vendredi 1 décembre 2017

La rencontre « très, très rapprochée » d’Antonio Villas-Boas




Ce fermier brésilien devint célèbre en 1957 lorsqu’il annonça, le plus sérieusement du monde, avoir fait l’amour avec une créature féminine d’origine extraterrestre!

Son histoire, prise au sérieux par les ufologues de l’époque, est devenue un cas « précurseur » de la vague récente des enlèvements dont elle constitue une version « soft » ; elle s’inscrit aujourd’hui dans le patrimoine folklorique de l’ufologie des années 1960 trop souvent crédule, mais combien emblématique.

Au point que nous en sommes encore influencé jusque dans nos rêves pour ne pas dire dans nos cauchemars.


Antonio Villas Boas (1934-1992)
Le 5 octobre 1957, à une heure du matin, un jeune paysan brésilien de profession, Antonio Villas-Boas, 23 ans, laboure nuitamment son champ, seul au volant de son tracteur lorsqu’il remarque une grosse étoile rouge dans le ciel sans nuage. Celle-ci se met tout à coup à grossir comme si, brusquement, elle se rapprochait. Bientôt, l’homme estime qu’elle se situe à environ 50 mètres au-dessus de lui, brillant avec éclat si bien que le sol tout autour est illuminé comme en plein jour.

L’instant de paralysie par la peur passé, Antonio ne songe alors qu’à fuir quand la coupole aplatie en forme d’œuf allongé, avec trois saillies métalliques (une au centre et une de chaque côté) et une pointe au sommet, descend plus bas encore vers le sol. Sous la machine, il y a quelque chose qui tourne à grande vitesse et une lumière phosphorescente rougeâtre s’en dégage au moment où l’engin amorce la manœuvre d’un lent atterrissage. Antonio tente désespérément de s’éloigner comme un animal effrayé mais le moteur du tracteur cale.




Scénario classique jusqu’à…

Antonio saute de son siège et prend les jambes à son coup quand il sent une pression sur son bras ; il se retourne et voit un petit être, sorti de la machine volante, maintenant posée sur un tripode, qui s’est lancé à sa poursuite. Le jeune Brésilien le repousse violemment et le nain tombe à terre. Mais le voilà qui reçoit le renfort de trois autres comparses de même taille pour maîtriser Antonio, le soulever du sol et l’obliger à monter à bord de la soucoupe par une échelle, l’ouverture se situant en dessous de l’engin.

Antonio, vaillamment, continue de lutter, se cramponnant plusieurs fois aux barreaux de l’échelle mais ils parviennent à l’emmener dans une petite salle carrée aux murs polis et argentés. La porte est refermée.

On le conduit manu militari dans une salle ovale plus grande dont les parois s’ornent d’inscriptions inconnues décrites comme des gribouillis marquées en rouge ; deux des figures le maintiennent encore tandis que les autres le surveillent « en grommelant comme des chiens » (sic). Antonio est sûr qu’ils discutent de lui. De grosses lunettes rondes dissimulent leurs yeux qui semblent cependant plus volumineux que les nôtres. Et ils portent un casque duquel partent trois tubes reliés à leur combinaison faite d’une matière grise épaisse.

Les grognements ayant cessé, on le force à se déshabiller totalement et il subit une prise de sang recueillie de sous le menton dans une fiole de forme tarabiscotée. Puis, au moyen d’une éponge mouillée, une des créatures lui humecte la peau. Désinfectant, déodorant, aphrodisiaque ? Antonio est laissé seul dans une salle du vaisseau dont une sorte de lit constitue l’unique pièce de mobilier. L’homme s’y allonge mais n’y reste que quelques instants car une violente nausée le prend causée par une sorte de vapeur à l’odeur de brûlé qui s’échappe de petits tubes émergeant du plafond. Réfugié dans un coin, il a du mal à retenir son envie de vomir.

A sa plus grande surprise, au bout de quelques minutes, il y a un bruit de porte et une femme (« bien que son apparence ne soit pas entièrement terrestre », sic) s’introduit dans la pièce et se dirige vers lui, un étrange sourire aux lèvres. Elle est toute nue, comme Antonio, et ses intentions sont clairement affichées. Ses cheveux sont blonds, presque blancs, ses yeux étirés en amandes, « comme les princesses arabes » (sic). Son visage se termine par un menton très pointu, ce qui donne à l’ensemble une forme triangulaire compte tenu de la grande largeur au niveau des pommettes.
Antonio, quelque peu estomaqué n’en est pas moins homme et il remarque le corps féminin mince, les seins haut placés et bien séparés, la taille fine, les petits pieds et les longues mains…

De quoi mettre en appétit un jeune gars de la campagne en parfaite condition physique. Mais pas au point de le rendre sexuellement incontrôlé comme il se retrouve, mettant cette excitation anormale sur le compte du liquide avec lequel on l’a badigeonné dont les vertus devaient être, selon lui, quelque peu aphrodisiaques.

Soupe aux choux à la hussarde

Le contact se fait en silence, sans ambiguïté. Antonio pense in petto qu’on lui demande de jouer le rôle de l’étalon dans quelque haras, mais cela ne lui coupe pas ses effets puisqu’il s’exécute de bonne grâce par deux fois, la belle étrangère répondant à ses assauts par de subtiles caresses et des grognements que certains traduiront par « aboiements canins », d’autres, moins romantiques, par « gémissements de truie » ! Antonio, dans l’action, tente d’embrasser sa partenaire sur les lèvres qu’elle a fort minces, remarque-t-il. En vain ! Selon Antonio, les bruyantes démonstrations de plaisir « gâchaient presque tout, car elles me donnaient la désagréable impression que j’étais avec un animal ».

