mercredi 26 avril 2023

 

Les compagnons invisibles

 

 

 

            N'avez-vous jamais été en proie à ce sentiment ineffable d'une présence à vos côtés alors que, de toute évidence, vous êtes tout(e) seul(e) et isolé(e)?

            Non! Alors ce texte vous aidera à ne pas paniquer, le cas échéant. Vous n'êtes ni le premier ni le dernier en la circonstance à meubler votre solitude d'entités venues d'ailleurs.

 

Compagnons invisibles des enfants

 

            Tout d'abord abordons le sujet des êtres qui visitent les enfants et demeurent inaperçus aux parents, aux frères et soeurs et aux autres.

            Les enfants seuls ont souvent tendance à peupler leur intimité de compagnons avec lesquels ils s'entretiennent, échangent, communiquent, voire jouent à la poursuite, exactement comme s'il s'agissait d'êtres réels. Les adultes parents, quelque peu frustrés d'être exclus de ces plaisirs solitaires, mettent cela sur le compte de l'imagination débordante de leurs rejetons, de la manie du « comme si », de la tendance à l'affabulation...

            Devant la multiplication de ces compagnies infantiles, les parapsychologues se sont demandés si elles ne provenaient pas du fait que les enfants disposent de capacités psychiques qui s'émoussent avec l'âge. Leur esprit intact, non encore pollué par la vision matérialiste des choses, leur donnerait accès à une réalité autre qui leur échappera plus tard. En tout cas, maints exemples de compagnies invisibles sont plutôt troublants à cause de certains détails qui les placent bien au-delà de simples fantasmagories.

 

Quelques exemples

            Nous vivons avec lui comme avec un second enfant, déclarait la grand-mère d'une très jeune néo-zélandaise à propos du compagnon occulte et irréel qui accompagne l'enfant partout et qu'elle a, elle-même, surnommé David. Et d'ajouter: Des adultes peuvent être soupçonnés de romancer mais pas une petite fille de trois ans!

            Un médecin de Denver cite la cas d'une fillette de 2 ans et demi qui avait l'habitude d'engager une conversation à sens unique avec un interlocuteur invisible qu'elle nommait : Oncle Joe. Un soir, un chien s'introduisit dans la maison, suite au retour du travail du père. L'animal explora la pièce comme tout chien qui se respecte et s'approcha de la chaise où Oncle Joe était supposé être assis. Soudain effrayé, l'animal se mit à ramper à reculons et partit queue basse pour ne plus jamais revenir. Les enfants et les chiens verraient-ils les mêmes choses?

            Sir Arthur Conan Doyle donna du crédit au phénomène en soulignant que les enfants rapportent voir ces êtres plus fréquemment que les grandes personnes.

            Tout le monde ne semble pas fréquenté pareillement par ces compagnons ou du moins avoir le pouvoir d'en tirer des informations qui nous stupéfient

 

Entités psychoïdes ou défuntes?

            Quand j'étais petite, explique la grande médium américaine Eileen Garrett, j'avais deux compagnons secrets qui faisaient que je n'étais jamais seule: un garçon et une fille. La première fois que je les vis, j'avais environ 4 ans. Nous communiquions librement ensemble mais sans prononcer le moindre mot. Parfois, ils restaient là pendant des heures, d'autres demeuraient seulement un temps très court. Soudain, je réalisais leur présence et, tout aussi brusquement, ils n'étaient plus là. Eux ne vieillissaient jamais...

            C'est ainsi que certains futurs percipients semblent avoir la faculté de personnaliser leurs compagnons invisibles, en accueillant de récents désincarnés.

            Une maman observant son enfant qui parlait tout seul réalisa que ce n'était ni à elle ni à lui-même qu'il s'adressait. Quand elle lui demanda qui était son interlocutrice, elle s'entendit répondre que c'était la Dame, laquelle se révéla être reconnue comme un médium célèbre justement décédé ce jour-là.

            Le Dr Louisa Rhine raconte qu'un enfant de deux ans se mit à avoir un ami invisible (un Monsieur) lorsque ses parents s'installèrent dans un cottage du New Jersey qu'ils avaient loué pour l'été. Cela dura pendant tout le séjour et les parents étaient si inquiets qu'ils s'en ouvrirent à la femme propriétaire, laquelle indiqua que la chambre de l'enfant était celle où était décédé son mari un an plus tôt....

