lundi 4 avril 2016




L’hypothèse ET est-elle obsolète ?


Plus explicitement, cette hypothèse extraterrestre (HET), qui veut voir dans les ovnis des véhicules en provenance de l’espace circumterrestre venus là de beaucoup plus loin, est-elle encore  susceptible de prévaloir aujourd'hui à la lumière des connaissances actuelles ? A-t-elle résisté aux attaques en règle débutées dans les années 1960 avec ce qui devait être l’assaut final en 1990 ? Ou bien doit-on l’abandonner purement et simplement en faveur d’une alternative qui s’impose ?



« La recherche appliquée aux ovnis doit tendre à la découverte de ce qui est
et non à l’affirmation de ce qu’on voudrait qui fût. »

René Fouéré, 1977.

La publication récente par les Editions Le Courrier du Livre d’un coffret (1)  comprenant toute l’œuvre du G.E.P.A. me donne l’opportunité de revenir ici sur l’évolution en France de l’hypothèse extraterrestre  (HET) pour expliquer l’origine des ovnis ; celle-là même qui, justement, prévalait dans la période couverte par les publications de cette association ufologique respectée et trop tôt disparue.

De 1962, date de sa création, jusqu’à sa dissolution en 1977, le bureau du G.E.P.A., tout acquis à l’HET, resta extrêmement méfiant envers les théories alternatives qui se faisaient jour en cette période en Amérique, puis en France ; celles-ci n’ont contribué d’ailleurs qu’à compliquer la problématique du phénomène ovni.

Qui était le G.E.P.A. ?
Général L. M. Chassin (1902-1970).
Le G.E.P.A., groupe d’étude des phénomènes aériens, fut l’une des premières associations ufologiques françaises et, par son sérieux et la qualité de sa ligne éditoriale, il contribua largement à dissiper l’image soucoupiste qui ternissait alors l’ufologie française. Ses membres fondateurs étaient principalement des scientifiques (2), des ingénieurs, des techniciens parmi lesquels se mêlaient même des militaires dont le Général de l’Armée de l’Air, Lionel M. Chassin (1902-1970) qui en fut le premier Président.
Grâce à son ambition d’aborder le problème des soucoupes volantes (SV) du point de vue scientifique, ce qui était nouveau en France, le G.E.P.A. s’attira la collaboration de scientifiques et de chercheurs issus du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et même du CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) et ce, dans un contexte non ambigu où son bureau directeur et ses enquêteurs adhéraient très largement à l’HET. 



Le G.E.P.A. fit notamment la promotion de la déclaration du Dr James E. McDonald (1920-1971), physicien américain, qui prônait un effort conjugué de tous les savants du monde en vue de déterminer la nature des ovnis (3). R. Fouéré, cheville ouvrière du G.E.P.A.,  renchérissait en 1969 : seule l’approche scientifique est valable dans ce domaine. Et d’ajouter : Ce n’est pas aux philosophes, aux hommes de religion ou aux historiens qu’il faut nous adresser [PS (4) n°19]; excluait-il là tous ceux qui, dans cette catégorie, s’en sont mêlés pour le grand malheur de l’HET ?

L’HET transparaît partout dans les publications du G.E.P.A. : éditoriaux et comptes-rendus d’enquêtes, articles de réflexion… On y trouve la conviction profonde que les soucoupes volantes (terme conservé et préféré à celui d’ovnis par son Président, R. Fouéré qui succéda au Général Chassin après sa mort) viennent de l’espace. Y figure aussi une magnifique iconographie de la variété du genre.

Quand l’HET faisait consensus

Bref, tout y est pour accréditer l’HET comme la seule explication possible des ovnis : en des termes choisis, les SV ne pouvaient être que des astronefs, des vaisseaux spatiaux, pilotés ou téléguidés par des visiteurs, des disques volants, des engins extraterrestres stationnés dans l’espace à proximité de la Terre ou directement en provenance de l’espace intersidéral…

René Fouéré (1904-1986).
© Yves Bosson / Agence martienne
Il faut croire que les objets (c’était le terme généralement employé) observés se prêtaient bien à cette HET puisque ni le staff de la revue, ni les enquêteurs, ni les témoins, ni les lecteurs n’y trouvaient à redire, celle-ci reflétant un consensus largement en vigueur à l’époque. Dans certains cas même, les conducteurs de ces SV se montraient accréditant plutôt la thèse d’une exploration non robotisée (on y reviendra, ce serait un point faible de l’HET) ; ainsi, les SV s’imposaient comme des machines spatiales pilotées par des êtres non-humains (…), des êtres intellectuellement beaucoup plus âgés que nous puisque capables de venir de si loin.

C’est dans les éditoriaux et les chapeaux des articles assortis de réflexions personnelles de son emblématique Président, le respecté René Fouéré, ingénieur de son état et intéressé aux soucoupes depuis le début de leur apparition (1947), à travers ses remarques  toujours modérées mais si bien senties sur les premières remises en cause de l’HET, notamment sur les premiers écrits de Jacques Vallée, que j’ai suivi le cheminement de ces idées anti-HET au sein du G.E.P.A, (n’y a-t-il pas eu une route parallèle suivie par l’ufologie française sérieuse de cette période ?), allant jusqu’à penser que tout cela n’était pas sans quelque liaison cachée avec la mise en sommeil du groupe en 1977 (6).

L’HET contestée
Ray Palmer (1910-1977).
C’est dans la revue Flying Saucer de Ray Palmer (7) qu’au début des années 1960, certains ufologues américains arguèrent que le phénomène SV était trop étrange pour accréditer une notion aussi matérialiste que celle d’une exploration extraterrestre ; ainsi s’implanta une base occulte pour le phénomène qui se développa dans la revue britannique Flying Saucer Review. L’écrivain américain John Keel y remit en cause l’HET et, dans des livres publiés entre 1970 et 1975, substitua aux extraterrestres des ultraterrestres, êtres démoniaques qui secrètement contrôlaient le monde en manipulant notamment l’humanité à des fins obscures.
John Keel (1930-2009).

Bizarrement, ce ne furent pas les idées iconoclastes de J. Keel (qu’il exposait sans se prendre au sérieux) qui firent le plus mal à l’HET. Le coup le plus dur vint d’un scientifique français, J. Vallée qui, tout d’abord champion de l’HET, emboîta brusquement le pas de l’Américain avec un certain talent, il faut bien le reconnaître.

Déjà, rapportant succinctement la parution de son livre : Les Phénomènes Insolites de l’Espace (8) dans PS n°7 de mars 1966, R. Fouéré glissait laconiquement que l’auteur n’était même pas moins, à certains moment, d’ironiser sur l’hypothèse des soucoupes volantes comme astronefs ET et on sentait que cette humour n’avait pas l’heur de lui plaire beaucoup.

Mais c’est dans son Chroniques des apparitions extraterrestres (9) [signalé dans PS n° 32 (juin 1972) juste avant deux ouvrages de J. Keel et non commenté] que J. Vallée s’attaquait à l’HET, qu’il qualifiait de naïve et semait les graines qui vont engendrer ses plus farouches adversaires lesquels se déchaîneront pendant 30 ans : les partisans de l’hypothèse psychosociale, l’école qui, profitant d’un travail de sape dans le milieu scientifique (celui-là même visé justement par l’œuvre de R. Fouéré), menaça bien de s’imposer : en reléguant tout simplement les ovnis au rang des fantasmes socioculturels nés du folklore et de la science fiction !

Cette thèse qui domina l’ufologie européenne dans les années 1980 dont la compréhension m’a toujours dépassé, est sur ses fins ; citons Anthony R. Brown, dans Magonia (10) d’octobre 2000 qui en annonce le déclin et la chute (tout en n’étant pas moins tendre avec l’HET par ailleurs !) : L’essence de l’hypothèse psychosociale est de banaliser l’expérience du témoin et de remettre en question son honnêteté de base comme être humain. L’hypothèse et quelques-uns de ses supporters nous disent plus sur leur propre caractère et leur ignorance même des faits les plus basiques de la science que cela nous en apprend sur la vraie nature des ovnis. Lire cela dans cette revue ufologique britannique anti HET est d’un grand réconfort pour ceux qui, comme moi, s’y raccrochent encore et ferait certainement plaisir au regretté R. Fouéré (11)  pour lequel c’était les faits qu’il fallait étudier en priorité!