Illustration tirée du livre de Lob & Gigi (1979), page 106.
L’acte à répétition consommé, la créature s’éloigne sans autre marque de sympathie et d’affection ; la porte est bientôt ouverte et un des « étrangers » appelle la femme qui, juste avant de disparaître, adresse à son partenaire un sourire et un geste jugé comme explicite : elle montre son bas-ventre et ensuite le ciel. Antonio comprend que la créature hybride, appelée à naître de cette union, est destinée à « revigorer leur cheptel » sur une autre planète.

Antonio se rhabille et deux êtres masculins viennent le chercher pour le conduire dans une autre salle où les trois autres sont assis sur des sièges pivotants grommelant tranquillement entre eux. Sur la table, un gros cadran qu’Antonio tente d’approcher pendant que les autres regardent ailleurs. Ils réagissent violemment et l’écartent, l’entraînent…

Quelques minutes plus tard, Antonio se retrouve dehors et il assiste au décollage de l’engin en direction du sud. Il est 5 h 30 : son aventure a duré plus de 4 heures.

Les séquelles

Antonio, l’amant d’une nuit de cette belle Barbarella descendue des cieux, retrouvera son tracteur intact et reprendra son labeur, comme si de rien n’était. Mais il gardera quelques séquelles de cette rencontre inopinée : nausées, perte d’appétit pendant un mois, si bien qu’il consultera un médecin pour des troubles cutanés, entre autres, ainsi qu’une somnolence tenace et anormale imputables possiblement à un empoisonnement par des radiations.

L’examen physique d’Antonio par un médecin fit apparaître sur sa peau, par ailleurs, de petites taches « hyperchromiques », une de chaque côté du menton ; des stigmates résultant de quelque lésion superficielle avec un saignement interne… « comme si la peau s’était reformée » sur l’endroit de la prise de sang.

En novembre 1957, son histoire va faire la une du magazine populaire O Cruzeiro ; c’est lui-même qui aurait alerté les journalistes des circonstances rocambolesques de son aventure. Selon l’un d’eux, sa sincérité ne fait pas de doute : « Nous n’avons pas affaire avec un cas de psychopathe, un mystique ou un sujet à des visions. Malgré cela, le fond de son histoire devient le plus lourd handicap en sa faveur ».

La nature particulière de cette expérience apte à choquer les gens prudes resta circonscrite à son pays d’origine (bien qu’il ait déjà raconté l’affaire à un chirurgien ufologue de l’Ecole Nationale du Brésil dès février 1958) jusqu’en 1962 où l’association ufologique américaine APRO (Aerial Phenomena Research Organization) crut bon de la médiatiser la qualifiant tout d’abord de « viol allégué d’un fermier brésilien par quelque créature femelle non inhibée (sic) venue de l’espace ». Le mot viol fut ensuite édulcoré en « séduction ».

Retenons qu’Antonio tira de cette extraordinaire rencontre l’occasion de se sortir de sa rurale condition. Devenu un avocat respectable et respecté en obtenant une licence en droit puis attorney, homme marié, père de quatre enfants, en 1978, A. Villas-Boas passa à la télévision brésilienne où il fut interrogé sur son incroyable aventure : il n’en dévia pas d’un iota y ajoutant un seul nouveau détail : le prélèvement de semence dans une éprouvette récupéré lors du deuxième acte sexuel.

Sa rencontre très, très rapprochée avec cette extraterrestre venue d’on ne sait où inspira au moins un canular avoué en 1967 ; mais fut-elle aussi à l’origine des visions ultérieures, par les victimes d’enlèvements présumés, de bébés-éprouvette alimentés par tuyaux et autres images qui font partie de l’ufologie fantastique ? C’est fort possible. Le déplacement aux Etats-Unis d’A. Villas-Boas au début des années 1960 alimenta la rumeur... Avait-il été invité par les ufologues ou par les autorités américaines en tant que premier « contacté physique » par une race étrangère arrivée et accidentée sur terre 10 ans plus tôt ?

Assista-t-on là, au Brésil en 1957, à un épisode contemporain d’un mythe qui perdure jusqu’à nos jours mais que d’autres font remonter à la Genèse biblique quand il est dit textuellement que, jadis, les filles des hommes se sont unies aux fils des dieux ? C’est précisément le contraire qui a eu lieu, près de la ville de Francisco de Sales, non loin de Sao Paulo, voilà 54 ans.

A. Villas-Boas a-t-il réactivé dans notre inconscient des images archétypales qui y sont enfouies ? C’est la thèse des psychosociologues, qui donnent ainsi, selon moi, dans la facilité. A-t-il, au contraire, cédé à une vision irréelle et onirique ? Antonio n’avait rien d’un déséquilibré pour tous ceux qui eurent à le côtoyer.

En définitive, le plus célèbre papa d’hybride – du moins se persuada-t-il comme tel, est mort discrètement en 1992 dans la ville brésilienne de Uberaba à l’âge de 58 ans, sans rencontrer sa progéniture ni revoir sa partenaire étrangère de 1 m 50. Du moins a-t-il jugé bon de ne pas nous en informer.


Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Le pour : l’apparente sincérité du témoin et les séquelles physiques subséquentes de son rapport consentant difficilement attribuables à une imagination même débridée.

Le contre : finalement, le peu d’impact psychologique qu’eut son aventure sur Antonio va plutôt en sa défaveur. On n’imagine tout de même une réaction plus immédiate et plus spectaculaire suite à un tel traumatisme. Il est vrai que l’ufologie brésilienne fourmille de détails sensationnels.


Possibilité de confusion :
Difficile d’en envisager une, même si d’aucuns pensent que le récit fantastique d’A. Villas-Boas aurait pu en rester au stade des fantasmes post-pubères ou de l’onirologie succube d’un jeune étudiant isolé, forcé aux travaux des champs par son père (J. Vallée y détecta « un symbolisme de conte de fées »).


Les précédents

Avec ce cas quelque peu scabreux, on aborde le sujet du rapport des ovnis avec le sexe ! Au risque de surprendre, dès le début, l’ufologie n’a pas craint d’afficher un tel lien ouvertement assumé au point que la monumentale encyclopédie de Jerome Clark y consacre un paragraphe entier.

Déjà en avril 1897, dans le Louis Post-Dispatch, un voyageur de commerce rapportait sa rencontre avec un couple de gens nus descendus d’un dirigeable sur les collines non loin de Springfield, au Missouri.

Un des premiers « contactés » américains, Howard Menger (1922-2009) prétendit, avoir fait des « rencontres », dès 1932 (il avait 10 ans !), avec des extraterrestres de sexe féminin, dont « une fille magnifique, en tenue de ski » (sic) qui lui avait avoué être vieille de 500 ans !

En 1956, il épousa en secondes noces une blonde prénommée « Marla » qui, d’après lui, venait d’une autre planète. Sous le nom de Connie Weber, elle écrivit et publia en 1958 un livre intitulé « Saturnien, mon amour… » !

Deux ans plus tôt, une Australienne prénommée Sonya prétendit avoir visité la planète Saturne et y avoir rencontré des êtres plus actifs sexuellement que les Terriens ! 

Dans les années 1965-70, comme le phénomène des enlèvements commençait à poindre, de nombreuses femmes s’en prétendant les victimes soulignèrent les connotations sexuelles des rencontres avec les « ufonautes » : examens intimes, inséminations et même actes sexuels.

En 1976, un vacher colombien fit état d’une étrange impulsion qui le poussa à sortir de chez lui pour assister à l’atterrissage d’un vaisseau lumineux en forme d’œuf de poule d’où sortirent une bande de joyeuses créatures hautes de 1,5 m, au visage plat et yeux protubérants, dont trois femmes complètement nues qui adoptaient des postures d’invite provocatrices. Il eut un rapport sexuel avec l’une d’elle et remarqua que son ventre était dépourvu de nombril.

En 1980, une femme sud-africaine affirma avoir une romance avec un savant de la planète inconnue Meton et avoir eu avec lui une union magnétique d’essence divine qui l’avait amenée à l’extase (orgasme ?).

On pourrait multiplier ce genre d’exemples érotico-ufologiques dont les annales sont remplies, mais sautons aux abductions actuelles dont certains détails constituent la version hard de ces vieux récits.

C’est ainsi que depuis que de véritables études universitaires se sont penchées sur la question (elles datent de 10 ans à peine et sont peu connues), on y a découvert une profusion d’actes sexuels dont certains à caractère pornographique et, plus graves, des agressions qui entrent carrément dans la catégorie des viols, voire de la pédophilie. Actes répréhensibles décrits avec complaisance par les témoins et racontés par ceux qui exploitent ces histoires sous couvert de contacts intersidéraux alors qu’il s’agit plutôt de secrets d’alcôve. Une dérive qui, en tout cas, n’est pas bonne pour l’ufologie déjà malmenée par beaucoup d’incompréhension de la part de ceux qui soutiennent encore, comme moi, que son principal objet, les ovnis, est un phénomène extérieur à l’individu et non un fantasme ou une affabulation psychologique ou pathologique.



Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°351, août-septembre 2011.



















vendredi 24 novembre 2017

Le « voyage interrompu » de Barney et Betty Hill



« Le cas Hill est un des plus importants cas d’ovnis jamais investigué. »
Stanton Friedman, 2007.


Barney, Betty et Delsey ; tiré de la version
anglaise du livre de J. Fuller (1966).
Le mardi 19 septembre 1961, Barney et Betty (Eunice) Hill, un couple biracial d’Américains, lui Noir de 39 ans employé au service de l’US postal, elle, Blanche, 41 ans, assistante sociale pour enfants, regagnent en voiture leur domicile situé à Portsmouth, Etat du New Hampshire ; leur chien teckel Delsey est sur le siège arrière. Ils rentrent d’une courte période de vacances qui les a conduits à Niagara Falls, Toronto et Montréal, au Québec. Divorcés tous les deux, ils se sont remariés ensemble 16 mois plus tôt et ce court voyage fait office de lune de miel tardive. En fait, Barney a pensé à cette petite escapade car il vient, enfin, d’obtenir sa mutation de travail à Boston, ce qui le rapproche de son domicile (comme ouvrier de nuit au tri à Boston) ; il a posé 4 jours de congé qui ont été acceptés et les voilà partis de Portsmouth, le dimanche, avec 70 dollars en poche.

Tout s’est bien passé y compris la visite des chutes du Niagara que Betty n’avait jamais vues et ils rentrent chez eux un peu prématurément, alertés par l’approche annoncée de la tempête tropicale Esthel sur l’Est des Etats-Unis. Après avoir envisagé de faire escale dans un motel puis finalement y avoir renoncé, ils débouchent de la Nationale 22 en provenance de Sherbrooke ; suite à un bref passage dans le Vermont et une courte halte dans un restaurant de Colebrook pour faire des provisions de bouche, non pour se restaurer (il ne reste pas grand-chose de leur argent), ils roulent sur la Nationale 3 ; tout va bien à bord de leur Chevrolet Bel Air bleue de 1957. Au volant, Barney entonne une chanson populaire.

Quelques minutes après minuit, alors qu’ils traversent les « Montagnes Blanches », une zone désolée et inhabitée, après la ville de Lancaster et en direction de Whitefield via Lincoln, Betty remarque, à travers la vitre remontée, quelque chose qui brille dans le ciel étoilé non loin de la lune présentement presque à son plein.

Elle pense tout d’abord avoir affaire à une étoile filante mais révise son opinion en voyant la lumière faire un arrêt dans le ciel ; puis celle-ci repart et semble se déplacer ; Betty fait part de son observation insolite à son mari qui, lui, réputé pragmatique, penche plutôt en faveur d’un de ces satellites artificiels qu’ont commencé à lancer l’Amérique et les Soviétiques depuis quelques années.