 

Une bien belle histoire

            Voici un exemple extraordinaire publié par le Toronto Star du 16 juin 1989 et rapporté par le père de la jeune Elizabeth Atkins. "Comme de nombreux enfants, Elizabeth avait, toute petite, des compagnons de jeu imaginaires. Elle organisait des thés chaque après-midi et engageait avec eux des conversations animées mais à sens unique, notamment avec son invisible, Betty Louty. La famille ne connaissait personne de ce nom et s'étonnait que l'enfant ait pensé à l'inventer. Elizabeth ne pouvait elle-même fournir aucune information sur ladite Betty Louty, sinon qu'elle avait vécu il y a bien longtemps.

            « Plusieurs années plus tard, la famille partit en vacances en Jamaïque et durant une visite à un fameux magasin d'objets en paille à Kingston, Elizabeth et sa plus grande sœur voulurent qu'on leur achète une de ces poupées faites main, traditionnelles de l'endroit. L'aînée choisit un spécimen qui se trouvait très accessible dans la boutique mais pas Elizabeth. Elle se déplaça de rayon en rayon jusqu'à finalement fixer son choix sur une poupée située dans le coin le plus éloigné du présentoir supérieur. "Prends-en une plus près, lui suggérai-je. Elles sont toutes pareilles ! »

            « Mais Elizabeth insista et le vendeuse concéda qu'au contraire toutes étaient différentes. "Chacune est signée par la personne qui l'a fabriquée, révéla-t-elle, et celle-ci a été confectionnée uniquement pour vous, darlin, ajouta-t-elle de bonne grâce. D'autant que cette fabricante n'en fait plus... »

            « Je sais qu'elle est spéciale, déclara Elizabeth de façon surprenante et j'en prendrai grand soin.

            « Elle le fit effectivement. Dormit avec, ne s'en sépara plus et ne put supporter que la poupée soit hors de sa vue. Quelque temps plus tard, je me souvins que la vieille marchande de poupées nous avait dit que chaque exemplaire était marqué au nom de celle qui l'avait confectionnée. Je trouvai donc celui-ci à l'intérieur de sa jupe. Il y avait, en effet, une signature; c'était Betty Louty ! »

 

Autres « compagnons »

 

            Après les enfants esseulés, en manque de partenaires ludiques, quels sont les catégories de gens qui rapportent le plus fréquemment une expérience de compagnons invisibles ? Ce sont les veuves et, dans un autre registre, les aviateurs et les alpinistes...

            Une étude effectuée en 1988 par la revue OMEGA a cherché à déterminer si certains facteurs sociaux, psychologiques, comportementaux, ne permettent pas de distinguer la proportion non négligeable des veuves (plus de 15 %) qui disent avoir ressenti la présence de leur défunt mari autour d'elles après le décès de celui-ci. La sélection de 14 critères chez 294 veuves de l'Arizona impliquées dans ce type d'expérience a permis de prédire 67,3 % des cas enregistrés.

            Le Dr Dewi Rees, qui interviewa 300 veuves dans la même situation, exclut toute incidence hallucinatoire avec, cependant, un processus d'externalisation manifeste. Le caractère spontané en est toujours souligné.

 

L'impression de présence

            On sait depuis longtemps que les gens affligés, endeuillés, par la mort d'un proche, sont sujets, assez souvent, à un sentiment qui leur donne à penser que l'être cher est là, tout près d'eux. Et ils savent intuitivement qu'il s'agit du mort qui les a quitté plus ou moins récemment. Cela se passe généralement dans la maison même du disparu ou, tout au moins, à un endroit qu'il fréquentait de son vivant: son fauteuil, le bord du lit conjugal...

            Dans ses Principes de psychologie, publiés en 1890, William James, le philosophe américain, écrivait : Ce sentiment est un état d'esprit extrêmement défini et positif, couplé à une croyance en la réalité de son objet aussi forte qu'une sensation directe la donnerait.

 

Exemple

            J'emprunte au livre récent de mes amis américains Bill et Judy Guggenheim, intitulé « Hello from heaven! » (Hello depuis le ciel!), le cas de Lynn, une coiffeuse de Floride qui eut ce type d'expérience deux jours après que son compagnon, Fred, fut emporté par une crise cardiaque.

            "Un après-midi, j'arrosais des plantes sur le porche. Fred, comme moi, les adorait. J'arrivai auprès d'un pot qui signifiait beaucoup pour lui; or il ne cessait de dépérir. Alors que je me tenais là, j'eus la sensation très, très forte que Fred se trouvait derrière moi. J'avais l'impression que je le cognerais si je me mettais à reculer. J'en fus envahie d'un tel sentiment de joie que j'en éclatai de rire! "

            On retrouve bien là, à un siècle de distance, l'exacte description de James.