C’est dans le n° 41-42 de PS (juin-décembre 1974) que R. Fouéré prenait nettement ses distances avec les idées folklo-féériques de J. Vallée développées dans Chroniques des Apparitions Extraterrestres toujours à mots couverts contestant le caractère psychologiquement impressionnant du phénomène qui provoquerait cette perception extra-sensorielle des témoins…; décidément, l’HET assaisonnée à la sauce paranormale (dite parapsychologique), ne lui convenait pas particulièrement.

En juin 1975, suite à la sortie du livre de Vallée : Le collège Invisible (12), R. Fouéré dans son éditorial de PS n°44 soulignait l’influence néfaste sur la recherche qui nous est si précieuse des idées développées dans ce livre [elles susciteront par la suite l’hypothèse conspirationniste (13)]. Un virage regrettable de l’auteur annoncé par Passport to Magonia. Et de déplorer qu’ainsi, l’HET soit dévaluée au profit de l’interprétation parapsychologique. Vallée vient au secours de Menzel et Klass, deux négateurs américains de la réalité objective des ovnis. Ainsi, cela sapait-il la recherche préconisée par le G.E.P.A. depuis 12 ans. Dans le numéro suivant, R. Fouéré revenait sur le côté néfaste de faire des SV des manifestations en quelque sorte surnaturelle ou parapsychologique, des hallucinations ou visions à caractère religieux avec personnage céleste angélique ou démoniaque. Ce sera d’ailleurs le dernier éditorial de R. Fouéré qui au numéro suivant de PS cédera la plume à sa femme Francine, lui-même s’étant retiré comme Président d’honneur du G.E.P.A.

PS continuera de rester dans la ligne de ceux qui pensent que les SV sont des engins spatiaux d’origine ET parfaitement tangibles et matériels tout en mentionnant les différentes thèses qui s’affrontent en France : l’école qui voit dans la manifestation d’une civilisation qui explore la Terre comme nous Mars et Vénus et la deuxième qui néglige l’aspect matériel des ovnis pour ne retenir que leur impact parapsychologique depuis des siècles sur notre civilisation.

Et de republier en 1976 un texte paru en 1965 et intitulé Soucoupes Volantes et voyages Interstellaires. Non le G.E.P.A. ne reniera jamais l’HET.

Dans le dernier numéro de la revue paru en mars 1977 (n° 51), René Fouéré présentait un texte de son cru intitulé un certain usage de la parapsychologie qui, à mon sens, constitue le point d’orgue du G.E.P.A. en matière de sa vision d’une ufologie matérielle et de son refus de voir l’HET dévoyée au profit de la théorie psi. Il fustigeait ceux qui ne sont guère exigeants en matière de preuves (cela ne s’applique-t-il pas à une certaine ufologie presse bouton où, à l’heure d’Internet, n’importe quelle lumière nocturne est assimilée à un ovni ?) : traces au sol et autres.

Déjà en 1977, R. Fouéré répondait à deux objections concernant l’origine ET des SV :
1/ elles étaient trouvées trop nombreuses pour venir de l’espace. Sa réponse tournait autour du nombre à partir duquel est-ce peu et à partir duquel est-ce trop ? Sur le plan cosmique que veut dire trop nombreux ? Inutile de revenir à cette objection compte tenu de la chute drastique du nombre d’observations en ces années 2000.
2/ le type humanoïde des pilotes aperçus. Nous y reviendrons.

J. Vallée persiste et signe
Non content d’avoir jeté la confusion dans le milieu ufologique, Jacques Vallée après avoir alimenté les vues folkloriques, occultes, ésotériques, surnaturelles puis conspirationnistes, réglé ses comptes avec les ufologues tôles et boulons (14), planta une dernière flèche dans la cuirasse déjà bien entamée de l’HET. En 1990, il publia dans la seule revue (15) dite à référés ouverte à l’ufologie (son renom lui servit certainement), ses 5 arguments à l’encontre de l’HET qu’il reconnaît textuellement avoir été supportée par une majorité du public et la quasi-totalité des chercheurs ufologues :
Argument 1 : la fréquence des rencontres rapprochées ;
Argument 2 : la physiologie ;
Argument 3 : les rapports d’abduction ;
Argument 4 : l’histoire ;
Argument 5 : les considérations physiques.

De façon étonnante, les ufologues américains pro-HET – ils sont pourtant nombreux et il y en a de très célèbres – ne se précipitèrent pas pour apporter la contradiction à J. Vallée et contester son offensive anti-HET. Cette discrétion s’explique mal sauf s’ils ont été repoussés justement par les référés. Seul Robert M. Wood (16), Ph. D., mathématicien, informaticien et ufologue non réputé, put développer ses contre-arguments et on va voir comment ; son idée est de dire que tout ce que dit J. Vallée s’écroule si on admet que les voyages spatiaux peuvent se faire à une vitesse supérieure à celle de la lumière et ainsi fait-il un sort poli aux 5 arguments de son illustre confrère !

Pour chaque argument anti-HET, examinons brièvement comment J. Vallée l’explicite, quels furent les contre-arguments présentés à l’époque notamment par R. M. Woods et ce qu’on peut dire aujourd’hui sur la validité des uns et des autres.

Argument 1 : le nombre des rencontres rapprochées : J. Vallée l’estime tout d’abord à 5 000 et en profite pour déjà, avec ce nombre, tordre le cou à l’hypothèse d’un phénomène naturel tel qu’un effet atmosphérique particulier (style décharge plasma, foudre) ; puis il trouve difficile à admettre que des explorateurs spatiaux auraient besoin d’atterrir 5 000 fois à la surface de la Terre pour analyser son sol, faire des prélèvements de flore et de faune et produire une carte complète. Et que dire si la supposition qu’une rencontre rapprochée sur 10 est rapportée ? Un facteur de 2 destiné à étendre les sources aux autres continents (sources essentiellement US) du globe conduit à 100 000 cas ! Et un autre coefficient multiplicateur de 10 [effet de densité de population des zones d’atterrissage) puis de 14 (facteur nocturne qui tient compte des durées de sommeil des témoins potentiels (17)] conduit au nombre effarant de 14 millions d’atterrissages. Et de conclure : toutes ces considérations apparaissent contredire l’HET.

R. M. Wood trouve ce chiffre raisonnable ; mais il spécule que si chaque civilisation exploratrice s’autorise 1000 rencontres rapprochées (entre 100 et 10 000 suivant que le peuple visité est plus ou moins intéressant), on trouve que cela fait 14 000 civilisations visiteuses en 40 ans et  environ une visite par jour et par civilisation. Cela expliquerait aussi l’énorme variété des formes d’ovni.

Personnellement, je trouve le nombre de rencontres ET au sol de J. Vallée bien élevé. Il ne correspond en rien à ce qui se passe en France… sauf en 1954 où, depuis, le sol français semble être devenu répulsif.

Et, de façon assez paradoxale, quant au nombre de civilisations du cosmos susceptibles de nous visiter, la découverte récente des nombreuses exoplanètes a fait chuter sévèrement les évaluations optimistes des partisans de l’équation de Drake. J’ai même vu des calculs nous donnant seuls dans l’Univers. Dans ce cas, l’HET n’a plus de raison d’être et c’est souvent le reproche qu’on a fait à ses thèses alternatives de faire resurgir et nourrir l’idée que l’humanité est la race suprême de l’univers, ce qui flatte certains égos ! Une idée dénoncée déjà en 1966 comme  anthropocentriste par le Général Chassin et attribuée à l’astrophysicien britannique A. Eddington (1882-1944).

Argument 2 : la physiologie ; c’était le problème de la forme humanoïde de la grande majorité des aliens que J. Vallée trouvait incompatible avec le produit d’une évolution indépendante sur un autre corps planétaire.

Ce problème avait été discuté dès 1971 dans PS n° 28 par Oscar A. Galindez, correspondant argentin du G.E.P.A., sous le titre : Réflexions sur le phénomène humanoïde. 13 ans avant l’offensive de J. Vallée dans le JSE, une fois avoir reconnu les nombreux signalements d’entités anthropomorphes au voisinage d’un ovni et glissé que cela infirmait l’influence des témoins par la science fiction (pas de tentacules, pas d’antennes, pas d’écailles…), il consacrait peu de lignes à la forme humaine comme phénomène exceptionnel pour s’étendre sur elle plutôt comme phénomène universel ; et déjà d’avancer qu’il peut exister des règles de construction biologique convergeant vers la forme humanoïde.

Le concept récent de biologie convergente (18) en est le prolongement officiel.

La contamination spatiale (vie terrestre venue de l’espace) pouvait aussi balayer l’impact anti HET de l’aspect humanoïde.

A noter qu’O. A. Galindez s’aventurait sur les expédients télépathiques, de suggestion hypnotique (thèse de C. Bowen [1918- ??, de la FSR]), de projection psychique [V. Colmenarejo]  que l’auteur rangeait dans les théories dites hallucinatoires. Pour lui, il existait bien un phénomène humanoïde de contenu physique et non simplement psychique. Il allait même jusqu’à risquer que, de la sorte, le phénomène ovni pouvait être un indice révélateur du plan d’évolution universel. La structure humaine représente l’expression la plus achevée de la vie organique.

R. Fouéré, respectueux des autres idées, se déclarait en 1971 intéressé par cet aspect soulevé par les partisans de l’explication non-technique, mais il réitérait la persistance du G.E.P.A. à accorder une attention privilégiées à l’aspect technique et scientifique des phénomènes (ainsi, pour lui, l’hypothèse parapsychologique n’était pas scientifique au sens pur du terme).


Arthur C. Clarke ( 1917-2008).
R. M. Wood, de son côté, avançait qu’une évolution indépendante n’était pas essentielle à l’HET car le développement de l’homo sapiens n’a pas à être indépendant dans un univers proche si une situation de transpermie est en vigueur depuis longtemps (croisement entre espèces). Ainsi, les occupants des ovnis peuvent simplement représenter la distribution de population de l’univers proche.

On voit bien que l’argument physiologique anti ET n’est pas un des plus solides et qu’une lecture attentive de J. Vallée de Phénomènes Spatiaux en 1971 aurait pu lui épargner cette bévue !

Argument 3 : les rapports d’abduction : celui-ci, selon moi (19), est encore plus pauvre. D’après J. Vallée, les examens médicaux subis par les soi-disant kidnappés par les ET sont trop cruels et traumatisants et le comportement des docteurs alien n’est pas à la hauteur de ce qu’on doit attendre de la part d’une intelligence extraterrestre supérieure digne de ce nom. Il faut bien reconnaître que la lecture de l’expérience des abductés ne contribue pas à relever le niveau de convivialité de ces aliens qui traitent trop souvent leurs victimes comme des animaux. Pour clore la discussion sur cet argument anti-ET, je rappelle seulement qu’un livre récent sur ce sujet par S. Allix (20) ne cite même pas un exemple français ! Il faut croire que les méchants abducteurs aiment à traiter douloureusement les Américains et pas les Français ! Surprenant racisme de la part d’êtres sensés plus évolués que nous !

J. Vallée consacre moins de place aux arguments 4 et 5  anti HET. Je vais faire de même.

Argument 4 : l’histoire ; il s’agit d’infirmer l’affirmation selon laquelle – elle aurait été favorable à l’HET ? – la décision des visiteurs à s’intéresser à la Terre aurait été précipitée par les explosions nucléaires de la dernière guerre mondiale du fait que nous pouvions alors constituer une menace potentielle pour les autres formes de vie du cosmos. Or, selon Vallée, une prolifération d’évidence montante atteste le fait que des phénomènes similaires aux ovnis se produisaient non seulement avant 1945 mais durant le 19ème siècle et même avant.

C’est le cheval de bataille des mythologistes et folkloristes de tous poils dont le livre culte est justement le fameux livre de J. Vallée : Chroniques des apparitions extra-terrestres où il met en parallèle (21) les observations d’ET sortis des ovnis et les relations dans le passé d’êtres aériens venus d’un ou de plusieurs pays reculés ou légendaires : fées, elfes, sylphes, gentilshommes, braves gens, bons voisins, élémentaux, chérubins, démons, farfadets, etc. La liste est longue. Ainsi les conjoints des fées auraient abandonné la baguette pour la soucoupe ! En fait, ici, ce sont seulement les rapprochements qui sont faits entre les impressions de ceux qui rencontrent des ET et ceux qui ont eu affaire au petit peuple.

R. M. Wood consacre seulement quelques lignes à contrer cet argument et en termine par : le fait que la plupart des cultures sur terre ont une ancienne tradition d’un petit peuple qui vole dans le ciel et enlève les humains pourrait être totalement consistante avec ce qui, précisément, s’est passé. Ne serait-ce pas beaucoup plus simple ?

Argument 5 : les considérations physiques. C’est la classique question de la capacité des ovnis à apparaître et disparaître très rapidement, à changer leur forme apparente de façon continue et s’amalgamer avec d’autres objets  physiques, ce qui semble absurde en terme de physique ordinaire parce que cela suggère une maîtrise du temps et de l’espace que notre recherche actuelle n’est pas capable de reproduire.
R. M. Wood rappelle malicieusement la formule d’Arthur C. Clarke (1917-2008): toute civilisation suffisamment avancée est impossible à distinguer de la magie, dont on pourrait facilement trouver l’équivalent dans l’œuvre d’A. Michel.

Et pour en finir avec cette frilosité à envisager de telles impossibilités physiques, citons simplement celle à franchir la fameuse barrière du mur de la lumière (C) dressée devant nous par A. Einstein (1879-1975). Celle-ci était, il y a quelques décennies, considérée comme insurmontable. Or aujourd’hui, cette possibilité hyperoptique est abordée tout à fait officiellement, notamment dans la très sérieuse revue Spaceflight, publiée par la BIS (British Interplanetary Society) ; dans le numéro d’avril 2008, on lit que l’interdit einsteinien pourrait être levé grâce à la notion de warp drive, jadis réservée à la série TV Star Trek et désormais largement débattue même à la NASA. Il s’agit de véhicules usant d’un moteur « à distorsion » en ce sens que la notion de déplacement est remplacée par la capacité du vaisseau de « replier » l’espace-temps en le contractant devant lui et l’ « expansant » derrière ! Pour cela, il lui faut créer une bulle d’énergie exotique dite à densité négative dans laquelle, enfermé, il échappe aux fameuses lois de la relativité. Ainsi des vitesses de 1000 C seraient accessibles mais moyennant une dépense d’énergie équivalente à celle de la planète Jupiter. Les ovnis sont-ils habités par des êtres qui ont sacrifié leur planète pour nous rendre visite ? A ce titre, on leur devrait un peu plus de respect.

Autres hypothèses
J. Vallée, à la fin de son texte de 1990, exhortait à spéculer sur d’autres hypothèses que l’HET : l’hypothèse psychosociale, l’hypothèse de la technologie avancée (celle de prototypes secrets fabriqués par quelque nation terrestre qui n’a plus beaucoup d’adeptes), celle de phénomènes naturels, suggérant celles des Lumières Terrestres (elles sont directement issues de la terre et ont été rapportées durant les tremblements de terre), celle du système de contrôle (évoquée déjà en 1976 dans PS 48 par le lieutenant-colonel Gaston Alexis en rapport avec  les apparitions miraculeuses dans la religion catholique !) et celle des voyages à travers les trous de vers inconnus du temps du G.E.P.A..

Hormis le fait que la dernière peut très bien s’intégrer à l’HET (y compris celle d’interpénétrations multidimensionnelles), ces théories alternatives sont si nombreuses (on parle d’une centaine !) que chacun y fait son marché. Si c’est par conviction ou pour informer, passe encore. C’est dans ce dernier but que j’ai publié plusieurs textes dans ce sens (22) ; mais d’aucuns y butinent passant de l’une à l’autre et assénant péremptoirement des arguments pour alors que ceux-ci étaient contre dans un autre livre ! Ainsi, on voir renaître des resucées – du réchauffé - de ce qu’a écrit, 30 ans plus tôt, Vallée et consorts et autres folkloristes. Prendre en considération ces récits de rencontres, oui, mais prendre argent comptant ce qu’ils disent non, car cela mène à n’importe quoi.