Betty reste intriguée par cette étrange lumière qui paraît se rapprocher d’eux car sa taille ne cesse d’augmenter. Elle propose de faire un arrêt pipi pour le chien et, en même temps, pour statuer sur cette lumière qui, très clairement, se dirige dans leur direction. Barney stoppe la voiture, et Betty sort le chien en laisse qui satisfait à ses besoins ; puis elle regagne le véhicule que n’a pas quitté Barney pour s’emparer d’une paire de jumelles 7 x 50 de marque Crescent qu’ils ont emporté avec eux à des fins touristiques ; mais l’observation rapprochée ne révèle rien de plus qu’une simple lumière et Betty réintègre la Chevrolet avec le chien ; ils poursuivent leur route vers le Sud.

Comme les hypothèses invoquées ne collent pas vraiment à cette lumière (qui persiste à être visible, change de vitesse et de direction, devient plus brillante, plus proche, un peu comme si elle les narguait délibérément), Barney garde un œil sur ce mystérieux point lumineux, ralentit plusieurs fois pour mieux voir et finalement s’arrête à nouveau ; l’inquiétude le gagne : il s’extrait de l’habitacle et récupère sous le tapis du coffre de la « Chevy » un pistolet calibre 22 dont ils s’étaient muni en cas de nuit à passer dans la voiture ; après observation, il repart. Pour la première fois, ils ont le sentiment d’être « observés ».

Près de Cannon Mountain, la lumière exécute une abrupte série de manœuvres et Barney freine pour s’immobiliser dans une aire à pique-nique ; il sort à nouveau et exprime tout haut une suite d’explications possibles : un avion commercial dans son couloir pour rejoindre le Canada, un « Piper Cub » plein de chasseurs ou, peut-être même, un hélicoptère ? Betty lui fait part de ses objections à chacune de ses éventualités : le vol non conventionnel, la configuration lumineuse et surtout ce qu’ils voient est totalement silencieux !

Impressionnés, ils braquent à tour de rôle les jumelles en direction de l’ovni (c’en est un assurément) et distinguent maintenant une forme derrière une source lumineuse nébuleuse, comme un fuselage sans aile avec des lumières clignotantes sur les côtés.

Le chien se met à gémir et Betty le reconduit dans l’automobile ; à partir de ce moment Barney se persuade que l’objet lumineux tourne autour d’eux et ceci de plus en plus près.

Après plusieurs haltes successives, dont une au lieu-dit touristique « The Flume » (Le ravin), Betty, qui continue de surveiller la lumière aux jumelles et distingue des détails, s’écrie : « Arrête-toi, crie-t-elle à Barney, nous n’avons jamais vu ça de notre vie ! »

Le couple Hill et Delsey avec les dessins
de la soucoupe et des deux entités.
Barney s’immobilise cette fois sur la chaussée en plein milieu de la Nationale au lieu-dit « Indian Head » du nom d’une formation de granit au profil évocateur. Le disque circulaire aplati est stationné à 30 m d’altitude juste devant eux. Barney, pistolet en poche, se saisit des jumelles et s’avance puis pénètre dans un champ lorsque l’objet lumineux fait un arc pour aller se placer au-dessus (30 mètres d’altitude, selon eux) d’un bouquet d’arbres1/ : il distingue maintenant à l’œil nu un engin énorme de 20 à 25 mètres de diamètre avec une double rangées de hublots tout autour éclairés de l’intérieur d’une lumière froide bleu clair. Comme il continue de s’approcher, deux lumières rouges s’allument au bout de deux structures sorties de chaque côté de l’engin (comme des ailerons) qui s’inclinent devant Barney. L’homme porte ses jumelles à ses yeux et reste stupéfait : derrière les hublots de la « crêpe » brillante, un groupe d’individus l’observent : des personnages humanoïdes (trapus, au nez large et à la peau grise, apprendra-t-on plus tard) en habits sombres brillants à l’allure guindée (comparaison avec le maintien d’officiers allemands !) qui, tandis que l’engin descend et s’approche encore, rentrent à l’intérieur… sauf un qui fixe Barney, lequel acquiert l’immédiate impression qu’il est en danger « d’être arraché du champ » où il a pénétré !

Barney tourne bride et rejoint en courant la Chevrolet dans laquelle Betty le voit entrer essoufflé, tremblant, dans un état proche de l’hystérie. Et qui lance en substance : « Faisons fissa sinon ils vont nous capturer ! »

Comme Barney a démarré sur les chapeaux de roue, l’ovni s’est déplacé pour venir se placer juste au-dessus d’eux et c’est alors que depuis l’habitacle, ils perçoivent une sensation de vibration pénétrante avec un bruit décrit comme une bizarre série de « bip-bip » qui fait trembler la carrosserie.

Un peu plus loin, au bas d’une descente, nouvelle série de « bip-bip » et, resté dans leur esprit, le vague souvenir d’avoir rencontré un barrage routier avec un globe lumineux énorme rouge orange et le sentiment d’un contact humain…

Finalement, après un trajet où Barney a conduit comme un automate ne songeant même plus qu’ils avaient projeté un arrêt dans un restaurant ouvert à Concord, ils regagnent directement Portsmouth et arrivent chez eux à l’aube vers 5 heures du matin. En fait, le voyage, après son « interruption », a duré deux heures de trop compte tenu de la distance parcourue car ils n’ont tout de même pas roulé à 30 km/heure !

Rentrés dans leur appartement, ils allument les lumières et se ruent à la fenêtre pour regarder le ciel ; comme si l’ovni avait pu les suivre jusque-là : heureusement non ; certes, ils ont retrouvé leurs esprits mais ne se souviennent de pas grand-chose de ce qui s’est passé réellement pendant ce « voyage interrompu » si ce n’est ce qui vient d’être narré. Ils ont eu deux heures de « temps manquant » et ne garde aucun souvenir de ce qui s’est passé pendant : une sorte d’« amnésie à deux » !