 

Parfois en différé

            Bizarrement, ce sentiment de présence ne se produit pas toujours juste après le décès, quand le traumatisme du deuil est encore à vif (on parle d'une réaction psychique de désespoir). Parfois plus de 20 ans peuvent s'être écoulés. C'est ainsi qu'une veuve après 26 ans sent que son mari est à côté d'elle au cours d'une messe au moment d'un cantique. La sensation revêt quelquefois une telle intensité, un tel réalisme, qu'elle pousse aux larmes. Ou bien à s'adresser spontanément à l'entité qu'on sait là intuitivement. Et une conversation peut s'engager!

            L'impression de présence peut s'accompagner d'une expérience auditive (voix du défunt disant à sa femme: - Prends bien soin de notre fille ! ou musique associée à lui) ou bien tactile (pression d'un bras réconfortant, geste de consolation). Dans certains cas, la sensation de présence est rapportée par plusieurs personnes simultanément.

            Toute la panoplie des liens de parenté a été enregistrée mais du mari à la veuve surtout.

 

En situation de stress

            Il semble que d'autres conditions de stress que le veuvage puisse enfanter des compagnons invisibles: l'armée. Exemple du commandant Soker, qui, évadé en 1916 d'une prison en Turquie, en compagnie de deux camarades, fut persuadé qu'ils étaient quatre et non trois durant tout le trajet qui les mena vers la Méditerranée. En comparant leurs notes, après coup, ils constatèrent qu'ils avaient, tous les trois, ressenti la présence d'un quatrième homme.

            Les aviateurs paraissent aussi enclin à se doter inconsciemment, en vol, de compagnons invisibles. Edith Foltz-Stearn a écrit : Je n'ai jamais volé seule. Mon copilote m'accompagnait. Jamais le même. Et en cas de grand danger, c'est lui qui prenait les commandes et me ramenait saine et sauve . Inutile de dire qu'elle volait en solo.

 

Et en montagne

            La solitude en plein air et l'altitude sont aussi des facteurs déclenchant l'expérience de présence invisible. L'alpiniste Nick Estcourt, marchant entre le camp 4 et le camp 5 sur le versant de l'Everest, réalisa qu'il n'était pas seul.

            - Là-bas, en contrebas, affirma-t-il, à 200 mètres, bien net sur la neige, une silhouette me suivait qui disparut ensuite. Estcourt trouva la mort, en 1978, lors d'une avalanche.

            Le cas de l'explorateur polaire Shackleton, rapporté dans son livre "SUD", est fameux. Lui et son compagnon eurent, tous les deux, l'expérience d'un troisième de cordée extra alors qu'ils traversaient les dangereuses montagnes de la Géorgie.

            L'ascensionniste Frank Smythe, dans ses mémoires, décrit comment, en 1933, seul sur l'Everest abandonné par son compagnon réel qui avait rebroussé chemin, il tendit un peu de nourriture à un compagnon invisible qui l'accompagnait avant de réaliser la vanité de son geste ! Au moment où je me retrouvai seul, écrit-il,  j'eus le sentiment qu'il y avait quand même quelqu'un avec moi.

            Mais il est un autre type de rencontre: celles avec soi-même !

 

Les « rencontres » avec son double

 

            Voir son double, phénomène connu sous le nom d'autoscopie, est une expérience qui doit provoquer un tel trauma qu'une forte proportion des gens qui en sont le siège gardent cela pour eux et hésitent à s'en ouvrir à autrui.

            D'autant plus que du point de vue médical, il s'agit d'une pathologie mentale capable de les faire classer parmi les victimes d'hallucinations. Or nous allons voir que la thèse de l'illusion est loin d'être prouvée...

            Depuis l'aube de l'histoire de l'humanité, il semble qu'un certain nombre d'individus se soient trouvés confrontés à une présence évanescente et fantomatique d'eux-mêmes. Avec le secours d'aucun miroir, ni d'aucun autre accessoire réfléchissant, cela va sans dire.

            Subitement, sans avertissement préalable, leur double est là clairement visible à eux, incolore il est vrai et parfois même transparent, mais suffisamment net pour être sans conteste reconnaissable. Seul le visage apparaît souvent mais aussi, parfois, les épaules et la poitrine.

            Par des exemples, il est facile de constater que les variantes sont nombreuses...