D’où une grande confusion qui règne chez les anti-HET.

L’adhésion légitime cesse même parfois d’être une conviction courtoise proposée aux lecteurs, preuves à l’appui, pour devenir un morceau de propagande car chaque école croit momentanément détenir la vérité et jette l’anathème sur ceux qui s’en éloignent ; comme dans les religions les plus intolérantes ; à force de discourir sur le fait que les dieux d’hier eussent pu être des ET, on a même envisagé le cas que Dieu puisse être un extraterrestre et les ovnis une manifestation émanant de lui (23). Une hypothèse alternative défendue par le Dr Barry H. Downing, consultant en théologie du MUFON en mai 2002, et destinée à réconcilier les dimensions physiques et non physiques du mystère ovni ! Fidèle à l’esprit du G.E.P.A., je pense que l’ufologie n’est pas destinée à créer une nouvelle religion mais à établir une saine assurance scientifique d’un mystère qui dure depuis plus de 60 ans.

Mais peut-on surveiller pendant si longtemps sans établir le moindre contact, sans subir la moindre avarie, bref sans se déclarer officiellement ? D’aucuns ont commencé à en douter, surtout dans l’élite de l’ufologie française et ce, déjà pendant la vie du GEPA.

Le problème du non-contact

La « rencontre spatiale » attendue par R. Fouéré (PS juin 1976) n’est pas venue, même plus de 30 ans après. Y a-t-il une bonne raison de ne plus l’attendre ? Ces êtres, « beaucoup » plus développés que nous, ont-ils la même notion du temps qui passe que nous ?

Dès 1973, J.-M Dutuit, Docteur ès Science, dans PS n°36, avançait 5 raisons (tiens, tiens, 5 déjà !) au non-contact officiel :
-          il y a incommunicabilité des pensées ;
-          nous sommes trop différents d’eux (ET) ;
-          nous ne sommes à leurs yeux que des fourmis ;
-          le contact présente un danger pour notre espèce… ou la leur ;
-          le contact est en cours mais son établissement exigera des décennies.

On pourrait, certes aujourd’hui, revenir là-dessus. Mais avons-nous, nous humains, le même concept de l’impatience que des êtres venus d’ailleurs ?

Aimé Michel (1919-1992) qui resta un défenseur de l’HET, aborda le problème magistralement dans le livre : The Humanoïds , publié en 1969 (24).

Il y développait un certain nombre de passionnantes considérations sur le problème du non-contact qui sont valables encore en 2009. Considérant les ET comme supérieurs à nous en technologie pour venir jusque sur Terre, ceux-ci doivent être aussi supérieurs en science. Ils nous dominent sûrement au même degré que les microbes nous dominent quand nous sommes malades !

Et  de s’étendre sur la raison du non-contact disant qu’il est difficile de déterminer les motifs du comportement d’une intelligence suprahumaine, ce qui est bien sûr valable encore aujourd’hui.

Terminons en posant la question : sommes-nous prêts pour le contact ? Compte tenu de l’attitude générale des scientifiques et de certains ufologues, il est encore permis d’en douter.

Conclusion

Alors, ces arguments anti-HET vous convainquent-ils pour ranger cette hypothèse au placard ? Y a-t-il, 20 à 30 ans plus tard, des raisons de les prendre au sérieux ? L’HET est-elle dépassée pour rendre compte de l’énigme des ovnis en faveur d’une alternative qui s’impose ? Personnellement, je ne le crois pas mais c’est là opinion personnelle. En France, l’’HET défendue il y a plus de 30 ans avec déjà des réponses aux questions qu’on se pose encore aujourd’hui, dispose encore 2009 d’un capital de sympathie important auprès des ufologues de terrain et du public intéressé par la question comme j’ai pu m’en rendre compte en circulant dans les associations locales.

Sauf dans une élite de l’ufologie qui continue de se perdre dans les rapprochements, les coïncidences et autres parallèles qui peuvent bien sûr être faits entre certains aspects du folklore, de la SF et des ovnis, il semble que l’HET est encore privilégiée à la base, comme on peut le constater dans la littérature récente non spécialisée (25).

Ainsi, en ultime conclusion, je ne saurais dire qu’une chose : on n’a pas la preuve que l’origine des ovnis est ET mais on n’a pas non plus la preuve du contraire.

 Notes et références :
1/ René Fouéré (directeur de la publication), Phénomènes Spatiaux, Tomes I à V, Le Courrier du Livre, 2008.

2/ Pierre Guérin (1925-2000), docteur ès-sciences physiques, dans le Volume 1 n°1 du Bulletin du G.E.P.A., écrivait au début de 1963 un texte intitulé : Les hommes de science et les SV . René Hardy (1911-1987), un des membres fondateurs, était ingénieur, docteur ès-sciences.  Le Général Chassin parlait en 1964 de cette phalange de jeunes savants non-conformistes qui ont rallié le G.E.P.A.

3/ Ah si tous les scientifiques du monde avaient voulu se donner la main pour étudier l’énigme des ovnis ! Peut-être en saurions-nous beaucoup plus en 2009 ?

4/ Le bulletin du G.E.P.A. fut remplacé en 1964 par la revue Phénomènes Spatiaux (PS). Ce sont ces deux revues (51 numéros) et la déclaration de McDonald qui constituent l’essentiel du coffret d’archives.

5/ Deux exceptions qui se sont fait une réputation internationale depuis : Jean-Jacques Velasco et Gildas Bourdais.

6/ Un entretien personnel de l’auteur avec Francine Fouéré, le 11/01/09, me permet de dire que la dissolution du G.E.P.A. fut surtout consécutive à la création du GEPAN, commission  d’enquête officielle sur les ovnis lancée par le CNES et appelée de ses vœux dès 1966 par le Général Chassin ; sans oublier les problèmes de santé de son Président d’honneur R. Fouéré...

7/ Raymond A. Palmer était un Américain haut en couleur, éditeur de magazines de science fiction et nonfiction, que John Keel baptisa : l’homme qui inventa les soucoupes volantes, car c’est lui qui, en tant qu’éditeur du magazine FATE, entre autre, popularisa la fameuse observation de K. Arnold (1915-1984).

8/ Jacques Vallée et Janine Vallée, Les phénomènes insolites de l’espace ; Le dossier des mystérieux objets célestes, Editions de La Table Ronde, Collection L’ordre du Jour, 1966.

9/  Paru tout d’abord en Amérique sous le titre plus explicite : Passport to Magonia, en 1969. Ce livre ne traite pas des ovnis en vol mais uniquement des rencontres au sol avec des entités sensées en être sorties et les compare sans vergogne avec les rencontres issues du folklore et des légendes.

10/ Anthony R. Brown, The Decline and Fall of the Psychosocial EmpireMagonia , octobre 2000. L’auteur y écrit aussi que l’hypothèse psychosociale postule qu’une condition fondamentale du phénomène d’abduction est l’hystérie ! Le dernier numéro de Magonia  va paraître prochainement, mettant un terme définitif à ce courant anti HET et ses thèses absconses.

11/ A noter que R. Fouéré était très méfiant  vis-à-vis de la thèse des anciens astronautes (ovnis dans l’Antiquité descendus sur Terre avec « contact » parfois très, très rapprochés avec les autochtones) développée notamment dans la collection : Les Chemins de l’Impossible chez Albin Michel. Il contestait Kolosimo, Von Däniken… et je n’ai pas dû lui inspirer beaucoup plus d’indulgence avec mon Terriens ou ET ? (1973), et sa suite, où j’enfourchais le même cheval, à savoir que, s’il y avait eu jadis hybridation naturelle ou artificielle des hommes avec les ET, on devait en trouver la rémanence dans notre génome actuel : d’où certains pouvoirs chez des individus doués de pouvoirs paranormaux.

12/ Jacques Vallée, Le Collège Invisible, Les Chemins de l’Impossible, Albin Michel, 1975.

