dimanche 27 mars 2016




Le cobaye des extraterrestres fut-il abusé ?


 L'année 1996 étant révolue, on peut maintenant s'interroger sur le crédit à accorder aux propos du célèbre contacté des années 1970, Jean Miguères...
       Jean Miguères (1940-1992).
Sans espoir hélas d'explication puisque l'homme, qui se disait le messager des E.T., a trouvé une fin peu glorieuse sur un trottoir lyonnais, le 28 juillet 1992 !


« J'ai un message à faire passer au monde, prétendait-il. Il existe une confédération intergalactique (...). Ses envoyés viendront demander en 1996 aux terriens d'entrer dans son sein pour garantir la paix universelle! ». Cette sensationnelle révélation, J. Miguères, la propageait au fil de ses conférences comme en 1978, à Chalon-sur-Saône, où sa langue avait dû fourcher, semble-t-il, en parlant « d'avant 1996 ».


Qui était Jean Miguères?
Ce pied noir d'origine, ancien pilote de course, à la parole facile parfois hâbleur (je l'ai rencontré en 1987 au salon du Livre à Paris), ne se signala pas à l'attention jusqu'en 1969.

A cette date, le 10 août précisément, il est victime d'un grave accident alors qu'il transporte un malade décédé sur la RN 13 bis, dans l'Eure: son ambulance, une DS break Citroën, percute de plein fouet un véhicule du même type arrivant en sens inverse.

J. Miguères, désincarcéré du véhicule en piteux état, sera déclaré mort cliniquement par trois fois.

Il souffre d'un nombre impressionnant de fractures, d'hémorragies multiples; sa rate est rompue, sa vésicule biliaire éclatée...

Contre toute attente, après une dizaine d'opérations chirurgicales, de greffes osseuses, de transfusions sanguines, il se rétablit miraculeusement.

C'est alors qu'il se met à conter une drôle d'histoire...

Sauvé par les E.T. ?
Juste avant l'impact, il a remarqué dans le ciel un nuage blanc, suite à un message télépathique soudain. Au moment du choc, une voix rassurante lui a dit: « Ne crains rien, nous sommes là pour te protéger... ».

Un être s'est matérialisé à ses côtés dans l'épave broyée et lui a expliqué que l'accident a été « programmé » par les extraterrestres. Un « disque » guérisseur lui a été appliqué sur la nuque...

Désormais, J. Miguères se dira avoir été « régénéré et redimensionné par un être de l'espace » (extrait du réquisitoire au procès du 24 janvier 1995).

A partir de là, il n'aura de cesse de peaufiner son histoire par un livre, puis deux, par des conférences, des interviews et même des apparitions à la télévision où son charisme crève l'écran. Petit à petit le miraculé va se transformer en ambassadeur des extraterrestres.

Un « missionné », presqu'un demi-dieu ?
Ceux qui l'ont ainsi impliqué dans cette expérience dramatique et rocambolesque sont venus de la planète Kristcha, un satellite de Vénus (planétoïde artificiel parfaitement inconnu des astronomes).

Après l'avoir récupéré aux frontières de la mort, ils lui ont confié une mission: celle de transmettre une information à l'humanité tout entière, à savoir qu'en 1996, ils procéderont à un débarquement massif sur la Terre.

Peu à peu, le contacté se mue en médium et bientôt, Strôb, l'être sauveteur, s'identifie, s'incorpore à lui s'exprimant par sa propre bouche.

J. Miguères et une effigie de Strob (Nostra, n°577, juillet 1983).
Pour certains, J. Miguères passe pour un illuminé, son histoire montrant certaines inconsistances, notamment au niveau du timing et surtout manquant de preuves.

Mais il fascine un grand public... féminin, notamment.

Une bien triste fin
Marié quatre fois, Jean Miguères est très sollicité par les médias puis par les particuliers. Il change souvent de domicile. Du sud de la France où il a résidé longtemps, il vient s'installer à Lyon à la fin des années 1980.

Le 4 juillet 1992, il épouse une femme de 18 ans plus jeune que lui, mère d'une petite fille de 6 ans.

Dernier trajet  de J. Miguères à Lyon
(cliché Jean-Pierre Troadec).
Vingt-quatre jours plus tard, en plein après-midi, sous les yeux de dizaines de témoins, le plus célèbre contacté de France, reconverti en guérisseur, magnétiseur, radiesthésiste (dons hérités de la fréquentation de l'être E. T.) est abattu par Roger Dorysse, son tout nouveau beau-père, de plusieurs coups de feu tirés à la carabine, dont l'un, à bout portant, lui sera fatal.

Cette fois-ci, Strôb n'interviendra pas pour permettre à son protégé d'assister au débarquement E.T. prévu quatre ans plus tard !

Le procès
Le meurtrier se constitue aussitôt prisonnier.

 Il n'a pu supporter l'idée que sa fille et sa petite fille filent avec Jean Miguères au Canada (en fait, il n'en avait nullement l'intention).

Il est aussitôt incarcéré.

Depuis, il purge une peine de 6 ans de prison, peine à laquelle l'a condamné le Tribunal de Grande Instance de Lyon en janvier 1995, au terme d'une audience fortement médiatisée. Si bien que sa libération devrait intervenir au plus tard en 1998.

Les compatriotes de Strôb ont-ils été retardés ? Un peu de retard pour venir de Vénus, c'est possible.

Au contraire, Jean Miguères a-t-il eu l'esprit dérangé consécutivement à son terrible traumatisme ?

On en a vu de plus atteints au cours d'accidents bien moins violents.

Ou bien encore l'homme a-t-il été berné par quelque entité mystérieuse que d'aucuns confondront avec sa paranoïa?

Dernière révélation
Quelle que fût la sympathie qu'on ait pu lui consentir, J. Miguères fut une figure emblématique des années 1970, toute empreinte de la naïveté de l'hypothèse extraterrestre et de ses démons.

Par ailleurs, il fut un miraculé jusqu'après sa mort puisque selon le Dr M. qui autopsia son corps, sur les six balles qui l'avaient atteint, seulement quatre avaient traversé sa peau.

Et d'ajouter à l'intention de la présidente de la Cour: « Je n'ai trouvé aucun orifice d'entrée pour deux des six projectiles retrouvés dans le corps! »

Décidément, Jean Miguères aura su rester fidèle à son image jusque sur le trottoir de la Croix Rousse, baignant dans son sang: « un homme entièrement à part », aimait-il à dire et c'est bien volontiers que nous lui accordons ce qualificatif.

Référence :
Jean Miguères, J’ai été le cobaye des extra-terrestres, Editions Promazur. RG, Collection « Connaissance de l’Etrange », 1977.














Publié in DIMANCHE SAÔNE & LOIRE du 19 janvier 1997.

Republié dans UFOMANIA, n°16, juin 1997.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire