Par Michel GRANGER
De tous temps, l'homme a spéculé sur la possible influence de la Lune sur la vie terrestre, tant végétale qu'animale. A cet effet, des tableaux de dates propices à la plantation de certaines graines ont été dressés et le monde paysan reste fidèle à cette vieille idée fortement ancrée qu'il existe une relation étroite entre le moment des plantations et le rapport d'une terre.
Or, voilà que l'empirisme populaire cède peu à peu la place à des études scientifiquement menées dans le but d'établir l'absence ou la réalité de l'incidence lunaire sur les organismes vivants de la planète Terre.
Sous la forme d’initiatives(1) à saluer d’autant qu’elles corroborent la justesse des observations de nos ancêtres.
En 1923, un biologiste anglais, K. M. Fox de Cambridge, mit en corrélation de phase le cycle lunaire et le cycle de reproduction chez certains animaux marins, tels les oursins; des confirmations à cet état de fait n'ont pas manqué. Les émissions sexuelles se produisent toujours quand arrive la pleine Lune.
C'est à dire en une période où la Lune exerce sa plus forte emprise gravitationnelle sur les marées.
Ce point est extrêmement important, nous le verrons dans la suite. Au regard de l'espèce humaine, l'influence lunaire se teinte de reflets astrologiques, pour ne pas dire de superstition.
Aussi, les savants qui s'en sont occupé se révèlent, à l'analyse, très réduits. Il y a une dizaine d'années, un certain Dr Eugen Jonas, séjournant alors en Tchécoslovaquie, fit une timide communication semblant établir que les femmes nées sous la pleine Lune devenaient régulièrement fécondes à chaque fois que la Lune revenait en son plein. Est-il besoin de préciser que ces révélations n’eurent aucun écho.
Tel ne sera certainement pas le cas des résultats récemment publiés par le psychiatre Arnold L. Lieber (M.D.) et la psychologue clinicienne Carolyn R. Sherin, du Département de Psychiatrie de l'Ecole de Médecine de l'Université de Miami (Floride).
Ces « perspicaces » chercheurs ont analysé tous les meurtres commis dans le comté Dade depuis 15 ans (1956-1970) et ils ont découvert que la nouvelle et la pleine Lune s'accompagnaient des vagues maxima d'homicides.
La figure ci-dessous est une schématisation des constatations faites par les savants américains.
Le Dr Lieber convient que les écarts sont faibles, mais grâce à l'emploi d'un ordinateur IBM 1130, il a été établi que les pics obtenus étaient assez consistants pour être tenus comme statistiquement significatifs.
En d'autres termes, en aucun cas, compte tenu de toutes les contingences environnantes, un graphique tel que l'a obtenu l'équipe américaine ne peut être imputé au hasard.
Donc, en lui même, ce tracé constitue la première preuve « statistique » d'une connexion entre les troubles émotionnels humains et les phases de la Lune. Afin d'être sûrs de ne pas avoir affaire à un phénomène uniquement local, la même
enquête fut menée dans une autre région géographique, à savoir dans le Comté de Cuyahoga (Ohio), pour une période de 13 ans (1958-1970). Les pics obtenus furent strictement similaires aux précédents.
Il peut, en conséquence, être tenu pour certain que l'image de « l'assassin de la pleine Lune » est justifiable de fondements scientifiques.
On doit légitimement se demander pourquoi de telles mises en évidences n'ont pas été trouvées plus tôt dans le passé. Le succès du Dr Lieber vient du choix opportun d'utilisation des meurtres comme critère de mesure.
En juillet 1972, le Journal Américain de Psychiatrie soulignait que les homicides volontaires donnaient un reflet statistique des soulèvements émotionnels massifs au sein d'une population.
Il a été noté, par ailleurs que les meurtres commis durant ces deux périodes propices, la nouvelle et la pleine Lune, présentent des caractères particuliers en rapport avec une absence quasi totale de pitié de la part de l'assassin et aussi avec une conduite bizarre de la victime.
Voilà qui donne à envisager que non seulement certaines personnes ont des tendances homicides deux fois par mois mais que d'autres, en de pareilles époques, présentent des aptitudes à la mort subite, ce qui, en l'occurrence, ne laisse pas d'intriguer.
Ces derniers temps, le Dr Lieber a transporté son lieu d'enquête à Cleveland où il a bien manqué y essuyer une amère désillusion. En effet, sur 2008 homicides étudiés dans cette nouvelle région, il s'est révélé que les pics maxima ne coïncidaient plus exactement avec ceux des fois précédentes, mais apparaissaient légèrement à droite du diagramme soit un peu après la nouvelle et la pleine Lune.
Il fallut le rapprochement de ces résultats apparemment contradictoires avec ceux analogues rencontrés par le Dr Frank A. Brown, en ce qui a trait aux activités métaboliques du hamster, pour ouvrir le champ à une rationalisation, qui, pour l'instant semble fournir la clef de l'énigme.
C'est en 1953 que le docteur Brown, travaillant à Evanston, dans l'Illinois, remarqua que les huîtres prélevées à Long Island et transportées dans la région de Chicago, décalaient le moment d'ouverture de leur coquille qu'elles pratiquent pour s'alimenter si bien qu'au lieu de rester en phase d'action avec les marées à Long Island, elle calquait leur périodicité sur le zénith de la Lune au dessus de Chicago. Fort de ces données révélatrices, le Dr Brown tourna son attention vers les hamsters et constata le même phénomène de décalage.
Il apparaîtrait donc que, pour comparer sans erreur les diagrammes des meurtres de Miami et de Cleveland, il faille corriger les phases lunaires qui ne peuvent être simultanées en deux points du globe de différentes latitudes.
Le mystère du décalage étant virtuellement résolu, le Dr Lieber s'est permis d'émettre quelques conjectures sur les fondements de cette dépendance physiologique lunaire qui semble s'exercer sur l'homme et sur les animaux. Selon son avis, l'homme est un microcosme des éléments qui constituent la surface de la Terre dans des proportions similaires.
A la vérité, il est bien connu que les sept dixièmes de la surface du globe sont recouverts par les mers et les océans tandis que le corps humain est constitué approximativement de 70% d'eau, ce qui marque une similitude flagrante. De là à admettre que la personne humaine peut être soumise à de mini marées biologiques susceptibles d'induire des changements, des pressions dans les tissus, il n'y a qu'un pas que le Dr Lieber n'a pas hésité à franchir.
Ainsi, à la pleine et à la nouvelle Lune, l'irritabilité neuromusculaire pourrait être poussée à son point culminant chez certains individus prédisposés et un déséquilibre hormonal, par exemple, ferait pencher la balance vers la rupture émotionnelle.
Si ce principe de raisonnement est fondé, il est bien évident qu'il doit être possible d'en dégager plusieurs autres manifestations physiologiques. C'est à cela que travaillent présentement le Dr Lieber et, certainement, d’autres de ses confrères, prouvant que notre satellite naturel, en phase de conquête spatiale, n’a plus rien de tabou.
Enfin !
Référence :
1/ Initiatives rassemblées dans l’excellente revue américaine Science Digest , septembre 1972, New York, qui nous fournit ainsi matière à un bel exercice de vulgarisation.
Ecrit en octobre ou novembre 1972.
Jamais publié.
Dernière mise à jour : 14 décembre 2009.
