arriva en cette fin d’après-midi. Nous avons été sous un contrôle mental qui nous avait envahis, caractérisé par l’amnésie. J’ai ralenti, me suis tourné vers les lumières… Le voile de l’amnésie est descendu sur nous…

« Quand ma conscience est revenue, nous avions parcouru 100 km sans nous en rendre compte. Il était 19 h 45, il faisait nuit… la perte de conscience du temps était tout à fait déconcertante. »

Tel est le récit de l’expérience d’une période « totalement neutralisée dans leur mémoire » (temps manquant) vécue par John R. Salter, 55 ans, professeur d'études indiennes et longtemps à la tête du Département consacré à cette discipline à l'Université du Nord Dakota, et son fils, 23 ans, qui l'accompagnait. Ce jour-là, ils se dirigeaient vers la Louisiane afin d’y participer à une conférence sur la culture américaine.

Qu'est-ce qui les fit dévier de leur itinéraire prévu ? « Une force invisible », pense John. Pour les amener précisément sur cette route de Deep South, là où ils firent leur rencontre, dans les bois du Wisconsin, vers 18 h 15 du soir. « Ce fut le plus extraordinaire événement de ma vie », affirma rétroactivement le jeune Salter.

Seulement rendus perplexes mais inconscients de ce qui s’était passé, les deux hommes dormirent à Bettendorf, dans l'Iowa, et repartirent le lendemain matin après le breakfast.

Sur leur trajet, à l'est de Peoria, Illinois, ils observèrent un ovni miroitant comme une pièce d'argent dans le ciel. Plus tard, John compara l’engin à un morceau de charbon de bois rougeoyant. « Il avait la taille d'une route à deux voies et quand il fut à 200 m de nous, il fit un léger crochet pour nous survoler puis fusa à une vitesse incroyable ». Sa forme était celle d’une soucoupe avec un petit dôme au-dessus.

« Un étrange sentiment nous vint, suggérant que cette démonstration n'était pas étrangère à notre « temps manquant » de la veille.

Le reste du voyage se déroula sans autre incident ; de même que le séjour et retour au Nord Dakota.

Ce n'est que quelques mois plus tard, en mai-juin 1988, que John eut des réminiscences de l'épisode survenu là-bas sur cette route déserte du Wisconsin. Tout d'abord sous forme de flash-back, de rêves vivaces survenant au petit matin puis, progressivement, de façon tout à fait lucide : des images, des séquences et des rêves matinaux qui réémergeaient en cours de journée. Ainsi, put-il reconstituer sans aucun recours aux techniques hypnotiques la stupéfiante rencontre à laquelle ils avaient été confrontés. Apparemment, son fils John III, lui aussi sujet aux mêmes souvenirs, participa à la reconstitution de ce qui constitue bien un scénario d’abduction.

« Nous fûmes forcés de quitter la nationale. Il faisait presque nuit. J'ai vu deux ou trois petits humanoïdes sautant sur le pare-chocs arrière du pick-up et regardant par-dessus le plateau dans mon dos. Ils avaient 1,20 à 1,40 m de haut avec des corps grêles et des membres fluets; comparativement, leur tête était très grosse et leurs yeux énormes quasi obliques.

« Il y avait près de nous 6 ou 7 de ces petites créatures et une plus grande, plus humaine (le médecin de la bande, selon John).

« Sur injonction télépathique, nous quittâmes le camion, partîmes à travers bois, avec cette curieuse escorte, traversâmes un ravin puis un petit pont ; devant nous, posé au milieu des taillis, se tenait un vaisseau spatial blanc brillant avec un panneau bleu.

« J’ai trébuché et ai manqué tomber en arrière mais ma chute a été amortie par quelque force télékinésique. Avec douceur, plusieurs humanoïdes sont venus vers moi et m’ont remis sur pied.

« On nous fit entrer à l’intérieur de l’engin, dans une salle brillamment éclairée, et nous y subîmes toute une série de tests médicaux. Un implant fut placé profondément dans ma narine droite. On me fit deux injections, une dans la zone de la thyroïde, une autre dans la partie supérieure de la poitrine (thymus).

Son fils fut lui, de son côté, examiné au niveau du visage au moyen d’une lampe type torche avec examen particulier du menton et de la mâchoire inférieure.

« Après, nos petits amis nous reconduisirent au pick-up, s'éloignèrent et l'ovni décolla à grande vitesse en biais tandis que nous-mêmes reprenions notre voyage, totalement ignorants de ce que nous avions vécu. »

En fait, John ajoutera que John III (son fils) et lui-même, après l’observation de l’ovni du lendemain, avaient vu en elle « une apparition délibérée pour eux et pour eux seuls », un contact très très amical et tout cela en rapport avec ce qu’ils avaient vécu la veille, et dont ils ne se rappelaient encore rien.

C’est en mars 1990 que j'ai appris que cet enseignant d'université avait été la victime d'une de ces invraisemblables expériences de temps manquant suivie, le lendemain, de celle non moins déconcertante de celle d’une observation d’ovni, avec en filigrane le scénario d’une « abduction » : un enlèvement caractérisé par des kidnappeurs sensés venus d’ailleurs. « Enfin un scientifique au cœur du problème », lui ai-je écrit aussitôt, sautant sur l’occasion d’en apprendre un peu plus sur ce genre d’expérience extraordinaire avec le témoignage de cet « abducté » gradué et universitaire ! Et de lui demander des précisions de première main sur son aventure. Avec une gentillesse qu’il convient de saluer ici, le Professeur Salter accepta sans la moindre réticence de faire de moi son confident privilégié et, pendant plus de 5 ans, il ne cessa de me tenir informé, notamment de l’évolution de son « expérience » en rapport avec sa personnalité. Ensuite, hélas, l’éloignement s’est chargé d’interrompre nos échanges et c’est bien dommage.