 13/ Jacques Vallée, OVNI : la Grande Manipulation, Editions du Rocher, 1983.

 14/ C’est souvent sous ce terme imagé nuts-and-bolts (tôles et boulons) que l’on désigne les ufologues qui adhèrent encore à l’HET alors qu’il y a bien longtemps que nos sondes et nos fusées spatiales ont abandonné ce genre de matériau et ce mode de fixation.

15/ Jacques Vallée, Five Arguments Against the Extraterrestrial Origin of Unidentified Flying ObjectsJournal of Scientific Exploration, Volume 4, number 1, 1990.

16/ Robert M. Wood, « The Extraterrestrial Hypothesis is not that bad », in Journal of Scientific Exploration, Volume 5, number 1, 1991.

17/ Des études britanniques ont, en effet, montré que les rencontres rapprochées se déroulent surtout tard en soirée, voire au début du matin, heures où la plupart des gens sont couchés et dorment.

18/ Lire à ce propos : Life’s Solution : Inevitable Humans in a Lonely Universe, écrit par le paléontologue britannique Simon Conway Morris, et publié par Cambridge University Press, New York, 2003.

19/ Voir mon article : Le problème des abductés, en collaboration avec Jacques Bernot, Revue française de Parapsychologie, Volume 1, N°3-4, 1999-2000.

20/ Stéphane Allix, « Extraterrestres : l’enquête », Albin Michel, 2006.

21/ Parallèles extrêmement faciles tant la littérature folklorique, les légendes et contes de fées, regorgent de récits fantastiques dont on ne sait s’ils ont quelque rapport avec la réalité ou sortent des imaginations. Parallèles qui le sont moins lorsqu’ils s’appuient sur des fables largement démontrées fausses comme lorsque J. Vallée raconte l’histoire du premier enlèvement de bétail (cas Hamilton : voir mon livre « Le Grand Carnage », Editions Carrère, 1986) en omettant de dire qu’elle émane d’un fermier inscrit dans un club de menteurs et quand il cite la disparition du bataillon du Norfolk à Gallipoli (1915) dont on sait qu’il ne fut qu’une illusion.

22/ En 1998, les éditions Marshall Cavendish m’avaient sollicité pour présenter ces alternatives à  dans le fascicule destiné à accompagner la vidéo OVNIS, La Fin d’un mystère ? Quelques hypothèses, DOSSIERS OVNIS, n° 12, 28/10/1998.

Sans tomber dans le vilain défaut de certains ufologues qui ont trop tendance à s’auto-citer dans un but visiblement promotionnel, voici quelques-unes de mes références sur cette question des alternatives à l’HET :
a)   Les ovnis sont-ils vivants? , Dimanche Saône & Loire,  10/02/1991.
b)   Les ovnis sont-ils tectoniques?,  ibid.,   24/11/1991.
c)   Les ovnis sont-ils méta-terrestres?, ibid., 28/02/1993.
d)   Les ovnis sont-ils des machines à remonter le temps?, LE MONDE DE L’INCONNU,  N°333,  août-septembre 2008.
e)   Les ovnis ne sont pas extra-solaires, Dimanche Saône & Loire, 20/11/1994.
f)    Les ovnis sont-ils psychosociaux?, ibid., 03/11/1996.
g/ Les ovnis viennent-ils des astéroïdes, ibid., 18/03/2001.

Moi, au moins, je n’ai rien à vendre, ni aujourd’hui, ni demain sur ce sujet !

23/ C’est l’hypothèse de Dieu a fait l’objet du livre « The God Hypothesis », Joe Lewels, Willd Flower Press, 1997 qui traitait aussi des muliunivers.

24/ Aimé Michel, « The Problem of Non-Contact », in « The Humanoids », édité par Charles Bowen, Neville Spearman Ltd, 1969.

25/ « OVNI la vérité des extra-terrestres », L’essentiel de la Science, numéro 4, décembre/janvier/février 2009, Lafont Presse.



samedi 2 avril 2016

Des solutions au paradoxe de Fermi, comme s’il en pleuvait !


 Si l’on en croit la chronique, le grand physicien italien Enrico Fermi aurait fortement embarrassé, voire laissé sans voix, ses collègues atomistes déjeunant à la cantine du Centre d’études nucléaires de Los Alamos, en 1950, quand, au sujet des extraterrestres, il leur avait demandé : si, comme vous le dites, ils sont partout ces ET, pourquoi ne sont-ils pas là ? « Là », sur Terre, ayant établi un contact ou une colonie ? Qu’un tel propos de table* ait pu traverser l’espace et le temps, c’est ça déjà qui est paradoxal.

Enrico Fermi (1901-1954).
 Cinquante ans plus tard, en effet, le paradoxe de Fermi continue d’interpeller au point qu’on a entendu, lors de l’effervescence médiatique provoquée par la divulgation, au printemps dernier, des dossiers ovnis du CNES, des gens s’en gargariser ; comme, par exemple, le directeur de la rédaction de Ciel & Espace, à C dans l’Air, sur la chaîne TV 5 le 30 mars dernier. Parler du paradoxe de Fermi dans une émission sur les ovnis n’est rien moins que d’aborder le problème à contre sens !

Car nous allons voir que précisément, dans le contexte ovni, ce paradoxe n’en est plus un. Que la fine fleur de l’astronomie française l’évoque dans une telle émission témoigne d’une grande ignorance ou d’un total mépris de la question ovni.

Par ailleurs, si vraiment les collègues de Fermi sont restés cois devant sa demande visant la présence d’éventuels ET, cela montre que ces messieurs étaient certainement très calés en physique nucléaire mais manquaient singulièrement d’imagination ! Des dizaines de solutions ont, en effet, été proposées à ce paradoxe ; dont 50 dans le livre de S. Webb (1) : abordons-en quelques-unes ici.

Les solutions se rangent en trois catégories fondées chacune sur une hypothèse : 1/ les ET sont bien là, n’en déplaise à l’illustre prix Nobel, découvreur des neutrons lents. 2/ les ET existent mais ne communiquent pas ! 3/ les ET n’existent pas.

La catégorie 1/ décline 8 possibilités : « ils » sont là et a/ se cachent dans certaines catégories de la population ( !) ; b/ se mêlent de nos affaires ; c/ ont été là mais ne le sont plus aujourd’hui (c’est la thèse des anciens astronautes) ; d/ ce sont nous les ET ! e/ le scénario du zoo (voir mon intervention en ces pages en mars 2006) ; f/ le scénario de l’interdiction ; g/ l’hypothèse du planétarium ; h/ Dieu existe.

Parlons de l’option b/ : c’est celle des ufologues vieille formule, comme moi. L’un d’eux (certainement pas si vieux que ça), sur Internet, agacé par cette paradoxomania subite récente, l’a résumée fort simplement : Pour moi le paradoxe de Fermi n’en est pas un. Où sont les extraterrestres ? Eh bien ils sont à l’intérieur des ovnis qui se promènent dans notre ciel. Où est le problème ?

Effectivement, ça se tient dans la mesure où la terminologie ovni s’adresse à ce qu’on appelait dans le temps les soucoupes volantes pour désigner quelque chose de plus tangible et plus structuré qu’une lumière passante ou un flash fulgurant. En vérité, le fait de voir un objet non identifié sur le coup ne signifie pas qu’il ne devienne un ovi (objet volant identifié) une fois inventoriées les possibilités de confusion. Or, il paraît que le pourcentage des ovnis non identifiés demeure le même (15 %) quelque soit le nombre d’observations que l’on prend et qui fluctue selon les années. Cette constatation irait à l’encontre de la thèse des vaisseaux spatiaux venus d’ailleurs pilotés par les ET et indiquerait que le pourcentage résiduel est essentiellement dû au hasard ?

Ne resteraient donc que les traces d’ovnis pour accréditer cette solution antiparadoxe : ce sont les rencontres rapprochées, voire les enlèvements (abductions), les crashes d’engins volants, les ronds dans les champs (crop circles ou cercles de culture) et les mutilations animales. S. Webb affirme que nous n’avons pas besoin des soucoupes volantes pour expliquer ces phénomènes.