 

Voir, sentir, parler

            Mr Harold C. de Chicago, Illinois, regagne son domicile en mars 1958, après une journée de travail à son bureau rendue difficile par une forte migraine. Il s'assied à sa table pour manger en solitaire et voit face lui, à son plus grand effroi, l'exacte réplique de lui-même qui exécute les mêmes mouvements pendant un temps indéfinissable puis disparaît graduellement laissant le champ à une place vide comme celle-ci n'aurait jamais dû cesser d'être.

            Ce mimétisme autoscopique, généralement décrit, se complique parfois, comme pour Mrs Jennie, en train de se maquiller, qui, voyant son double opérer de même, avance la main et se sent touchée au visage...

            Mr Lenny B. de Philadelphie, Pennsylvanie, était lui occupé à des tâches de menuiserie quand son double lui apparut engagé dans le même travail mais légèrement décalé dans le temps. L'homme s'adressa à son image et lui demanda ce qu'elle faisait. Exactement ce que tu fais toi-même, lui fut-il répondu.

 

Doubles non synchrones

            Le double, plus rarement, ne se contente pas de singer son original mais adopte un comportement totalement indépendant et dissocié. Mr John S. de Boston écoutait de la musique classique, un jour de 1962, assis dans son fauteuil, quand, levant les yeux, il aperçut la réplique de lui-même dirigeant l'orchestre qui interprétait le morceau en cours.

            Un professeur de technologie de Berlin rentrant chez lui un soir voit son double de l'autre côté de la rue. Il se hâte mais l'apparition le suit. Il tourne dans une rue latérale pour le semer. Il lui semble avoir réussi jusqu'à ce qu'il tourne au coin opposé de sa maison. Sa doublure vient de sonner à sa porte et la servante lui a ouvert une bougie à la main. Elle fait entrer le double autoscopique... Le professeur se rue dans la maison, escalade l'escalier. Juste avant d'atteindre sa chambre, il entend un grand bruit. Il ouvre la porte... Personne! Mais le plafond vient de s'effondrer. Le double a disparu.

            En 1960, un homme vivant seul se réveille vers minuit avec le sentiment d'une présence proche. A quelques mètres de son lit se tient une forme humaine couverte d'une substance qui rappelle de la soie froissée. Je voulais lui sauter dessus mais quand j'aperçus son visage, je vis que c'était moi. Trop tard pour m'arrêter. Dans mon élan, mon poing lui passa à travers et subitement, il ne fut plus là.

 

La libéralisation du double

            Ces cas, relativement récents, émanent d'anonymes qui, malgré toutes les bonnes raisons de n'en point parler, n'hésitent plus maintenant à relater leur expérience. C'est une situation nouvelle, les annales des sciences psychiques étant relativement pauvres en témoignages de ce genre. L'ère moderne a-t-elle réussi à lever le tabou sur une expérience séculaire réprimée  individuellement ou collectivement? Ou bien doit-on voir tout cela comme des chimères héritées d'une époque de stress et de tension psychologique?

            Tout porte à croire que nous assistons à l'expression démocratisée d'expériences vécues par tout un chacun mais révélées seulement jusqu'alors par une élite du passé dont la notoriété permettait d'éviter le discrédit apporté inévitablement par de telles confidences. On a risqué le bûcher pour moins que ça!

            Aujourd'hui, monsieur tout le monde parle plus librement et on s'aperçoit que la perception du double touche aussi bien la ménagère et le manoeuvre que les grands de ce monde, les écrivains intimiste, les savants...

 

Illustres précurseurs

            La liste est longue des personnages connus qui ont fait état d'une rencontre avec leur double: la Reine Elizabeth 1ère, l'Archevêque Frederick, Percy Bysshe Shelley mari de l'auteur de Frankenstein, Jules Lemaître, Guy de Maupassant, Sigmund Freud, Ernest Mach...

            Goethe écrit, dans Dichtung and Wahrheit: "Un jour que je passai à cheval dans un petit sentier près de Drusenheim, il m'arriva une chose bien curieuse. Je vis avec les yeux de l'esprit et non pas ceux du corps mon double se diriger à cheval dans ma direction. Ce second moi était vêtu d'un costume gris-bleu aux parements dorés qui ne m'avait jamais appartenu "...

            Et Alfred de Musset, dans la Nuit de décembre:

Du temps que j'étais écolier,

Je restais un soir à veiller

Dans notre salle solitaire.

Devant ma table vint s'asseoir

Un pauvre enfant vêtu de noir

Qui me ressemblait comme un frère...

 

            Ce double a reçu l'appellation germanique de Doppelgänger.