Outre les souvenirs maintenant revenus, John Salter, n’était pas revenu indemne de cette rencontre ; il gardait - garde selon son interview de l’an 2000 - divers changements qui ont affecté son physique et sa personnalité depuis cette fameuse nuit de printemps 1988. Ses ongles et ses cheveux se sont mis à pousser deux fois plus vite que la normale. Et une certaine pilosité est apparue là où il n’en avait pas auparavant : bras, poitrine ; globalement, son système pileux est plus fourni qu'avant. Ses taches de vieillesse et ses rides ont pratiquement disparu. Des cicatrices qu'il avait avant l'événement (notamment celles consécutive à un accident d’automobile subi en 1963) se sont aussi effacées. De petites blessures nouvelles (coupures, égratignures) guérissent maintenant très rapidement. Il pense que cela est dû à son sang qui coagule mieux. Occasionnellement des taches rouges apparaissent là où ont eu lieu les deux piqûres.

John souligne qu’avant 1988, il n’avait pas porté un quelconque intérêt particulier pour la question ufologique. Suite à son expérience, il va se renseigner sur la question (auprès des organisations ufologiques américaines telles que le MUFON et le CUFOS) pour tenter de comprendre ce qui lui est arrivé ; au point que, plus tard, sollicité par un groupe d’étudiants, il va même donner des cours d’ufologie à l’Université du Nord Dakota et se rapprocher de la fameuse « abductée » Betty Hill et devenir son amie. C’est surtout le caractère interracial du couple Hill qui l’avait intéressé quand, en 1961, comme tout le monde, il en avait lu la relation d’enlèvement dans la presse sans y porter plus d’attention que ça.

Pour John : « L’intérêt vis-à-vis des ovnis et des aliens (extraterrestres) transcende les races, les religions, les politiques… »

John est totalement convaincu qu'il a été de la sorte « choisi » pour ses convictions concernant les causes qu'il défend depuis des décennies: les droits du peuple indien d'Amérique dont il descend (tribu des Abenaki et Mohawk par son père et sa mère). Activiste dans l’âme pour les droits des minorités, notamment celles de la liberté de culte pour les Indiens « native », il a perdu certes la radicalité gauchiste manifestée dans sa jeunesse, au Mississipi dans les années 1960, dont il aime à montrer les photos où on le voit matraqué par la police, photos publiées par les journaux de l’époque et qu’il garde précieusement. Mais il demeure fortement impliqué sur cette question sensible. Il travailla aussi avec Martin Luther King dans le cadre de l'association pour l'avancement des peuples et y acquit une distinction (médaille) en 1989.

Concernant les « aliens » qu’il a rencontrés, outre le fait qu'ils viennent de Zeta Reticuli (là d’où venaient les kidnappeurs des Hill ?), le plus grand des visiteurs lui a fait savoir télépathiquement qu'ils visitent notre planète pour sauver notre société. Ils appartiennent à une race d'humanoïdes amicaux, similaires aux terriens, à la fois intellectuellement et émotionnellement. Leur culture est démocratique et pacifique et ils entretiennent des relations harmonieuses avec les individus et les collectivités.

En bref, John pense que les E.T. ont les mêmes buts que ceux auxquels il se consacre depuis 50 ans : la justice sociale. Leur apparence, selon lui, révélerait-elle leur « sang mêlé » (croisement avec des terriens ?). Il croit qu’ils agissent à plusieurs niveaux : à titre individuel pour aider les gens, et pour plus globalement « sauver le monde ». « Faire de la planète Terre un monde meilleur ! » Ils auraient en tout cas un plan à long terme visant à accoutumer l’humanité petit à petit à la présence sur terre d’une vie étrangère.

« Ce ne sont ni des anges, ni des démons que j'ai rencontrés. Ni des manifestations psychiques, ni des voyageurs temporels. Les êtres que j’ai rencontrés nous aiment. Je le sais ! ».

Fort de cette conviction « humanoïdo-humaniste », il continua son œuvre contre vent et marée même si une certaine pression de l'establishment scientiste ne fut pas étrangère à son départ en retraite anticipé après seulement 13 ans de carrière. En 1995, il a même changé de nom, abandonnant celui de ses parents adoptifs pour reprendre celui de son père amérindien.

La dernière fois que j’ai entendu parler de lui, c’est dans une interview dans UFO Magazine de septembre 2000. Il y décrivait toujours dans les mêmes termes sa fameuse rencontre de 1988 mais cette fois sous le nom de John Gray Hunter, ayant abandonné celui de ses parents adoptifs, des Blancs, qui l’avaient recueilli tout petit.

Il signalait aussi avoir subi une seconde rencontre avec son même fils, en 1997, cette fois à l’Est de Billing, dans le Montana. Cette fois, une des conséquences de cette nouvelle rencontre était qu’il avait dû changer sa paire de bottes car ses pieds s’étaient allongés !

Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Pour : la faible publicité donnée à cette affaire par le principal intéressé et le faible bénéfice qu’il a pu en retirer dans son militantisme en faveur des ses Frères Amérindiens. Au contraire, cela lui aurait même plutôt nui au sein même de l’université où il exerçait son enseignement. Il se défend contre cette thèse ; selon lui, l’hostilité qui s’est manifestée à ses dépens dans son milieu professionnel provenait uniquement de son militantisme libertaire.

Contre : la minceur de son expérience qui, certes, contient quelques étapes clés du scénario classique de l’abduction (temps escamoté, examen médical, pose d’un implant nasal, etc.) mais demeure moyennement documentés eu égard à l’importance qu’elle peut revêtir pour ceux qui en font l’objet.

Confusion : on ne voit guère quelle illusion aurait ainsi amené deux individus « perdus » une heure ou deux sur les routes boisées du Wisconsin à développer de faux souvenirs convergents concernant une fantastique rencontre qu’ils y auraient faite.

Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°350, juin-juillet 2011.


Les dernières informations concernant John Salter, alias John Gray Hunter, datent de 2011 : il combattait un lupus un érythémateux disséminé… vaillamment !



jeudi 7 décembre 2017



L’ « expérience » de Travis Walton




Cette histoire d’enlèvement par des extraterrestres à l’allure « fœtale », aux grands yeux luisants, « sans sourcils ni cils », muets, vêtus de combinaisons oranges, est celle qui, selon l’encyclopédiste des ovnis Jerome Clark, a généré le plus de controverse Outre Atlantique. Aujourd’hui, après 35 ans et 3 livres plus un film qui lui ont été consacrés, elle continue de faire l’objet d’une âpre dispute ; entre ceux qui y voient toujours un des premiers « classiques » dans le genre et les autres soupçonneux d’une « ruse élaborée » sans qu’aucune preuve n’en soit venue corroborer leurs doutes.

Le théâtre de l’affaire en est le parc national protégé dit de Apache-Sitgreaves, à 25 km au sud de la ville de Heber, au centre Est de l’Arizona en territoire indien – une zone forestière surélevée par rapport à celle du désert qui lui donne un climat plutôt frais ; en été la température n’y dépasse que rarement 25 ° C ; une zone de broussailles peuplée d’arbres dont les troncs de moins de 15 cm de diamètre doivent être éliminés pour permettre aux plus gros de mieux se développer.

Cette tâche de coupes d’éclaircie est confiée à des travailleurs privés par le service des forêts US qui travaillent sur contrat et sont payés à l’heure. Justement, en ce mercredi 5 novembre 1975, une équipe de sept bûcherons un peu spéciaux œuvre dans le lieu-dit Turkey Springs ; ils ont une surface de 50 hectares à éclaircir à proximité de la petite ville mormone de Snowflake où ils habitent tous.

Le travail est rude. Les hommes équipés de tronçonneuses sont divisés en deux équipes : une qui coupe et l’autre qui rassemble, entasse, et ce, alternativement. La journée est ponctuée de deux breaks pour se reposer et se restaurer. Il est 18 h, le chef de l’équipe signale d’un coup de klaxon, la fin de l’activité. Tous ces jeunes gaillards – leur âge varie de 17 à 28 ans - bien qu’habitués à ce travail pénible sont fatigués et contents d’en terminer. Ils rejoignent le pick-up cabossé de marque International, leur moyen de transport collectif, déposent leur scie sur la plate-forme et s’entassent dans l’habitacle où ils allument une cigarette ; ils ont hâte de rentrer chez eux et d’y goûter qui la piscine, qui la salle de sport…

A peine ont-ils parcouru 200 m sur le sol cahotant du chemin que, tout à coup, l’un des occupants des sièges avant remarque à travers les arbres, et à la faveur de la nuit tombante, « une lueur brillante », jaunâtre, droit devant eux. L’un des passagers du pick-up évoque un crash d’avion possible… Comme ils continuent d’avancer, la lumière semble perdre de l’altitude et une éclaircie dans les branches à 30 à 40 m leur permet de voir plus clairement ce qui apparaît être « comme une structure » en suspension 5 à 6 mètres au-dessus d’un bouquet d’arbres bas laquelle projette au sol un halo de lumière laiteuse.

L’ovni tel que figuré dans la version 1996 
de Fire in the Sky. The Walton Experience.
La « structure », éloignée d’une trentaine de mètres, est immobile et silencieuse. Elle mesure de 6 à 7 mètres de long et 3 de haut : c’est un disque aplati décrit comme « deux moules à tarte placés bord à bord » avec au sommet un petit bol retourné (dôme). Le tout est rayé de bandes verticales argentées plus larges que hautes. Un anneau protubérant au milieu en fait le tour. Pas d’antenne, ni de hublot.

Le chef d’équipe, conducteur de la camionnette, a obéi à l’injonction d’un de ses ouvriers qui a crié : « Arrête ! Arrête le camion ! » Tous sont pétrifiés par la stupéfaction et ils se font petits dans la cabine ; sauf Travis Walton, 22 ans, qui occupe le siège extrême passager à l’avant. Contre toute attente, il ouvre la porte, sort du véhicule et s’avance en direction de l’objet volant. Il expliquera qu’il a obéi à une pulsion lui indiquant que « c’était la chance de sa vie ».