D’où sa conclusion : L’hypothèse soucoupe volante peut être l’explication la plus populaire du paradoxe de Fermi, mais sûrement, il y en a des meilleures.

Voyons donc celles-ci. Et tout spécialement, examinons les solutions (6) capables d’expliquer l’absence de Grands Frères ou de Maîtres Supérieurs existant ailleurs mais pas parvenus sur notre planète en ce début de 21ème siècle, n’en déplaise aux nombreux contactés et autres kidnappés de l’espace dont, je le répète, le paradoxe de Fermi est une pure négation du côté physique de leur expérience.

J. D. Bernal (1901-1971).
Qu’est-ce qui peut empêcher les ET omniprésents dans l’espace de venir jusqu’à nous ? Une première éventualité est qu’ils sont trop loin et ne sauraient franchir les distances colossales qui nous séparent. En bref, le voyage interstellaire serait impraticable faute de moyens adéquats pour le permettre ; effectivement, si ces ET en sont encore aux fusées comme vaisseaux spatiaux ou aux sondes interplanétaires, il est difficile d’envisager un voyage qui mettrait autant de temps ; notre sonde Voyager 1 lancée en 1977 est, certes, en route mais il lui faudra 10 000 ans pour atteindre Proxima du Centaure, la plus proche des étoiles sœurs du Soleil. Heureusement qu’il n’y a personne dedans parce que plus de 300 générations de spationautes seraient ainsi vouées à l’ennui et à la mort. Ceux qui arriveraient ne se souviendraient même pas pourquoi leurs ancêtres sont partis ! Et une arche spatiale sous congélation, imaginée en 1929 par le physicien britannique, J. D. Bernal, et ayant fait l’objet du film Alien en 1979, personnalise plutôt un cauchemar qu’une expédition de villégiature. Quant aux modes de propulsion plus rapides (moteurs à fusion nucléaire, à antimatière, voile solaire en constante accélération sous la pression de la lumière, trous de ver, warp drive, etc.), ils sont encore pour nous au stade des spéculations et pour longtemps.

Un corollaire à cette alternative à la non présence des ET sur Terre est qu’ils pourraient être en cours de voyage mais n’ont pas encore eu le temps d’arriver ! La vitesse de colonisation de l’espace serait même beaucoup plus lente que la vitesse du vaisseau la permettant. Rome ne s’est pas construite en un jour, aimait à dire C. Sagan (1934-1996) alors qu’on peut traverser la capitale italienne à pied en quelques heures. Selon les spécialistes d’une colonisation galactique par diffusion, celle-ci demanderait en fait plusieurs millions d’années ! A-t-elle commencé justement d’un point très éloigné de la Voie Lactée ? Il faudra attendre pour le savoir.

Une autre solution au Paradoxe de Fermi est la théorie de la percolation ; d’après elle, le voyage interstellaire serait possible mais risqué si bien que tous les partants ne seraient pas sûrs d’arriver à bon port et ceci par un phénomène qu’on peut schématiser par un filet dont les mailles sont plus ou moins resserrées. Plusieurs arrivages d’ET auraient été bloqués dans leur approche en tentant de passer là où c’est impossible. D’autres retenteraient-ils l’aventure ?

Ronald Bracewell (1921-2007).
Ensuite vient la thèse de la colonisation par des engins non habités : par des robots, des automatons, capables de se réparer eux-mêmes, voire de se remplacer. Cette hypothèse plaisait à R. Bracewell et à J. von Neumann, un autre chercheur de Los Alamos au Nouveau Mexique. Ces sondes pourraient être toutes petites et de la sorte peu chères mais on n’en a décelé (et cherché ?) aucune depuis la Terre, à moins qu’elles se mêlent aux essaims d’étoiles filantes des Perséides et des Léonides et ainsi périssent dans ces mini-embrasements que nous regardons comme un spectacle céleste.
John von Neumann(1903-1957).

Une autre possibilité est ce qu’appelle S. Webb notre chauvinisme solaire en ce sens que les ET auraient tant d’autres endroits à explorer plus intéressants que le nôtre que nous serions de la sorte les laissés-pour-compte et risquerions d’y rester encore longtemps. Notre soleil n’a, en effet, rien de particulier et peut-être ont-ils autre chose à faire de plus intelligent que de poser un pied sur chaque planète pour y ramasser des roches et faire quelques gambades ?

Enfin, ces ET pourraient être ni des voyageurs, ni des nomades, mais des sédentaires apathiques même pas attirés par le tourisme spatial. Pas si bête après tout. Malgré cela, on a du mal à imaginer une espèce de créatures intelligentes, certes paresseuses à rester chez soi, mais manquant totalement de curiosité pour savoir si elle est seule dans l’univers. Les hypothèses pour expliquer cet autisme primaire éventuel des ET sont plus difficiles à appréhender que leur absence physique tant les communications coûtent moins cher que les voyages à l’échelle d’une galaxie. Pourquoi alors les ET sont-ils silencieux ?

S. Webb, dans ses 50 solutions au paradoxe de Fermi, en consacre 15 à tenter de justifier ce silence assourdissant ; impossible de toutes les exposer ici. Elles se groupent autour de quatre concepts : i/ il y a bien (eu) des signaux qui nous sont parvenus mais nous n’avons pas su les reconnaître ; j/ nous ne les avons pas reçus faute de moyens et modes d’écoute adéquats ; k/ l’Univers peut être plus étrange qu’on le pense interdisant ainsi ces lointains contacts ; enfin, l/ les ET sont trop différents pour se mettre en communication avec nous ; ils auraient pu développer des mathématiques inconnues au point que nous ne saurions réaliser que leurs transmissions sont artificielles.

Dans l’hypothèse i/, il faut voir avec quel anthropomorphisme les tenants du SETI (Recherche des intelligences extraterrestres) ont décidé de faire leur tri parmi les émissions qui nous parviennent du ciel ! Leurs critères d’artificialité sont calqués sur ce que nous ferions en pareil cas. Au point qu’on se demande même pourquoi on n’attend pas tout simplement que les signaux reçus se superposent à ceux que nous avons envoyés (voir l’affaire Klee TV). Comme si les extraterrestres ne pouvaient être que la copie conforme de la créature n°1 du Cosmos = l’Homme !

Un exemple typique est celui du signal reçu le 15 août 1977 par la Grande Oreille de l’Université de l’Ohio et qui a suscité cette annotation du technicien de garde : Wow ! Sa durée (37 secondes) et sa non répétition ont amené à le ranger dans les annales de curiosité du SETI, sa signification étant ainsi définitivement occultée. De grands experts l’ont attribué à un signal provenant d’un de nos satellites.

Seules les ondes électromagnétiques ont été retenues comme support de ce signal sans envisager qu’il puisse être véhiculé par les ondes gravitationnelles ou par des particules telles que neutrinos ou tachyons, ces derniers ayant l’avantage de se déplacer plus vite que la lumière. La fréquence de l’eau choisie (entre 1,42 et 1,64 gigahertz) est aussi une fenêtre bien étroite pour une question qui a tant d’importance ; elle table sur l’idée que, sans eau, il n’y a pas de vie mais on sait que l’ammoniac pourrait constituer un excellent solvant vital. Après plus de 30 ans, on commence à se demander si notre stratégie d’écoute est bien la bonne !

En j/, les moyens mis en œuvre pour écouter les ET sont dérisoires. Les radiotélescopes ne sont utilisés que marginalement pour le SETI. Le gouvernement US s’en est désengagé avec cette formule édifiante qu’il est inutile de financer une recherche qui s’apparente à celle de l’existence du Père Noël (sic) ! De même pour les moyens consacrés à l’émission de tels messages qui a d’ailleurs soulevé la polémique car potentiellement dangereuse quant au retour à l’envoyeur (gare si une civilisation stérilisatrice de planètes la capte !). Certains prônent le silence selon l’adage « pour vivre heureux, vivons caché ». Frank Drake (1930->), pionnier du SETI, envoya en 1974 en trois minutes un message de seulement 1679 bits de long (une demi-page de cette revue) et en 1999 on expédia un message de 400 000 bits plusieurs fois mais il contenait une erreur typographique ! C’est tout. Si des ET ont capté nos messages, ils ont eu la chance avec eux.