 

Doppelgänger, qui es-tu ?

 

            Il occupe une place privilégiée dans le folklore européen. Appelé aussi der Judel en Allemagne, the Fetch en Angleterre, vardöger en Norvège et le double en France, sa signification et les causes possibles de son apparition demeurent obscures.

            Alors, présage de mort, de troubles de santé, ange gardien visible, projection astrale, hallucination ou bien autre chose?

            Le psychologue britannique Graham Reed, à partir d'études sérieuses réalisées sur le continent européen, a dressé un portrait robot de ce doppelgänger , comme on le nomme Outre Rhin, lequel, souvent, est dit libéré des contraintes d'espace et de temps: soit on parle alors de bilocation quand le double est vu éloigné de sa source et permet une "présence" simultanée en deux endroits en même temps, soit il est décrit comme plus vieux que l'original, préfigurant quelque vision de soi-même dans un futur plus ou moins proche (cas de Goethe).

 

Présage funeste ?

            Ainsi, le double sera-t-il parfois atteint d'une incapacité qui touchera beaucoup plus tard l'original et exhibera-t-il quelque déficience que l'intéressé développera ultérieurement. Par exemple un boitement consécutif à un accident non encore survenu, un handicap physiologique à venir...

            De la sorte, le double s'est taillé la sinistre réputation d'être annonciateur de maladie voire de mort et la tendance est à associer à sa perception quelque malheur prochain.

            L'exemple type en la matière consiste en la célèbre confrontation de Guy de Maupassant avec son double au sujet duquel Paul Bourget, confident de l'écrivain, écrivait: En rentrant chez lui, il se voyait assis dans son fauteuil. C'est cette entité qui lui aurait dicté le conte fantastique « Le Horla ». D'aucuns voient là les signes précurseurs du mal qui allait conduire le grand écrivain à la folie.

            Ainsi, nombreux sont ceux qui, ayant surpris leur double dans leur voisinage, ont eu le sentiment d'avoir échappé à un grand danger. A. B. De Boismont, au milieu du siècle dernier, parlait d'un individu qui, confronté répétitivement à son double, se crut hanté par soi-même et se suicida.

 

Ou ange gardien ?

            L'école moderne, au contraire, veut plutôt voir le double comme une manifestation de notre ange gardien individuel. Un certain nombre d'exemples, comme celui du professeur berlinois précédé de son double à son domicile où le plafond s'est effondré, vont dans ce sens du double protecteur.

            Alex B. Griffith, administrateur dans une compagnie d'assurance, était sergent d'infanterie en 1944 dans l'armée américaine en France. Un après-midi, il conduisait une patrouille près de Rennes. Tout était calme. Pas un ennemi à l'horizon. La patrouille avançait sur une route étroite et boueuse. C'est alors qu'un personnage apparut au milieu de la route à quelques mètres en-avant. Griffith en resta bouche-bée: c'était lui-même en tout point identique avec même son bout de sparadrap au menton suite à une coupure. Son double agitait les bras frénétiquement. Le message était clair: - Reculez ! Griffith lança un ordre de retraite. Au cours de ce repli, une estafette les dépassa en klaxonnant et continua son chemin. Soudain, il y eut un crépitement de coups de feu. La jeep fit une embardée folle et expulsa ses passagers. C'était un poste de mitrailleurs caché par l'ennemi le long de la route et qui nous aurait décimé si nous étions allés plus avant, écrira-t-il.

            Vingt ans plus tard, Griffith rencontra à nouveau son double. C'était en 1964 et il voulait aller faire du camping dans les Laurentides, au Canada. Le temps, bien que venteux, était beau. Alors que la famille, lui, sa femme et leurs deux enfants, progressaient dans la forêt en file indienne, ils tombèrent sur le sergent Griffith, dans une clairière, en uniforme de GI, comme en juin 1944 et son morceau de sparadrap au menton. Il gesticulait voulant clairement signifier qu'il ne fallait pas avancer. Griffith rebroussa chemin une fois encore et bien lui en prit parce que, quelques secondes plus tard, dans un grand fracas, un arbre imposant s'abattait en travers de leur route là où ils auraient dû se trouver sans l'intervention fantomatique. Donc si vous voyez votre double, n'ayez pas peur, il est peut-être là pour vous sauver la vie !