Mais comme il s’approche, les mains dans les poches, parcourant 15 à 20 m, l’engin commence à émettre un drôle de bruit « mécanique » : il dira que ça ressemble à celui d’une turbine génératrice… L’ovni commence à vibrer et de plus en plus fort au point d’obliger Travis à se cacher craintivement derrière un buisson. Quand il se retourne vers le camion là où les autres lui crient « Travis, revient !», il n’obtempère pas, persistant à vouloir aller voir « s’il y a quelque chose là dedans » ; il se remet en marche, pénètre sous le halo lumineux et, soudain, sent « un choc engourdissant », comme une électrocution par un haut voltage ; dans sa tête, dans sa poitrine, dans son corps tout entier. Il vient d’être frappé par un rayon bleuâtre qui le projette à 3 mètres en l’air, bras écartés. Il hurle …

Le chef d’équipe paniqué a laissé le moteur du pick-up en marche ; son réflexe est tout d’abord la fuite au lieu de porter secours à l’infortuné comme le suggèrent deux autres des camarades de Travis… Mais puisque l’ovni a disparu, le ciel est redevenu vide et tranquille, la raison lui revient et il retourne à l’endroit névralgique où tous vont effectuer une recherche de Travis à la lumière des phares de la camionnette, pendant une vingtaine de minutes sans succès. Malgré leurs appels, ils ne parviennent pas à le localiser. Travis a disparu ; est-ce l’ovni qui l’a emporté ?

De guerre lasse, ils regagnent Heber là où, à 19 h 35, le shérif du comté Navajo reçoit un coup de fil d’un des bûcherons ; au début, il ne croit pas une seconde à ce qu’on lui raconte… à savoir un bûcheron enlevé par un ovni ! Mais finalement il se force à rejoindre les ouvriers forestiers dans un centre commercial et les trouve très excités. Un autre shérif appelé accepte de les accompagner en pleine nuit à nouveau sur les lieux de l’accident. Ils ne trouvent aucune empreinte au sol jonché d’aiguilles de pin. Pas une branche cassée, pas de trace d’ignition au sol. Cette frénésie à agir après la disparition d’un des leurs d’ailleurs ne milite guère en leur faveur bien qu’elle puisse être dictée par le fait qu’un homme, si peu habillé comme l’est Travis, risque de mourir de froid dans le bois en cette saison froide.

En fait, ces tergiversations des autorités à lancer une alerte proviennent de ce que, dans le rude milieu des bûcherons employés par le service américain des forêts, ce n’est pas usuel de plaisanter avec les ovnis ; et, sous l’impulsion de quelques officiels soupçonneux, l’enquête s’oriente plutôt vers l’hypothèse d’un meurtre sinistre, suite à une querelle, qu’on tenterait ainsi de « couvrir », de déguiser en cet épisode rocambolesque.

Durant la nuit, la famille de Travis est informée de sa disparition ; elle prend l’affaire très au sérieux : son frère arrive à Heber depuis Phoenix à 3 h du matin. Sa mère, elle, semble moins inquiète, ce qui amènera certains à s’en étonner.

Il n’empêche que le lendemain, une véritable chasse à l’homme est organisée sur la zone de la disparition dès 7 h avec un hélicoptère, des cavaliers à cheval, des jeeps 4 x 4. Pendant ce temps, des hordes de reporters affluent à Heber car les shérifs n’ont pas pu tenir leur langue…

Une grande confusion va régner pendant plusieurs jours sous l’impulsion des collègues de Travis, de ses frères et des associations ufologiques : GSW (Ground Saucer Watch), APRO (association ufologique florissante à l’époque)… Le 10 novembre l’équipe de bûcherons subit son premier test au détecteur de mensonge (type polygraphe) à Holbrook, ville voisine, qui conclut que les 6 hommes sont honnêtes quand ils répondent NON aux questions : 1/ n’avez-vous pas porté atteinte à l’intégrité physique de votre collègue en ce mercredi après-midi ? 2/ savez-vous si Walton a été blessé mercredi par quelqu’un de votre équipe ? 3/ savez-vous si le corps de Walton a été enterré ou caché dans la zone de Turkey Springs ? et OUI à celle : dites-vous la vérité quand vous affirmez avoir réellement vu un ovni quand Walton a disparu ?

Suite à cela, le shérif maintenant convaincu déclarera : « Il n’y a aucun doute qu’ils disent la vérité. »

Or, ce même soir, le téléphone sonne à Taylor, petite ville située à 3-4 km de Snowflake et à 45 km de Heber. Il est minuit 5. C’est le beau-frère de Travis qui décroche et il entend la voix confuse et faible de ce dernier dire que c’est lui qui téléphone d’une station service de Heber et qu’il a besoin d’aide. « Venez me chercher ! » « Ils m’ont ramené ! », rapportera-t-il avoir prononcé. Il affirmera avoir tenté de joindre d’autres membres de sa famille auparavant, sans succès.

Le mari de la sœur de Travis, Neff, croit tout d’abord lui aussi à un canular. Mais la voix demande de l’aide. Travis est retrouvé 5 jours et 6 h après sa disparition dans les conditions qu’on a vu décrites par ses collègues dans la forêt de Turkey Springs. Il est conscient mais sous le choc. Exhibe une barbe de 5 jours, est déshydraté, affamé et semble avoir perdu 5 kilos. Mais il est en bonne forme générale. Il croit avoir été absent quelques heures seulement !

Sur le chemin du retour, il parle vaguement d’une rencontre avec des créatures à la peau pâle et aux grands yeux terribles qui l’ont terrifié. Il en tremble encore. Rendu chez sa mère, il prend un bain et boit une grande quantité d’eau. Il ne veut pas voir la police, mais un médecin.

Or, en Amérique, les frais médicaux sont payants. Le tabloïd National Enquirer a déjà fait une proposition à sa famille pour avoir l’exclusivité de son histoire ; lui revenu, tous ces frais seront payés par l’hebdomadaire. Ainsi, Travis va se retrouver effectivement dès le 11 novembre (après une nuit de sommeil peuplée de cauchemars) dans un hôpital où les analyses physiologiques montrent que sa santé est bonne à quelques détails près.