Au bout d’un moment, Barney laisse tomber : « C’est la chose la plus bizarre qui me soit jamais arrivé ». Tous les deux sont très calmes, voire tranquilles et relaxés : bizarre après ce qu’ils ont vécu.

Betty, le lendemain, téléphone à sa sœur Janet (la mère de K. Marden) et lui raconte leur rencontre avec cet objet volant au vol « erratique » et « suiveur ». Elle signale que chaque tentative de se rappeler ce qui s’est passé plonge son mari dans l’effroi le plus total. Il a perdu sa joie de vivre et sombre dans un état contemplatif. Quant à elle, pas mieux renseignée sur ce qui leur est arrivé, elle a commencé d’avoir une série de rêves récurrents cauchemardesques où elle se retrouve avec Barney, transportés à bord d’un étrange appareil, avec des humanoïdes lui font subir un examen physique approfondi…

L’état de santé de Barney ne s’améliore pas – il se demande s’il n’a pas eu des hallucinations –, il développe divers troubles : maux de tête, insomnies, hypertension, anémie, ulcère. Il bénéficie de 3 mois d’arrêt de travail. L’homme ne « répondant » pas aux médicaments, un trouble émotionnel est envisagé donc intervention d’un psychiatre qui, finalement leur conseille, chez un collègue spécialiste de la chose (en dentisterie !), l’hypnose médicale, proposition accueillie avec enthousiasme par Betty, obsédée par ses cauchemars qui continuent…

Tous les deux se retrouvent ainsi en juin 1964 dans le cabinet d’un psychiatre du nom de Benjamin Simon, lequel propose l’hypnose pour « réveiller » leurs souvenirs ainsi « emprisonnés ». Ils sont ainsi « régressés » séparément jusqu’à cette fameuse nuit de septembre 1961 ; et, comme s’il s’agissait bien d’une expérience vécue ensemble et ensuite occultée, ils racontent tous les deux le même scénario d’une rencontre fantastique avec des créatures vêtues de noir, aux yeux en amande, et d’une soumission à des examens anatomiques avec prélèvement d’échantillons dont le plus traumatisant fut respectivement celui d’une grande aiguille enfoncée dans le nombril de Betty pour « un test de grossesse » et un examen « génital » de Barney avec « prélèvement ». A noter qu’à cette époque les ponctions du type amniocentèse ne sont pas encore pratiquées couramment dans les hôpitaux. Ainsi, ces créatures sont-elles en avance sur leur temps pour cette opération alors qu’elles semblent incapables de faire fonctionner la fermeture éclair de la robe de Betty qui doit leur montrer comment faire et demeurent interloqués devant les fausses dents de Barney (il en porte depuis 1944 quand il a eu un accident avec une grenade) ?

Ainsi, ils révèlent les étapes d’une même étonnante aventure qu’ils auraient vécue durant ce « trou » de deux heures, embarqués à bord d’un ovni, « partiellement immobilisés », soumis par des êtres à tête chauve et mongolienne à divers examens physiques médicaux. « Ce fut une expérience qui changea ma vie », déclare-t-elle.

Reproduction d'un ET kidnappeur des Hill.
Au fur et à mesure, ces réminiscences induites sous hypnose vont reconstituer une extraordinaire aventure, la première du genre du moins dans ses différentes phases. Déjà se pose à l’époque la question de la réalité de cette expérience oubliée puis ramenée en surface par la technique hypnotique. C’est pourquoi, je me suis focalisé ici sur les souvenirs conscients supposés plus « solides ».

Mais Betty ne s’est pas laissé démonter par les doutes affichés à son encontre. C. Sagan (1934-1996), le fameux astrophysicien, qui n’est pourtant pas tendre pour les abductés, raconte les avoir rencontrés ainsi que le Dr Simon. Et de reconnaître leur sérieux et leur sincérité ainsi que le sentiment mitigé devant le fait qu’ils devinrent des « figures publiques » (A. J. Hynek (1910-1986) les rencontra aussi) dans des circonstances plutôt bizarres. Le Dr Simon, quant à lui, se porte garant qu’ils n’ont pas menti. « Les Hill ont eu une expérience qui s’apparente à une espèce de rêve », précise-t-il.

Les époux Hill en 1965.
Betty, quant à elle, continue ultérieurement des observations ovni et les fait partager à tous ceux qui, en pèlerinage, visitent le champ derrière sa maison de Portsmouth. Deux à cinq fois par semaine, elle y scrute l’azur étoilé et voit des lumières que d’aucuns attribuent à des avions. Elle prend des photos. Betty reste sereine dans ses convictions ; elle prétend être en contact avec les pilotes des ovnis auxquels elle alloue la faculté de se déguiser en engins aériens familiers. D’aucuns argueront qu’elle « cède à son enthousiasme subjectif » et se décrédibilise.

L’histoire sensationnelle de ce kidnapping d’un couple d’Américains par une soucoupe volante parut en feuilleton dans la revue « Look ». Un livre à succès lui assura une couverture mondiale. Elle est considérée comme le facteur déclenchant de cette vague d’enlèvements présumés par des ETs qui se perpétue encore aujourd’hui aux Etats-Unis et qu’on range pudiquement dans la catégorie des contacts du 4ème type.

Barney mourra subitement d’une hémorragie cérébrale en 1969, ce qui n’empêchera pas Betty de continuer inlassablement à raconter sa fantastique aventure jusqu’à sa « retraite » ufologique en 1991 et même après jusqu’à sa mort survenue en 2004. Elle était devenue une figure emblématique, une « légende » de l’ufologie américaine.

Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Pour : les « traces » physiques de la « rencontre » à savoir :
v       Les taches « magnétiques » de la taille d’une pièce d’un demi-dollar sur le coffre de la Chevrolet atténuées par l’impossibilité physique décrite selon laquelle une boussole, posée dessus, se mettait à tourner toute seule (!),
v       Les taches de matières végétales sur les pantalons de Barney et le dessus de ses chaussures éraflés ; les déchirures de la robe de Betty et la poudre rose trouvée dessus dont les analyses suggérèrent la présence d’une « substance biologique anormale »,
v       Les deux montres des témoins arrêtées au moment crucial et constatées irréparables,
v       Le chien Delsey qui, consécutivement à l’incident, souffrit de mycoses et de troubles internes.

Schéma des Hill (O) et carte de M. Fish.
Contre : en 1964 à une séance d’hypnose, Betty, soucieuse de lever l’ambiguïté qui pèse sur l’objectivité de son histoire « remémorée », raconte avoir demandé au « chef » des extra-terrestres kidnappeurs « quelque chose afin de prouver que tout cela a été bien réel ». Ainsi, une carte lui est montrée qu’elle parvient alors à se remémorer et reproduire et qui prétend représenter le système stellaire (vu de là-bas, pas d’ici !) d’où sont originaires les preneurs d’otage célestes (leurs kidnappeurs) avec les « routes d’expédition ».



Marjorie Fish (1932-2013).
Une institutrice de Oak Harbor, Marjorie Fish, astronome amateur, ayant tenté de trouver à quoi peut correspondre le schéma tracé par Betty, travaille (pendant plusieurs années) sur le catalogue alors disponible des étoiles proches : en 1966, elle annonce avoir identifié, grâce à un schéma reconstitué en 3 dimensions, l’astre natal des créatures : Zeta Reticuli à 39 années-lumière de la Terre ! La caution scientifique à cette trouvaille est même apportée par une revue professionnelle de grand renom comme Astronomy, en décembre 1974. Seul problème, la deuxième étoile de la carte des Hill n’existe pas dans le catalogue.

Mais en 1981, Daniel Bonneau, astronome français, montre par interférométrie que Zeta Reticuli est, en réalité, une étoile double ! Les données plus récentes du satellite Hipparcos confirmeront cette particularité. Ainsi, certains y verront une confirmation du schéma indiquant le lieu exact d’où provenaient les ET aux gros yeux aperçus par les Hill. D’autres argueront qu’un tel système stellaire binaire est très peu susceptible, à la lumière des connaissances astronomiques actuelles, d’abriter des planètes habitables telles que la Terre.

Aux dernières nouvelles (2008), un Australien, Brett Holman, ayant accédé aux données online de l’observatoire astronomique de Strasbourg (SIMBAD), prétend que 5 étoiles au moins du schéma de M. Fish doivent être « rejetées » parce que situées à des distances qui ne sont pas celles prises en compte par l’institutrice. Si bien que l’image qu’elle en avait déduite en trois dimensions ressemblant au schéma des Hill n’a plus de raison d’être avec « toute la rigueur scientifique nécessaire » tel que vu de l’étoile Zeta Retculi. « Goodbye Zeta Reticuli » titrera-t-il son article paru dans le Fortean Times, n°242 de novembre 2008.

Confusion :
Les théories visant à banaliser l’affaire Hill n’ont pas manqué : par exemple celle du projecteur de publicité bizarrement situé dans une zone déserte (!) ; celle aussi très à la mode à l’époque d’un effet d’inversion de température dans les couches de l’atmosphère ; et bien sûr, la vision nocturne de la planète Jupiter ! Quant aux rêves de Betty qu’elle aurait raconté à Barney et ainsi « partagés », ils lui auraient été suggérés par un livre de D. Keyhoe [1897-1988] (vérifié faux) ou une émission de TV à la mode « Twilight Zone ».


Note :
1/ Ces détails du récit conscient des Hill ne furent pas mentionnés dans le livre qui popularisa cette affaire, à savoir celui de John. G. Fuller, « Le voyage interrompu », publié en 1966 et traduit en français en 1982. Ils proviennent de deux mises à jour récentes publiées toutes les deux en 2007 : l’une de l’ufologue scientifique Stanton Friedman, « Captured ! », utilisant des notes personnelles de Betty retrouvées après sa mort par sa nièce, Kathleen Marden, elle-même coauteur du livre, et l’autre de Dennis Stacy, ufologue américain, incluse dans la version « revisitée » de l’enlèvement des Hill intitulée « Encounters at Indian Head », éditée par Karl Pflock et Peter Brookesmith, suite à une réunion privée en septembre 2000 au New Hampshire rassemblant aussi bien pro- que anti-Hill et ayant eu comme invitée Betty.





Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°345, août-septembre 2010.



























vendredi 10 novembre 2017

L’étrange accompagnateur du vol 1628 (1987)


        « La plus importante histoire d'ovni de notre temps », écrivait l'Inquirer de Philadelphie. « La plus bizarre observation aérienne de l'histoire de l'aviation », renchérissait le Daily News d'Anchorage, tous les deux en date du 5 janvier 1987.
  
Dessin humoristique de la rencontre de Terauchi selon l'Inquirer de Philadelphie.
« Rien d'anormal, c'est juste comme dans les films. »
 Voyons les faits.

Lumières à l’horizon
Nous sommes le 17 novembre 1986. Un Boeing 747 de fret des Japan Air Lines (JAL), parti de Paris et ayant fait escale à Reykjavik, Islande, se dirige vers Tokyo via Anchorage au dessus de la Mer de Beaufort, sur la côte nord de l'Alaska. Le temps est clair et le vol 1628 a été jusque-là sans le moindre incident. Il transporte, entre autres, des bouteilles de Beaujolais, ce qui inspirera les médisants !

Il est 18 h 13, heure locale, et le crépuscule s'installe. Le soleil a disparu à l'horizon (il est à 11 degrés en dessous) quand le pilote, Kenju Terauchi, 47 ans, repère à gauche, au loin, à l'avant de l'appareil, « deux lumières clignotantes » dont il estime être séparé de 11 à 12 km environ. « Sûrement des avions de chasse ou des jets en mission spéciale », pense-t-il.