           

Un mystère non résolu

            Trois thèses s'affrontent pour donner une explication de l'expérience du double. Tout d'abord, les occultistes voient en lui ni plus ni moins que l'expression visible de notre corps astral qui, dans certaines conditions, se séparerait de notre corps physique avec lequel il coïncide, normalement. Toutes les tentatives scientifiques pour prouver l'existence de ce corps second, impalpable, siège présumé de la conscience, ont échoué, ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas.

            Une autre école voit dans l'autoscopie le résultat de quelque processus organique » d'irritation du cerveau, particulièrement dans la zone pariéto-temporale occipitale où se situe le siège de la vision. Une forte proportion des rapports de doubles émane, il est vrai, de personnages affligés de maladies telles que les migraines et l'épilepsie qui peuvent ainsi se rattacher à cette catégorie. Le sujet projetterait ainsi en dehors de lui sa propre image.

            Ou alors, psychologiquement parlant, dans des conditions de stress et de stimulations psychologiques anormales, il serait amené à percevoir comme des images réelles des scènes enfouies dans sa mémoire? Tout cela me paraît bien peu convaincant et a beaucoup de mal à s'emboîter avec les exemples que nous avons vus tout au long de ce texte sur les compagnons invisibles.

            Mon ami britannique, Hilary Evans, ajoute, dans un livre publié en 1984, quelques hypothèses de son cru. L'une me paraît particulièrement digne d'être citée en épilogue de cette question: - Est-ce un parasite qui se cache en nous, camouflé sous couvert de nos désordres mentaux, écrit-il? Une hypothèse qui en vaut bien d'autres.

 

Publié dans DIMANCHE SAÔNE & LOIRE des 16 et 23 février 1997.

 

 

jeudi 6 avril 2023

 

Le Golem, premier Frankenstein

 

 

- Croyez-vous à la possibilité de créer un être vivant ?

- Comment l’entendez-vous ?

- Créer. Reproduire l’acte de la création originelle, celui dont on parle dans la Genèse.

- Oui. Des occultistes juifs ont créé des golems...

 

Tel est le préambule à une conversation passionnante entre Mme Alexan­dra David-Neel (1868-1969) et un professeur autrichien du nom de Grundwald. Elle rapporte ce dialogue dans son livre : Le Sortilège du Mystère (1). Soucieux d’en savoir plus sur cette étrange créature qu’est le Golem, nous avons mené à bien une longue enquête dont voici les résultats.

 

Prague, cité fondée en l’an -722, abritait l’une des plus vieilles communautés juives du monde agglomérée en un vaste ghetto autour de la synagogue Altneu. Ce vénérable édifice fut détruit jadis par le feu et reconstruit en 1338.

 

Replongeons-nous il y a quatre cents ans. A cette époque, la Bohême vivait son âge d’or de science et de culture. L’Empereur Rodolphe II, souffrant d’une maladie héréditaire qui l’avait amené au bord de la folie, accueil lait dans sa cour magiciens, astrologues et alchimistes de l’Europe entière.

 

Le rabbin Loew, président de la synagogue, était l’un des favoris de Rodolphe II et il devint vite l’ami intime du souverain, surtout quand ce dernier fut informé que le chef sémite s’était attaché un curieux serviteur. Ne racontait-on pas que le rabbin l’avait créé de toutes pièces ?

 

Loew était le brillant successeur d’une longue lignée de sages dont la connaissance des rites mystiques de la Kabbale faisait autorité dans le monde occidental. Tourmenté par les persécutions que se voyaient infliger sans relâche ses fidèles, il eut une révélation qui l’amena, en 1580, avec l’aide de deux « collègues initiés » à façonner un géant à forme humaine dans de l’argile (et non pas dans la pierre comme il est souvent indiqué). Puis, sur ordre divin, le rabbin grava sur le front de la statue les trois caractères hébreux « aleph mem soph », ce qui signifie « vérité ». Alors « le sang commença à circuler dans l’effigie, puis il lui poussa des cheveux et des ongles » (1) et le Golem accéda à la vie. A partir de cet instant, il fut tout dévoué à son maître, s’acquittant muettement des courses et du plus dur labeur. Le ghetto en fit l’objet de sa vénération en tant que protecteur inconditionnel à la force herculéenne.

 

Gustave Meyrink [(1868-1932) (2)], dans son ouvrage « Le Golem », fait allusion à une version différente de l’animation du géant d’argile. Le rabbin Loew l’aurait voué « à une présence automatique sans pensée, en lui mettant un mot magique entre les dents ». Ce mot, Chayim Bloch nous le donne : « Shem, hame, foras-ch », soit le très saint nom de Dieu.