Les examens médicaux mettent en évidence, outre son état général jugé plutôt meilleur que ce qu’on peut attendre d’un individu ayant passé 5 nuits à la belle étoile par une température nettement au-dessous de zéro, quelques petites anomalies : pas de meurtrissures sur son corps suite aux effets du rayon et sa retombée au sol, un taux d’acétone dans l’urine incompatible avec un jeûne de 5 jours et, les traces de deux piqûres à l’épaule droite que certains attribueront à un voyage, non pas dans l’espace, mais dans les brumes du LSD. Une accusation qui ne sera jamais confirmée. Certains sceptiques s’y accrocheront longtemps comme l’ufologue James Moseley qui, « revisitant » dernièrement (août 2010) le cas Walton, opte nettement en faveur d’une « acid party », qui n’a plus tout à fait le même sens aujourd’hui, plutôt qu’un enlèvement ET. Travis avait consommé de la drogue avant l’incident et avait arrêté depuis deux ans.

Mais Travis, malgré son hostilité envers certains tiers s’intéressant à son histoire, est déjà une vedette aux mains des médias et des associations ufologiques locales qui veulent le soumettre à la régression hypnotique pour réveiller des souvenirs occultés. En fait, il pense qu’il est resté une heure à une heure et demie « capturé » Le premier hypnothérapeute constatera un blocage mental quand on le régresse au delà de 2 heures après son « retour ». Donc l’histoire de la rencontre de Travis en restera presque à ce qui lui reste comme souvenirs conscients même après plusieurs tentatives de régression hypnotiques avortées. Il écrira deux livres sur son expérience, le premier en 1978 et l’autre en 1996 « pour son effet thérapeutique ».

Le 14 novembre, nouveau test au polygraphe demandé surtout par le National Enquirer qui pense qu’un résultat positif « boosterait l’impact de cette histoire ». Et aussi, un nouvel essai de régression.

Au plus loin dans le passé qu’il ait pu être régressé, Travis se vit couché sur une table, dans une pièce style salle d’opération flanqué de trois créatures (une à droite, deux à gauche) dont il réalise avec choc que ce ne sont pas des êtres humains : elles sont petites (1,65 m), avec de grosses têtes chauves, des gros yeux au regard transperçant « à donner la chair de poule », pas de cils, pas de sourcils, des paupières énormes, une peu blanche comme de la guimauve. Elles portent une combinaison orange foncé, aspect daim, collante qui les moule sans couture. A leurs doigts, pas d’ongle. Travis pense que cette « chambre » se trouve dans un vaisseau volant.

Travis se croit prisonnier mais il peut descendre de la table ; il se sent peu solide sur ses jambes mais n’hésite pas à bousculer ses ravisseurs pour s’enfuir. Ils se laissent faire et ne répondent pas à ses questions (bouche immobile), ni à ses provocations, refusant d’engager le dialogue, silence dans lequel ils se cantonneront tout au long de l’expérience. D’ailleurs, ils disparaissent par une porte laissant Travis libre de visiter les locaux pour aboutir, après passage dans ce qui ressemble à un planétarium avec, au beau milieu, siège orientable, à une nouvelle porte; il l’ouvre et se trouve confronté à un être cette fois humain pas plus bavard (type caucasien, musculeux, il a un casque sur la tête et est vêtu d’un uniforme bleu) qui l’entraîne aimablement dans une sorte de hangar où se trouvent plusieurs vaisseaux du type de celui observé au-dessus de la forêt : deux de même taille et un plus gros (20 m de long, 5 de haut).

L’homme casqué le pousse dans une autre pièce ; il y trouve deux hommes et une femme sans casque en bleu eux aussi. « Quelqu’un peut-il me dire où je suis ? », interroge-t-il sans obtenir la moindre réponse. Les autres le regardent avec une expression aimable et l’entraînent vers une autre pièce où il y a une table. La femme tient une sorte de masque à oxygène relié à un tuyau qu’elle lui place sur le nez… Il perd conscience et c’est juste après qu’il se retrouve sur la route à une quinzaine de kilomètres de l’endroit d’où il est parti touché par le rayon bleu, couché sur le dos sur la route. Quelque chose au-dessus de lui disparaît rapidement.

L’enquête ufologique initiée déjà par A. J. Hynek durant la disparition de Travis (il vint interroger la famille Walton et adopta une position méfiante vis-à-vis de la « rencontre ») sera longue et contradictoire mais, il faut le souligner, elle n’aboutit pas à ranger l’affaire Walton dans la catégorie des canulars ; malgré des interrogatoires croisés des témoins, l’emploi du fameux polygraphe (détecteur de mensonge qui prouva que Travis disait la vérité ou, du moins, « croyait la dire »), les témoignages de l’intéressé et de ses collègues de travail ne varièrent ni se contredirent ; ainsi ne fut-il pas prouvé que le bûcheron enlevé avait inventé son histoire. Avait-il souffert d’une inflammation de l’imagination et d’une amnésie (psychose transitoire), comme certains le suggérèrent ? Les points suspects furent le fait que sa famille n’avait pas cru un instant qu’il ne leur serait pas rendu sain et sauf (son frère aurait affirmé durant son absence : « Travis sera retrouvé ; les ovnis sont amicaux »), que sa mère n’avait pas montré une émotion bien grande en apprenant sa disparition et que les Walton se sont toujours opposé à toute investigation véritablement scientifique.

Travis Walton demeure une figure incontournable de l’ufologie non plus observationnelle mais basée sur l’hypothèse d’enlèvement de cobayes humains par les extraterrestres à des fins indéterminées. Son récit jamais démenti est considéré comme « fondateur » à cet égard car il « anticipe » de nombreux autres cas d’expériences similaires relatées depuis 1975.

Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Pour : l’empressement des collègues de Travis à organiser des recherches plus poussées pour le retrouver, notamment avec l’aide de chiens, ce qui ne sera jamais fait. Leur participation aux recherches qui firent que pendant 5 jours le travail en forêt ne se fit pas, obligeant à une rupture du contrat avec les instances forestières. Cet argument fut même distordu en son contraire quant à sa signification quand on apprit que le chef d’équipe obtint, plus tard, un autre contrat et reprit le même travail avec 2 machines et moins d’hommes dont, cependant, Travis Walton, réembauché (il avait perdu son emploi suite à l’incident). A mon avis, ce prolongement va plutôt en faveur de la sincérité des témoins oculaires de l’épisode qui, en cas de collusion, n’auraient certainement pas manqué de dénoncer l’imposture ; ce qu’ils n’ont jamais fait.

Contre : ce qui a surtout posé problème dans cette affaire c’est le manque de traces physiques sur la victime de l’enlèvement violent auquel Travis fut soumis au moment de l’éclair qui l’a touché et au moment de sa restitution ; lui-même raconta qu’il avait heurté durement le sol rocheux. Cette absence de contusions sera mise sur sa robustesse de Travis en tant qu’ancien boxeur amateur !

Confusion : la région de l’Arizona est souvent sujette à des feux de forêts imputables à la foudre même en novembre ; mais il s’agit de foyers généralement allumés en septembre, comme en 2009. Et aucun ne fut signalé dans les parages de cette région de Turkey Springs en 1975 : ni orage, ni incendie.
Très tardivement est venue se greffer sur cette affaire une possibilité de manœuvre de l’US Air Force avec des hélicoptères munis de phares dans la région à cette même époque (Moseley). Pourquoi n’en a-t-on pas parlé avant ?


Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°348, Février-Mars 2011.






















vendredi 1 décembre 2017

La rencontre « très, très rapprochée » d’Antonio Villas-Boas




Ce fermier brésilien devint célèbre en 1957 lorsqu’il annonça, le plus sérieusement du monde, avoir fait l’amour avec une créature féminine d’origine extraterrestre!

Son histoire, prise au sérieux par les ufologues de l’époque, est devenue un cas « précurseur » de la vague récente des enlèvements dont elle constitue une version « soft » ; elle s’inscrit aujourd’hui dans le patrimoine folklorique de l’ufologie des années 1960 trop souvent crédule, mais combien emblématique.

Au point que nous en sommes encore influencé jusque dans nos rêves pour ne pas dire dans nos cauchemars.


Antonio Villas Boas (1934-1992)
Le 5 octobre 1957, à une heure du matin, un jeune paysan brésilien de profession, Antonio Villas-Boas, 23 ans, laboure nuitamment son champ, seul au volant de son tracteur lorsqu’il remarque une grosse étoile rouge dans le ciel sans nuage. Celle-ci se met tout à coup à grossir comme si, brusquement, elle se rapprochait. Bientôt, l’homme estime qu’elle se situe à environ 50 mètres au-dessus de lui, brillant avec éclat si bien que le sol tout autour est illuminé comme en plein jour.

L’instant de paralysie par la peur passé, Antonio ne songe alors qu’à fuir quand la coupole aplatie en forme d’œuf allongé, avec trois saillies métalliques (une au centre et une de chaque côté) et une pointe au sommet, descend plus bas encore vers le sol. Sous la machine, il y a quelque chose qui tourne à grande vitesse et une lumière phosphorescente rougeâtre s’en dégage au moment où l’engin amorce la manœuvre d’un lent atterrissage. Antonio tente désespérément de s’éloigner comme un animal effrayé mais le moteur du tracteur cale.




Scénario classique jusqu’à…

Antonio saute de son siège et prend les jambes à son coup quand il sent une pression sur son bras ; il se retourne et voit un petit être, sorti de la machine volante, maintenant posée sur un tripode, qui s’est lancé à sa poursuite. Le jeune Brésilien le repousse violemment et le nain tombe à terre. Mais le voilà qui reçoit le renfort de trois autres comparses de même taille pour maîtriser Antonio, le soulever du sol et l’obliger à monter à bord de la soucoupe par une échelle, l’ouverture se situant en dessous de l’engin.

Antonio, vaillamment, continue de lutter, se cramponnant plusieurs fois aux barreaux de l’échelle mais ils parviennent à l’emmener dans une petite salle carrée aux murs polis et argentés. La porte est refermée.

On le conduit manu militari dans une salle ovale plus grande dont les parois s’ornent d’inscriptions inconnues décrites comme des gribouillis marquées en rouge ; deux des figures le maintiennent encore tandis que les autres le surveillent « en grommelant comme des chiens » (sic). Antonio est sûr qu’ils discutent de lui. De grosses lunettes rondes dissimulent leurs yeux qui semblent cependant plus volumineux que les nôtres. Et ils portent un casque duquel partent trois tubes reliés à leur combinaison faite d’une matière grise épaisse.

Les grognements ayant cessé, on le force à se déshabiller totalement et il subit une prise de sang recueillie de sous le menton dans une fiole de forme tarabiscotée. Puis, au moyen d’une éponge mouillée, une des créatures lui humecte la peau. Désinfectant, déodorant, aphrodisiaque ? Antonio est laissé seul dans une salle du vaisseau dont une sorte de lit constitue l’unique pièce de mobilier. L’homme s’y allonge mais n’y reste que quelques instants car une violente nausée le prend causée par une sorte de vapeur à l’odeur de brûlé qui s’échappe de petits tubes émergeant du plafond. Réfugié dans un coin, il a du mal à retenir son envie de vomir.