Sommes-nous trop impatients ? Les ET plus sages ont l’éternité devant eux tandis que notre civilisation voit ses jours comptés : pollution de la planète, risque de conflagration, etc.

Dans la catégorie k/, S. Webb s’interroge si l’Univers physique est bien celui que nous croyons ? L’évolution se fait-elle dans un état non physique style réalité virtuelle ? Y a-t-il un horizon qui nous échappe ? Il reconnaît que ces suggestions sont difficiles à prendre au sérieux comme solution au paradoxe de Fermi.

En l/, il envisage une guerre froide à l’échelle du Cosmos (comme quand Soviétiques et Américains ne se parlaient pas) ou bien, tout simplement, que les ET ne veulent pas communiquer : leur culture ne serait pas expansionniste ; effectivement là, ils sont si différents de nous qu’il vaut mieux qu’ils nous ignorent. Ou alors, sont-ils des superintelligences dont les motifs nous dépassent ? Ce fut la thèse de l’ufologue français Aimé Michel (1919-1992) à laquelle semble se ranger progressivement celui qui brigue de le remplacer aujourd’hui, le sociologue Pierre Lagrange.

Reste l’ultime alternative : les ET n’existent pas ! Nous serions une singularité !

C’est d’ailleurs par cette outrance que le physicien d’origine italienne voulait provoquer ses collègues de Los Alamos ouverts à l’idée de Fontenelle de la pluralité des mondes habités ; formulons-la en ces termes : si les extraterrestres ne débarquent pas sur Terre, c’est peut-être qu’ils n’existent pas ? En d’autres mots nous serions seuls dans l’Univers, du moins en tant qu’êtres pensants capables communiquer avec d’autres, voire de les visiter. Seuls donc, bien condamnés à n’avoir jamais le moindre contact avec des créatures étrangères à notre petite planète bleue.

C’est une alternative extrême maintes fois discutée ; examinons la dans les possibilités débattues par S. Webb (il en propose 18 !). Inutile d’y chercher quelques relents religieux, voire xénophobes, car l’auteur, physicien britannique, se place sur un plan purement scientifique. Ce qui ne l’empêche pas d’envisager l’idée que l’Univers puisse être là uniquement pour nous ; c’est ce qui est connu sous le nom de principe anthropique voulant voir les conditions du cosmos uniquement destinées à favoriser notre séjour sur Terre. Cette alternative confortable flatte l’ego de ceux qui aiment à voir dans l’Homme une espèce élue ; ne nous y attardons pas.
Moins narcissique, la thèse selon laquelle la vie pourrait avoir émergé seulement récemment ; ainsi les éventuels extraterrestres seraient si peu en avance sur nous qu’ils n’auraient pas encore eu le temps de voyager plus loin que leur propre banlieue (la Lune, pour nous). Au pire, nous serions les premiers !

Ensuite viennent les variations autour de la rareté des planètes telles que la Terre dans le cosmos. Aux dernières nouvelles, le compteur des exoplanètes découvertes (planètes hors système solaire) est arrêté sur le chiffre 263 mais, à une exception près, toutes sont du type Jupiter : grosses (318 fois la Terre), gazeuses avec un tout petit noyau rocheux enfouis sous une épaisse carapace d’hydrogène liquide : des conditions bien peu clémentes pour abriter une vie à base de carbone que seul S. Webb s’autorise à envisager. Or, si seulement de grosses planètes gazeuses ont été repérées, c’est parce que le mode de détection en l’état actuel est bien incapable (mesure de la baisse de luminosité quand la planète s’interpose entre l’étoile et nous) d’en localiser de plus petites et plus denses rocheuses. Systèmes solaires, zones habitables seraient aussi des conditions simultanées indispensables alors que rien n’en indique l’abondance. De même, la Terre aurait pu adopter récemment une orbite lui permettant de passer à travers les régiments d’astéroïdes à cause d’un phénomène de résonance qui lui évite des collisions catastrophiques, état normal d’une grande dangerosité naturelle cosmique. D’où notre sort plus enviable que celui des dinosaures ! Lune et plaques tectoniques seraient, qui sait ?, des conditions uniques. La vie pourrait être aussi quelque chose de miraculeux dont les ingrédients conditionnant l’apparition seraient extrêmement rares (pour créer une protéine (albumine) par hasard, il y a une chance sur 1 suivi de 584 zéros) ! Alors ne parlons pas de microbes ayant évolué jusqu’à se servir d’outils, capables d’intelligence, de langage et de progrès technologique !

L’auteur en termine par le constat qu’il est peut-être trop tôt pour nous interroger sur une question si pauvre en données, trop tributaire de la psychologie individuelle : optimiste (Drake : un million de races d’ET au moins égaux à nous) ou pessimiste « à la Jacques Monod » (nous sommes seuls).

Pour en terminer avec le Paradoxe de Fermi, je voudrais signaler que ce physicien, en 1950, en essayant de coller ses interlocuteurs de Los Alamos, ne faisait que soulever une question posée 30 ans plus tôt par un Américain, certes non détenteur d’un prix Nobel, mais qui, déjà, en avait donné SA solution.

Dans son ouvrage : Le Livre des Damnés paru en 1919, Charles Hoyt Fort se demandait sans ambages à propos des extraterrestres : - pourquoi ne se montrent-ils pas ouvertement à nous ? 

 
Charles Hoyt Fort (1874-1932)

Et de donner une réponse simple et immédiatement acceptable à un paradoxe non encore sanctifié par la Science : éduquerions-nous, civiliserions-nous, si nous le pouvions, des cochons, des oies et des vaches ? Serions-nous avisés d’établir des relations diplomatiques avec la poule qui fonctionne pour nous, satisfaite de son sens absolu de l’achèvement ?
Fort pensait que des visites subreptices avaient été rendues à notre planète, tout récemment encore, et qu’il en avait résulté une dispute entre les voyageurs ; à présent quelqu’un possède la Terre et en a éloigné tous les colons. Une solution avant l’heure à un paradoxe qui, de fait, perd beaucoup de son statut en raison de la foule de solutions qui lui ont été données.

Référence :

1/ Where is Everybody ?, par Stephen Webb, Copernicus, New York, 2002, qu’on aimerait voir traduit en français.










* Voilà que j’apprends dernièrement que Fermi n’aurait jamais tenu un tel propos !



Publié dans UFOMANIA Magazine n° 54 de janvier-mars 2008.

vendredi 1 avril 2016

A propos des « cheveux d’ange »


Quand passent les ovnis silencieusement par-dessus nos têtes, rares sont ceux qui laissent d’autre trace que le témoignage visuel d’un observateur ainsi survolé. Or, de nos jours, le témoignage humain est très galvaudé, voire discrédité. Il y a eu trop de confusions, de distorsions, de méprises… A preuve ces hublots décrits en 2002 pour ce qui n’était qu’une météorite !

Aussi lorsque quelque chose de tangible est rattaché à l’observation d’un ovni, il faut s’y raccrocher comme un mauvais nageur à un tronc flottant. C’est justement le cas du phénomène curieux de retombée de cheveux d’ange, lequel a été, à maintes reprises, associé aux évolutions d’ovnis surtout dans le passé mais il y a eu quelques cas depuis 1996.


Un exemple célèbre est celui de d’Oloron, en décembre 1952, lorsqu’un cylindre long, étroit et incliné à 45 degrés, se déplaçant en ligne droite au-dessus d’un nuage floconneux de forme étrange et précédé de boules informes qualifiées de soucoupes, laissa derrière lui une traînée blanchâtre qui tombait vers le sol en se désagrégeant. Pendant quelques heures, il y en eut des paquets accrochés aux arbres, aux fils téléphoniques, sur le toit des maisons. Même chose au Texas, en 1973, en Pennsylvanie, en 1981, à Quirindi, en Australie, en 1998, à Sacramento, Californie, en 1999.

Charles Fort, dans son fameux Livre des Damnés (1941), y fait référence en tant que pluie de substance soyeuse (1) signalant, par exemple, un cas enregistré le 16 octobre 1883, à Montussan, Gironde, cité dans la revue La Nature, et faisant état de substance laineuse se présentant sous forme de blocs de la grosseur du poing qui tombèrent sur le sol.