 

La présence de cet ange gardien au travers du ghetto éveilla la colère de Lang, chancelier tyrannique et sans pitié, dont l’influence sur l’Empereur était de mauvaise augure pour le peuple de Bohême.

 

Hélas, au début de l’année 1600, le Golem sembla avoir brusquement perdu la raison et, par ses violences, il sema la terreur dans les ruelles du ghetto. Loew réussit avec peine à le contrôler et s’empressa de gratter la première lettre qu’il avait marquée entre les yeux du géant. Les deux symboles restants étaient ceux de la mort. Le Golem se minéralisa aussitôt. Plus tard, on l’emporta dans le grenier de la synagogue où il fut abandonné.

 

C’est alors que les Juifs se mirent à le craindre, lui qu’ils avaient révéré prétextant qu’un halo d’angoisse émanait de son corps effrité. Le rabbin Loew ne cessa de proclamer que le Golem était prêt à reprendre du service pour peu qu’on lui demandât. En fait, le chef spirituel mourut en 1610 sans que le colosse ne fût rappelé à la vie. Le rabbin Jacob lui succéda et, par la même occasion, hérita de la garde du Golem. Lang profita de cette opportunité pour monter le peuple contre le monstre en colportant le mensonge qu’il avait été « réveillé » et qu’il avait attaqué les soldats de sa propre garde. Tant et si bien qu’il arriva à ses fins en déclenchant une révolte contre Rodolphe II qui abdiqua en faveur de son frère l’Archiduc Mathias. Lang mourut au cours des combats.

 

L’histoire du Golem est sans nul doute un mélange de faits et de fantaisies. En vérité, la chronique fait état de plusieurs golems, tous fruits du savoir de rabbins ou philosophes férus de sciences occultes. En 1930, Ergon Erwin, un journaliste de l’hebdomadaire « Der Rasende Reporter », visite le grenier de la synagogue où il cherche vainement les restes du Golem. Il y déniche cependant la conviction que la statue a été enterrée dans l’ancien cimetière Galgenberg situé dans les faubourgs de Prague. Il ne poussera pas l’audace jusqu’à vouloir enquêter sur place. Le Golem est bien mort et nul ne le ressuscitera !

 

Symbole de la force et de la lutte contre le Diable, il inspira de nombreux écrivains. Il est très certainement à l’origine du roman d’Ann Mary Shelley : Frankenstein (1818). On y retrouve le thème du monstre qui tente d’échapper à l’emprise de son créateur, idée qui sera reprise maintes fois avec plus ou moins de bonheur. Il est aussi apparenté à            l’« androïde » dont le Moyen Age nous donne « moult » exemples.

 

Déjà avons-nous signalé celui d’Albert le Grand. Virgile, le pape Sylvestre II et Roger Bacon auraient eu de « pareils androïdes ». Mais là, il est bon d’émettre des réserves sous peine de confondre création artificielle et automatisation. Ces hommes d’exception ont-ils abusé de la crédulité publique en se confectionnant des mécanismes à apparence humaine ? Songeons au « Flûteur » de Vaucanson, à l’ « Ecrivain » de von Knauss, à la musicienne de Henri-Louis Jaquet-Droz et convenons que l’illusion peut être parfois parfaite. Elle l’était notamment avec « Rupert le Robot », cet homme mécanique étrange, exhibé vers 1930. Il pouvait parler, fumer, conduire une voiture, incliner son chapeau, verser à boire et réaliser bien d’autres merveilles.

 

Mais les annales de l’Etrange offrent à notre perspicacité d’autres succès douteux dans l’animation de l’inanimé.

 

1) Alexandra David-Neel, Le Sortilège du Mystère, Plon, 1972. Publié initialement en 1929).

2) Gustave Meyrink, Le Golem, La Colombe, 1962. Publié initialement en 1915.

 

Paragraphe proposé dans le livre Des Sous-dieux au Surhomme (1977) et supprimé par l’éditeur  pour écourter le texte.

 

dimanche 19 mars 2023

 

L’énigme du « déjà-vu »

 

 

par Michel Granger

Publié dans Le Monde Inconnu N°120, octobre 1990

 

Déjà-vu, déjà-vécu, déjà-entendu. Sous ce vocable adopté tel quel par les Anglo-saxons eux-mêmes, se cache un phénomène psychologique spontané commun très controversé ; sans que sa réalité patente en soit niée pour autant, il y a ceux qui pensent qu’il est normal et qu’on doit lui trouver une explication et les autres qui l’imputent à un trouble et, dès lors, cherchent à le rattacher à quelque dysfonctionnement psychique. Il est vrai que le caractère intrinsèquement  “anachronique ” de l’expérience du déjà-vu a tout pour opposer les parties qui peuvent en revendiquer la production : la psychologie, la médecine et la parapsychologie.

