mercredi 27 novembre 2019

La photo de l’ovni de Petit-Rechain

 

C’est probablement le 4 avril 1990 que fut réalisée une des photos d’ovni les plus énigmatiques, près de Verviers, dans la Province de Liège, en Belgique. A cette date, la vague locale d’observations d’objets volants non identifiés était à son sommet. Un habitant de cette région (qui a voulu garder l’anonymat) vint apporter aux ufologues de laSOBEPS (Société Belge d’Etude des Phénomènes Spatiaux) une diapositive couleur ;   obtenue à l’aide d’un téléobjectif, quelques jours plus tôt (ce peu d’empressement a paru suspect à certains), elle montrait un curieux phénomène lumineux, immobile dans le ciel nocturne, observé depuis la localité où il habitait : Petit-Rechain.

Le dernier numéro de l’organe de la SOBEPS, la revue Inforespace*, est quasiment consacré entièrement à cette photo, qualifiée par les sceptiques de « photo du siècle » ; l’occasion de faire le point sur toutes les analyses qui en ont été effectuées et de tordre le cou à ceux qui ont voulu la réduire à une simple maquette triangulaire de bois d’aéromodélisme, suspendue à un fil et équipée de petites lampes en ces trois angles et en son centre.

Cette photo apparaît sur fond de ciel sans étoile – sans avant-plan  (clôture, mur, toiture etc.) et sans arrière-plan (paysages arbres, nuages etc.) - ce qui la rend particulièrement difficile à authentifier.

Après diverses analyses sommaires qui ont montré qu’il y a effectivement une masse obscure plus foncée triangulaire entre les points lumineux externes, qu’un trucage par double exposition est exclu, après l’avis des spécialistes de l’imagerie scientifique qui on scanné « numériquement » l’image pour en exacerber la luminosité, le contraste etc., après le jugement éclairé (?) d’ingénieurs physiciens du nucléaire, de professeurs, de diverses personnalités dont on nous dit qu’elles font autorité, la plus grande confusion règne encore aujourd’hui pour savoir s’il s’agit bien d’une photo d’ovni ou d’une habile fabrication destinée à tromper.

La dernière analyse par une compagnie nommée « SeerSight » confirme les précédentes : ce n’est pas une maquette en carton ou en polyester suspendue éclairée par derrière (même au laser ?) et l’objet a bien subi durant la cliché une légère rotation planaire qui y a apporté du flou ; l’intérêt actuel se focalise surtout sur les « feux » (en fait, c’est surtout eux qu’on voit, pour le reste…) dont certaines formes curieuses (filamenteuses, serpentantes, donnant l’apparence d’un empilement les unes sur les autres) pourraient accréditer que l’image truquée a été « peinte » par des traits de crayons ouatés (opération de rajout) sur un faux macroscopique photographié ultérieurement.

Ainsi, on ne peut toujours pas formellement exclure un trucage très sophistiqué. Le lourd handicap apporté par le fait que personne d’autre que le témoin photographe n’a vu voler cet étrange engin n’est pas évacué et inspire toujours la méfiance. A cela, les responsables de la SOBEPS, qui défendent l’authenticité du document (la vague d’ovni de 1990 est oubliée mais pas l’ovni), opposent judicieusement l’argument que tous les procédés mis en œuvre n’ont pu démontrer que la diapo de Petit-Rechain est un faux.

Alors aéronef secret, avion furtif F-117, véhicule extraterrestre ou bien « cliché grossièrement truqué au départ mais manipulé analogiquement de façon ingénieuse », le saura-t-on un jour ? Apparemment, on aurait tiré de cette image tout ce qui était possible. Maintenant, ce n’est plus qu’une affaire de croyance ; il semble bien que ce principe puisse être appliqué d’ailleurs à l’ensemble du phénomène ovni.



* N° 111, décembre 2005. Cotisation d’abonnement à deux numéros par an de 56 pages pour 35 euros à envoyer à l’adresse : SOBEPS, Avenue Paul Janson, 74, B-1070 BRUXELLES, Belgique.


Ce texte fut publié dans DIMANCHE Saône & Loire du 26 février 2006.


L’ovni de Petit-Rechain a fait la une de couverture des deux livres publiés par la SOBEPSsur la vague ovni belge de 1990. Ces deux ouvrages de 500 pages chacun encore disponibles sont proposés à la vente couplés à 37 euros frais de port compris.


Et VSD du 23 juillet au 29 juillet 1998 faisait de l’analyse de ce cliché « une des bonnes raisons de croire aux ovnis ».



Il a fallu attendre 2011 pour qu’un coup de théâtre inattendu vienne anéantir ce beau rêve qu’on tenait là : la preuve solide qu’un véritable ovni triangulaire avait été photographié dans le ciel de Belgique en 1990.

Un dénommé Patrick M. vint se présenter à la radio RTL pour avouer que « le célèbre vaisseau spatial de Petit-Rechain » était un vulgaire bricolage de son cru.

Âgé de 18 ans à l’époque, il avait confectionné, au moyen d’un simple panneau de frigolite (polystyrène), d’ampoules électriques et d’un peu de peinture, une maquette destinée à leurrer ses collègues de l’entreprise où il travaillait. « On ne pensait pas que ça sortirait de l'usine. Ça été beaucoup plus loin puis on a laissé aller », confiait-il naïvement 21 ans plus tard.

Il se disait persuadé à l’époque que les scientifiques allaient rapidement éventer le trucage. Mais il n'en fut rien puisque des chercheurs du monde entier (du CNRS à la NASA en passant par l'Ecole royale militaire belge), ne parvinrent pas à expliquer le mystère.« Si c'était à refaire ? Je le referais », ajoutait-il en s'excusant quand même auprès de tous ceux qu’il avait abusés. Il est dommage qu’il n’ait donné que son prénom (Patrick), ce qui lui permet fort injustement d’être placé au rang de ceux qui composent depuis plus de 60 ans les bancs de l’infamie ufologique.


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