A sa plus grande surprise, au bout de quelques minutes, il y a un bruit de porte et une femme (« bien que son apparence ne soit pas entièrement terrestre », sic) s’introduit dans la pièce et se dirige vers lui, un étrange sourire aux lèvres. Elle est toute nue, comme Antonio, et ses intentions sont clairement affichées. Ses cheveux sont blonds, presque blancs, ses yeux étirés en amandes, « comme les princesses arabes » (sic). Son visage se termine par un menton très pointu, ce qui donne à l’ensemble une forme triangulaire compte tenu de la grande largeur au niveau des pommettes.
Antonio, quelque peu estomaqué n’en est pas moins homme et il remarque le corps féminin mince, les seins haut placés et bien séparés, la taille fine, les petits pieds et les longues mains…

De quoi mettre en appétit un jeune gars de la campagne en parfaite condition physique. Mais pas au point de le rendre sexuellement incontrôlé comme il se retrouve, mettant cette excitation anormale sur le compte du liquide avec lequel on l’a badigeonné dont les vertus devaient être, selon lui, quelque peu aphrodisiaques.

Soupe aux choux à la hussarde

Le contact se fait en silence, sans ambiguïté. Antonio pense in petto qu’on lui demande de jouer le rôle de l’étalon dans quelque haras, mais cela ne lui coupe pas ses effets puisqu’il s’exécute de bonne grâce par deux fois, la belle étrangère répondant à ses assauts par de subtiles caresses et des grognements que certains traduiront par « aboiements canins », d’autres, moins romantiques, par « gémissements de truie » ! Antonio, dans l’action, tente d’embrasser sa partenaire sur les lèvres qu’elle a fort minces, remarque-t-il. En vain ! Selon Antonio, les bruyantes démonstrations de plaisir « gâchaient presque tout, car elles me donnaient la désagréable impression que j’étais avec un animal ».

Illustration tirée du livre de Lob & Gigi (1979), page 106.
L’acte à répétition consommé, la créature s’éloigne sans autre marque de sympathie et d’affection ; la porte est bientôt ouverte et un des « étrangers » appelle la femme qui, juste avant de disparaître, adresse à son partenaire un sourire et un geste jugé comme explicite : elle montre son bas-ventre et ensuite le ciel. Antonio comprend que la créature hybride, appelée à naître de cette union, est destinée à « revigorer leur cheptel » sur une autre planète.

Antonio se rhabille et deux êtres masculins viennent le chercher pour le conduire dans une autre salle où les trois autres sont assis sur des sièges pivotants grommelant tranquillement entre eux. Sur la table, un gros cadran qu’Antonio tente d’approcher pendant que les autres regardent ailleurs. Ils réagissent violemment et l’écartent, l’entraînent…

Quelques minutes plus tard, Antonio se retrouve dehors et il assiste au décollage de l’engin en direction du sud. Il est 5 h 30 : son aventure a duré plus de 4 heures.

Les séquelles

Antonio, l’amant d’une nuit de cette belle Barbarella descendue des cieux, retrouvera son tracteur intact et reprendra son labeur, comme si de rien n’était. Mais il gardera quelques séquelles de cette rencontre inopinée : nausées, perte d’appétit pendant un mois, si bien qu’il consultera un médecin pour des troubles cutanés, entre autres, ainsi qu’une somnolence tenace et anormale imputables possiblement à un empoisonnement par des radiations.

L’examen physique d’Antonio par un médecin fit apparaître sur sa peau, par ailleurs, de petites taches « hyperchromiques », une de chaque côté du menton ; des stigmates résultant de quelque lésion superficielle avec un saignement interne… « comme si la peau s’était reformée » sur l’endroit de la prise de sang.

En novembre 1957, son histoire va faire la une du magazine populaire O Cruzeiro ; c’est lui-même qui aurait alerté les journalistes des circonstances rocambolesques de son aventure. Selon l’un d’eux, sa sincérité ne fait pas de doute : « Nous n’avons pas affaire avec un cas de psychopathe, un mystique ou un sujet à des visions. Malgré cela, le fond de son histoire devient le plus lourd handicap en sa faveur ».

La nature particulière de cette expérience apte à choquer les gens prudes resta circonscrite à son pays d’origine (bien qu’il ait déjà raconté l’affaire à un chirurgien ufologue de l’Ecole Nationale du Brésil dès février 1958) jusqu’en 1962 où l’association ufologique américaine APRO (Aerial Phenomena Research Organization) crut bon de la médiatiser la qualifiant tout d’abord de « viol allégué d’un fermier brésilien par quelque créature femelle non inhibée (sic) venue de l’espace ». Le mot viol fut ensuite édulcoré en « séduction ».

Retenons qu’Antonio tira de cette extraordinaire rencontre l’occasion de se sortir de sa rurale condition. Devenu un avocat respectable et respecté en obtenant une licence en droit puis attorney, homme marié, père de quatre enfants, en 1978, A. Villas-Boas passa à la télévision brésilienne où il fut interrogé sur son incroyable aventure : il n’en dévia pas d’un iota y ajoutant un seul nouveau détail : le prélèvement de semence dans une éprouvette récupéré lors du deuxième acte sexuel.

Sa rencontre très, très rapprochée avec cette extraterrestre venue d’on ne sait où inspira au moins un canular avoué en 1967 ; mais fut-elle aussi à l’origine des visions ultérieures, par les victimes d’enlèvements présumés, de bébés-éprouvette alimentés par tuyaux et autres images qui font partie de l’ufologie fantastique ? C’est fort possible. Le déplacement aux Etats-Unis d’A. Villas-Boas au début des années 1960 alimenta la rumeur... Avait-il été invité par les ufologues ou par les autorités américaines en tant que premier « contacté physique » par une race étrangère arrivée et accidentée sur terre 10 ans plus tôt ?

Assista-t-on là, au Brésil en 1957, à un épisode contemporain d’un mythe qui perdure jusqu’à nos jours mais que d’autres font remonter à la Genèse biblique quand il est dit textuellement que, jadis, les filles des hommes se sont unies aux fils des dieux ? C’est précisément le contraire qui a eu lieu, près de la ville de Francisco de Sales, non loin de Sao Paulo, voilà 54 ans.

A. Villas-Boas a-t-il réactivé dans notre inconscient des images archétypales qui y sont enfouies ? C’est la thèse des psychosociologues, qui donnent ainsi, selon moi, dans la facilité. A-t-il, au contraire, cédé à une vision irréelle et onirique ? Antonio n’avait rien d’un déséquilibré pour tous ceux qui eurent à le côtoyer.

En définitive, le plus célèbre papa d’hybride – du moins se persuada-t-il comme tel, est mort discrètement en 1992 dans la ville brésilienne de Uberaba à l’âge de 58 ans, sans rencontrer sa progéniture ni revoir sa partenaire étrangère de 1 m 50. Du moins a-t-il jugé bon de ne pas nous en informer.


Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Le pour : l’apparente sincérité du témoin et les séquelles physiques subséquentes de son rapport consentant difficilement attribuables à une imagination même débridée.

Le contre : finalement, le peu d’impact psychologique qu’eut son aventure sur Antonio va plutôt en sa défaveur. On n’imagine tout de même une réaction plus immédiate et plus spectaculaire suite à un tel traumatisme. Il est vrai que l’ufologie brésilienne fourmille de détails sensationnels.


Possibilité de confusion :
Difficile d’en envisager une, même si d’aucuns pensent que le récit fantastique d’A. Villas-Boas aurait pu en rester au stade des fantasmes post-pubères ou de l’onirologie succube d’un jeune étudiant isolé, forcé aux travaux des champs par son père (J. Vallée y détecta « un symbolisme de conte de fées »).


Les précédents

Avec ce cas quelque peu scabreux, on aborde le sujet du rapport des ovnis avec le sexe ! Au risque de surprendre, dès le début, l’ufologie n’a pas craint d’afficher un tel lien ouvertement assumé au point que la monumentale encyclopédie de Jerome Clark y consacre un paragraphe entier.

Déjà en avril 1897, dans le Louis Post-Dispatch, un voyageur de commerce rapportait sa rencontre avec un couple de gens nus descendus d’un dirigeable sur les collines non loin de Springfield, au Missouri.

Un des premiers « contactés » américains, Howard Menger (1922-2009) prétendit, avoir fait des « rencontres », dès 1932 (il avait 10 ans !), avec des extraterrestres de sexe féminin, dont « une fille magnifique, en tenue de ski » (sic) qui lui avait avoué être vieille de 500 ans !

En 1956, il épousa en secondes noces une blonde prénommée « Marla » qui, d’après lui, venait d’une autre planète. Sous le nom de Connie Weber, elle écrivit et publia en 1958 un livre intitulé « Saturnien, mon amour… » !

Deux ans plus tôt, une Australienne prénommée Sonya prétendit avoir visité la planète Saturne et y avoir rencontré des êtres plus actifs sexuellement que les Terriens ! 

Dans les années 1965-70, comme le phénomène des enlèvements commençait à poindre, de nombreuses femmes s’en prétendant les victimes soulignèrent les connotations sexuelles des rencontres avec les « ufonautes » : examens intimes, inséminations et même actes sexuels.

En 1976, un vacher colombien fit état d’une étrange impulsion qui le poussa à sortir de chez lui pour assister à l’atterrissage d’un vaisseau lumineux en forme d’œuf de poule d’où sortirent une bande de joyeuses créatures hautes de 1,5 m, au visage plat et yeux protubérants, dont trois femmes complètement nues qui adoptaient des postures d’invite provocatrices. Il eut un rapport sexuel avec l’une d’elle et remarqua que son ventre était dépourvu de nombril.

En 1980, une femme sud-africaine affirma avoir une romance avec un savant de la planète inconnue Meton et avoir eu avec lui une union magnétique d’essence divine qui l’avait amenée à l’extase (orgasme ?).

On pourrait multiplier ce genre d’exemples érotico-ufologiques dont les annales sont remplies, mais sautons aux abductions actuelles dont certains détails constituent la version hard de ces vieux récits.

C’est ainsi que depuis que de véritables études universitaires se sont penchées sur la question (elles datent de 10 ans à peine et sont peu connues), on y a découvert une profusion d’actes sexuels dont certains à caractère pornographique et, plus graves, des agressions qui entrent carrément dans la catégorie des viols, voire de la pédophilie. Actes répréhensibles décrits avec complaisance par les témoins et racontés par ceux qui exploitent ces histoires sous couvert de contacts intersidéraux alors qu’il s’agit plutôt de secrets d’alcôve. Une dérive qui, en tout cas, n’est pas bonne pour l’ufologie déjà malmenée par beaucoup d’incompréhension de la part de ceux qui soutiennent encore, comme moi, que son principal objet, les ovnis, est un phénomène extérieur à l’individu et non un fantasme ou une affabulation psychologique ou pathologique.



Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°351, août-septembre 2011.