Une étude récente effectuée en 2001 par Brian Boldman et publiée par l’organe du CUFOS [Centre d’études des ovnis fondé par J. A. Hynek (2)], l’International UFO Reporter, de l’automne 2001, s’attache à nous livrer le résultats d’une utile investigation sur 215 cas de chutes de cheveux d’ange, dont 57 % furent concomitants au repérage d’ovnis entre 1947 et l’an 2000.

On y trouve mentionné que les annales du phénomène comptent 255 cas entre les années 679 et 2001.

Fragment datant de 1999 récupéré à Sacramento,
grossissement 60 (reproduit par B. Boldman).
Blanche, grise, argent ou translucide, ce sont les couleurs qui ont été données à cette substance tombée du ciel. Les constantes de sa description et de ses propriétés ont largement contribué à en asseoir la réalité. Des filaments très fins, comparés à des fils de soie et aux toiles d’araignées. Et en quantité telle que plusieurs kilomètres carrés du sol en furent parfois recouverts bien que la chute ait toujours été rapportée pendant un temps limité.

En octobre 1954, près de Vienne, dans l’Isère, un objet non identifié par certains, et qualifié d’avion du type Stratojet par d’autres, fut suivi de la chute lente de paquets de fils blanchâtres, doux au toucher, qui se volatilisaient rapidement, selon Paris-Presse du 21 octobre 1954.

Il y a là, en effet, une caractéristique particulière du phénomène : c’est son aptitude à se sublimer : la masse filandreuse, cotonneuse, solide recueillie disparaît progressivement comme si son état passait directement en phase gazeuse sans intermédiaire liquide.

C’est justement cette propriété à se volatiliser plus ou moins rapidement (recensée dans 40 % des cas) qui a amené à rejeter l’explication la plus simple de l’origine des cheveux d’ange atmosphériques, à savoir celle des fils de la Vierge ou gossamer ; certaines populations de jeunes araignées, pour échapper à la prédation ou à la surpopulation, auraient trouvé le moyen de sécréter des fils d’albumine qui, à partir d’un certain volume et compte tenu de leur légèreté, s’envoleraient avec elles à grande altitude et sur de grandes distances pour aller retomber en un autre endroit plus propice à leur survie. Un peu comme nous ferons en quittant notre planète quand elle deviendra inhospitalière, c’est à dire dans pas longtemps. Or la soie des araignées, faite d’aminoacides, n’a justement aucune propension à la sublimation. Comme le notait à ce propos Jean Senelier, en 1978, nos cravates n’ont pas tendance à l’évaporation, n’est-ce pas ?

De même, les quelques analyses effectuées sur des prélèvements de cheveux d’ange associés à l’apparition d’ovnis ne permettent pas de les assimiler à des toiles d’araignées même si une partie des divergences peut être attribuée à une contamination de l’échantillon lors de sa récupération au sol. En 1969, à St Louis, Missouri, lorsqu'une vaste région fut recouverte de filaments de cheveux d’ange d’aspect classique, seulement une seule araignée fut identifiée, ce qui corrobora une présence fortuite après l’obtention des résultats d’une analyse concluant à un matériau fibreux non protéinique. Des analyses récentes conduisirent (Californie, 1999) à exclure définitivement les toiles d’araignées dont la composition chimique est la même que celle du bombyx à l’état de ver et qui est aujourd’hui parfaitement bien connue.

Le phénomène possède aussi la particularité d’être saisonnier, les cas recensés montrant que le mois de prédilection est octobre (d’où le nom parfois employé de neige d’octobre) qui regroupe plus de 45 pourcents des observations, novembre 18 et les autres mois moins de 6 pourcents avec une préférence pour les mois d’été (mai à septembre).

Mais alors que sont donc ces fameux cheveux d’ange que les témoins d’ovnis rapportent régulièrement ? Certes, depuis 30 ans, ils ont tendance à diminuer, mais on en relate encore plusieurs exemples par an dans le monde.

D’autres théories ont été avancées pour apporter une solution à l’énigme (foudre globulaire attirant des débris organiques par son champ magnétique). Le lieutenant Jean Plantier (3) avait avancé l’hypothèse que ce puisse être « un produit de polymérisation entre l’azote et l’oxygène de l’air atmosphérique » (NxOy) provoqué par ionisation sous l’effet de champs magnétiques colossaux générés par le système de propulsion des ovnis. Certaines mesures positives de radioactivité sur des échantillons recueillis dans l’Etat de New York, en 1955, jetèrent la suspicion d’un résidu de tests nucléaires secrets. Les cheveux d’ange furent aussi assimilés à diverses fibres naturelles et à des résidus industriels rejetés clandestinement. Les pilotes des ovnis consomment-ils de la barbe à papa ?

On parla même de déchets déversés par les visiteurs étrangers ; comme les décharges de latrines que les avions larguent en vol et qui retombent sur nos têtes sous formes de blocs de glace plus ou moins colorés et nauséabonds. Dans ce cas, ce seraient des déjections d’extraterrestres… Mais pourquoi surtout en octobre ? Est-ce en ce mois là qu’ils fêtent notre incompétence à les détecter ? En tout cas pas tous les ans si l’on s’en réfère à l’état présent où l’ufologie française s’apprête à fêter avec nostalgie la vague de 1954, l’année record, en passant dans l’étude du CUFOS, tant en ce qui concerne le nombre d’ovnis observés (1000) que de cas rapportés de cheveux d’ange (60). L’étude de B. Boldman passe trop rapidement sur une tentative de corrélation entre les observations d’humanoïdes lors des vagues de 1954, en France, et celle de 1973, aux Etats Unis, à mois constant qui demande pour le moins un approfondissement car ce qui en est dit (corrélation positive) est beaucoup trop succinct.
Pour en revenir aux cheveux d’ange, l’étude en question, qui conclut à une corrélation entre les chutes de cheveux d’ange et les vagues d’ovnis, souligne que ce résultat ne prouve pas un processus de cause à effet, mais que le phénomène fait partie intégrante du phénomène ovni. Car, en effet, la courbe de fréquence des observations d’ovnis établie par Larry Hatch présente un singulier parallélisme avec celle des cas signalés de cheveux d’ange, surtout jusqu’en 1983, il est vrai.

L’auteur ajoute, sibyllin, que si la thèse des fils de la Vierge est exacte il faut en inférer que les rapports d’ovnis et même les vagues sont stimulées par le nombre d’araignées transportées dans le ciel ! Le danger des corrélations est qu’on peut leur faire dire n’importe quoi, hélas ! Je préfère donc m’en remettre encore aujourd'hui à ce qu’en disait J. Clark (et éditeur de l’International UFO Reporter), en 1998, dans sa monumentale encyclopédie des ovnis : La nature du phénomène des cheveux d’ange demeure un mystère. Je pense que c’est beaucoup plus prudent...

Note et références :
1/ Voir la traduction française par Robert Benayoun publiée en par Eric Losfeld, Le Terrain Vague, en 1967 disponible gratuitement sur Internet : http://www.pdfarchive.info/pdf/F/Fo/Fort_Charles_-_Le_livres_des_damnes.pdf
Cette traduction est pour moi préférable à une autre, plus récente, dite « inédite » de Claude Bugnon, parue chez Joey Cornu, en 2007.

 2/ Bien que plus opérationnel depuis mars 2012, le site du CUFOS (http://www.cufos.org/) existe encore et permet diverses consultations d’archives. La totalité des numéros de l’International UFO Reporter est disponible sur CDROM moyennant 100 dollars.

3/ Auteur de La propulsion des Soucoupes Volantes par action directe sur l’atome, collection Etudes, Editions MAME, 1955. Il en parlait comme une mousse sous forme de laine de verre rapidement déliquescente. Et en donnait 3 exemples : à Florence, Italie, le 28 octobre 1954 (mystérieuse fumée blanche qui tombe à terre) ; à Tarbes et à Lourdes dans la nuit du 11 septembre 1950 sans décrire le phénomène et à Gaillac, le 27 octobre 1952 (chute de laine de verre).






Publié dans UFOMANIA Magazine, N° 39, Printemps 2004.