Mais au lieu de s'éloigner, les feux tantôt blancs, tantôt jaunes, demeurent en position à 600 mètres au dessous de l'avion. Il est 18 h 19 quand Terauchi décide d'alerter par radio les contrôleurs radar du trafic aérien de la FAA (Administration Fédérale de l’Aviation US) à Anchorage.

Carl Henley, technicien, est devant son écran, 10 km plus bas et il entend le copilote Takanori Tamefuji, qui, lui aussi, voit des taches brillantes, demander : « Eh, nous avons là-bas en vue deux lumières devant nous... »

Avant même qu’il puisse répondre qu’aucun appareil n’est sensé se trouver dans les parages, les deux points lumineux commencent à « manœuvrer ». « Comme deux jeunes oursons jouant l’un avec l’autre », dira plus tard Terauchi !

Et ils viennent se placer devant l’appareil, à moins d’un kilomètre de distance, lançant des jets flamboyants au point que le pilote a une sensation de chaleur sur le visage à travers le cockpit. Il évalue leur taille à celle d’un DC 8. Mais ils n’en ont aucunement la forme. Celle-ci ne rappelle rien de connu : ce sont « deux cylindres enveloppés de raies de lumière pointillées latéralement qui partent d’un centre plus sombre ».

Dessin de Terauchi selon People Weekly du 28 janvier 1987.

« Comme du charbon de bois piqueté de cendres ardentes et incandescentes. » Et tout cela se déplace « en formation » avec le jumbo jet à 900 km/h, « comme contrôlé par me intelligence » (Terauchi).

En bas au sol, les contrôleurs ne voient rien d’autre sur l’écran que le 747.

Mais voilà que les objets lumineux s’éloignent vers la gauche et disparaissent. On respire à bord, ayant craint un moment la collision.

C’est alors qu’un spot s’inscrit sur le radar de bord de l’avion, à gauche encore. L’équipage regarde dans cette direction. « Quelque chose » est là en effet qui semble suivre l’appareil : « une grosse bande de lumière blanche brillante ».

La voix du pilote est, cette fois, secouée de tremblements. Les contrôleurs focalisent leur radar pour mieux voir. Une image apparaît sur l’écran, précisément là où le pilote a signalé l’objet. La base militaire de l’Air Force de Elmendorf alertée, confirme l’observation. Il est 18 h 26.

« Un gigantesque objet nous suit. »
Comme l’avion survole Fairbanks, le halo lumineux montant de la ville permet au pilote d’avoir une meilleure vision de l’objet : c’est une gigantesque masse vert sombre « en forme de noix barrée par le milieu horizontalement d’une bordure éclairée comme un tube néon ». Sa taille : « environ celle de deux porte-avions mis bout à bout ». Donc de 180 à 200 mètres !
Dessin de Terauchi.
 Pour essayer d’échapper à ce formidable ovni qui les suit, Terauchi obtient des techniciens de la FAA l’autorisation d’abaisser son altitude de un kilomètre. L’objet descend en même temps. Toujours avec l’aval des contrôleurs au sol qui ont perdu le spot radar correspondant au compagnon du 747, l’avion vire à droite deux fois à 45 degrés puis complète un retournement complet sans que son fantastique « suiveur » ne modifie moindrement sa position relative ; ce qui a demandé une grande vitesse d’exécution si vraiment l’ovni se trouve entre 8 et 13 km (calcul basé sur l’observation radar au sol).

Deux autres avions qui croisent dans le secteur - un des United Lines venant de décoller d’Anchorage et un cargo Totem C-130 - sont avertis de l’aventure et ils se dirigent vers l’appareil du JAL. Arrivés en vue de celui-ci - ils ne verront pas l’ovni - la barre lumineuse « s’est éteinte ». Ne reste que le clair de lune. « C’était comme dans un rêve. Incroyable », rapporta Terauchi. Il est 18h 53.

La poursuite a duré au total 40 minutes et s’est étalée sur près de 600 km.

Le black-out échappé de justesse
Lorsque l’avion se pose à Anchorage quelques minutes plus tard, l’équipage des trois hommes - il faut ajouter au pilote et copilote l’ingénieur de vol Yoshio Tsukuda - est longuement entendu par les responsables de la FAA.

Cela, on l’apprit bien plus tard car rien de l’incident ne filtra dans les médias. Et il est probable qu’on n’en aurait définitivement rien su si la FAA n’avait pas été harcelée par des reporters japonais, lesquels avaient eu vent de l’affaire par un des parents des pilotes.

L’histoire fut donc rendue publique le 1er janvier 1987. Beau cadeau de Nouvel An pour tous les ufologues du monde entier qui ne se firent aucune illusion : « on va tout faire pour « tuer » cette rocambolesque histoire », prédisait l’un d’eux.

Aussitôt dit aussitôt fait.

Fi de l’accusation de rétention de l’information: « Nous n’avons pas voulu répandre la nouvelle » , déclarera Paul Steucke, porte-parole de la FAA.

« Notre rôle est d’informer le public du bon travail de la FAA, pas des choses bizarres de l’espace » ! Le ton était donné.

En ce qui concerne les enregistrements radar du 17 novembre, ils furent « réexaminés ». Et il se révéla que le fameux blip capté par la FAA n’était qu’un écho du vol 1628 lui-même - il paraît que cela arrive souvent, un « objectif primaire non corrélé », en d’autres termes un artefact, un fantôme quoi ! Et le spot observé au même moment sur les radars de l’Air Force était, pour sa part, un « objectif anormal ». En clair, les contrôleurs de la FAA avaient mal interprété un dédoublement de l’image de l’avion et les militaires avaient fait une malencontreuse confusion... Et ceci malgré les propos de Sam Rich, l’un des trois radaristes de la FAA qui, comme ses collègues témoins du phénomène, « avait bien cru que c’était l’image radar d’un engin volant ».

Certes, ce double concours de circonstances était quand même extraordinaire ; Steucke, ironique, dira : « une coïncidence de deux mirages avec une observation certainement hallucinatoire... »

La machine à démystifier en marche
En effet, bien que reconnu comme qualifié, à jeun et non drogué  (il ne put s’empêcher de dire qu’un moment, il avait pensé que ses poursuivants « voulaient boire le vin français ! » - , le pilote Terauchi apparut comme ayant un lourd passé ufologique : n’avoua-t-il pas avoir vu, au cours de ses 27 ans de carrière, déjà deux ovnis ? Et sa sale habitude parler de « vaisseaux spatiaux » ou de « vaisseau-mère » pour désigner ce qu’il avait cru voir dans le ciel ne pouvait qu’attiser la suspicion.

De surcroît, voilà que le 11 janvier 1987 au matin, lors d’un vol Londres-Anchorage, Terauchi rapportait une deuxième « rencontre », l’impudent !

Le pilote Terauchi.
Et à peu près au même endroit, il décrivait « des lumières irrégulières ressemblant à celles d’un vaisseau » (le vocabulaire américain du Japonais était décidément très limité).

Cette fois, les contrôleurs radar ne confirmaient pas l’observation.

Et Paul Steucke pouvait avancer tranquillement l’hypothèse quasiment certaine « de lumières venant du sol réfléchies sur des cristaux de glace dans l’atmosphère » (thèse dérivée de la fameuse explication des ovnis par une inversion de température dans les couches nuageuses).

Terauchi acceptait d’ailleurs cette interprétation sans rechigner, reconnaissant qu’il avait pu se tromper. Depuis, il a été muté (rotation de routine selon les AL) à Tokyo pour des vols de jour (!) après avoir passé 3 ans à Anchorage où il utilisait son temps libre à pêcher le saumon rouge... Mais je parie que ce hobby lui a passé brusquement...

Philip K. Klass (1919-2005).
Le point final à cette affaire avait été porté par Philip J. Klass, un acharné dénonciateur de faux ovnis, décédé depuis. Selon lui, « il est presque sûr que l’objet vu par Terauchi était extraterrestre et sa taille colossale ». Et pour cause, c’était très certainement la planète Jupiter brillant d’un éclat inaccoutumé. L’ancien éditeur de la revue : Aviation Week & Space Technology était parvenu à cette conclusion au terme de savants calculs sur ordinateur quant aux positions des corps célestes par rapport au Boeing, en cette soirée mémorable du 17 novembre.

Et ce devait être la planète Mars qu’on avait confondue avec les deux premiers ovnis. « Ce n’était pas la première fois qu’un pilote expérimenté prend un corps céleste pour un ovni et sûrement pas la dernière » (sic).


Enquête officielle
La FAA rendit public , le 5 mars 1987, le résultat de son enquête de 3 mois qu’elle avait rouverte en janvier sous la pression de l’opinion: 400 demandes de copies des documents radar vendus au prix de 200 dollars. Elle confirmait tout ce qu’on a dit plus haut : vision radar erronnée « malheureusement apparue juste quand le pilote rapportait voir quelque chose à l’extérieur de son avion ! »

« La conclusion est qu’on ne peut conclure », affirmera textuellement Paul Steucke. « On ne peut rien confirmer ni infirmer. Il n’y a plus rien à investiguer ».

P. Steuke révélait quand même que la FAA avait divulgué une autre observation par un autre équipage des Alaska Air Lines, au-dessus de McGrath, le 29 janvier repéré sur le radar atmosphérique de l’appareil : une cible qui se déplaçait à 500 km/minute (30 000km/heure) mais qui ne fut pas repérée visuellement ni par les radars au sol. L’agence avait interrogé les pilotes mais « ne s’était formé aucune opinion » sur cette nouvelle observation. Sûrement la même que sur la précédente.

Plus de vingt ans après, ce cas spectaculaire a été bien sûr oublié. Il n’empêche que l’observation de ces « vaisseaux-mères » encombre les annales de l’ufologie ; on parle le plus souvent d’engins aussi grands qu’un terrain de football. Le dernier en date est récent puisqu’il a été rapporté par l’équipage d’un vol des Aurigny Airlines le 23 avril 2007 : un ovni géant d’un miles de long, selon le capitaine Ray Bowyer qui l’observa avec ses jumelles de bord. « C’était un objet très net, mince et jaune avec une zone verte ».

« Il était à 600 mètres d’altitude et à une distance que j’estimai tout d’abord à une quinzaine de km ; ainsi, sa taille aurait été celle d’un Boeing 737. Mais le pilote réalisa que la distance était plutôt de 6 km, d’où il rajusta sa taille de l’ordre 1 miles ».  A l’approche de Guernesey, « un second objet identique fut observé plus loin à l’Est ».

Les observations furent confirmées par plusieurs passagers et par un pilote non identifié d’une autre compagnie aérienne. L’autorité de l’aviation civile (CAA) confirma l’observation mais ajouta qu’elle ne savait pas pourquoi certaines parties du rapport n’avait pas été publiées.

Décidément, il se passe quand même des choses dans le ciel, comme l’a souligné la réunion de pilotes à Washington le 12 novembre 2007.


Initialement publié sous le titre « Enorme ovni, au dessus de l’Alaska », DIMANCHE S. & L.,  1er novembre 1987.
Version abrégée publiée en « best »,  DIMANCHE S. & L., 15 Juillet 1990.
Version augmentée titrée : « L’étrange accompagnateur du vol 1628 », in LE MONDE DE L’INCONNU, N°333, août-septembre 2008.

Dernière mise à jour : 16 juillet 2009.