 

Mais d’abord, qu’est-ce que le « déjà-vu » ? L’expérience typique est celle où, visitant un lieu inconnu, pénétrant dans un édifice pour la première fois, étant confronté à une situation sans conteste inédite, brusquement vous êtes envahi, submergé (terme souvent utilisé), par un sentiment saisissant qui vous laisse bouche bée avec cette certitude qui vient se s’imposer à vous avec fulgurance. « Bon sang, j’ai déjà vécu cela! Je me suis déjà trouvé en ce lieu. Je connais cet endroit ». Mais où et quand ? Aucune réponse ne vous vient ; même après un effort d’analyse rétroactif des faits, vous confirmez que vous n’avez pu vous trouver là, jamais de votre vie ! Par exemple, c’est la première fois que vous voyagez dans ce pays. De même, les gens qui sont devant vous, dont vous savez par avance ce qu’ils vont dire - avec stupéfaction vous découvrez qu’il en est bien ainsi et vous enregistrez là une expérience de « déjà-entendu » - c’est bien la première fois qu’ils vous sont présentés, que vous les rencontrez etc. En fait la scène entière que vous vivez, c’est comme si vous l’aviez déjà vécue. Un peu comme un film visionné deux fois à un grand intervalle de temps entre ! Cette étrange impression laisse alors en vous un fort sentiment d’incompréhension et de perplexité.

 

Un phénomène « comme si »

Comme on a commencé à la voir, toutes les sensations humaines sont sujettes à ce même processus qualifié de « comme si ». Comme si vous aviez déjà vu ce paysage, cette disposition des lieux. Comme si vous aviez déjà pénétré dans cet édifice ? Comme si vous aviez été auparavant en cette assemblée de gens étrangers ? Comme si vous aviez déjà surpris cette conversation entre eux ou bien entre des amis dont vous êtes sûr que vous ne les avez jamais rencontrés ensemble dans de telles circonstances ? Comme si vous aviez déjà goûté ce plat dont la cuisinière qui vous reçoit aujourd’hui brigue l’exclusivité... Comme si vous aviez déjà senti ce parfum entêtant ou désagréable... Les exemples sont infinis se regroupant sous le nom générique de « déjà-vécu ».

Freud décrit même le « déjà raconté », correspondant au sentiment d’avoir déjà dit ce qu’on va dire.

Le philosophe américain R. W. Emerson mentionnait cette expérience non orthodoxe dans son cours en ces termes : « une expérience frappante que presque tout le monde confesse au grand jour à propos de passages particuliers d’action et de conversation qui se reproduisent dans le même ordre soit en rêvant, soit en marchant, et le soupçon qu’on a été déjà dans cette pièce en compagnie de ces mêmes personnes, qu’on a entendu précisément ce même dialogue, à la même heure, mais sans savoir quand... ». On ne saurait être plus clair qu’il s’agit bien du même processus.

Le terme de « déjà-vu » lui-même a été proposé officiellement en 1896 par F. L. Arnaud.

 

Une impression commune et subjective

Des nombreux sondages effectués sur le « déjà » vu (D.V.), il ressort qu’au moins deux personnes adultes sur trois en ont été la source une fois dans leur vie. R.A. Baker concède « presque tout le monde en a été le siège une fois ou l’autre ».

Paradoxalement, malgré cette fréquence élevée, peu d’études sérieuses ont été entreprises sur la question du D.V. quoique beaucoup de gens, souvent incompétents, se soient targué d’en donner une explication.

A ma connaissance, deux thèses seulement ont été consacrées au « déjà vu » ; la première, en 1983, est celle du Dr Vernon M. Neppe, au département de psychiatrie de l’Université Witwatersrand, en Afrique du Sud qui s’inscrit dans une optique psychologique. Pour réaliser ce travail, elle interviewa pas moins de 2000 personnes ayant ressenti le D.V. C’est elle aussi qui nous apprend que le plus jeune sujet ayant rapporté une telle expérience est un garçonnet de 4 ans ! Souvenons-nous en au moment d’aborder certaines explications proposées.

Plus récemment, en 1993, H.N. Sno a soutenu un travail orienté sur la perspective psychiatrique du D.V. à l’université d’Amsterdam, aux Pays Bas, courant qui tend à s’imposer  actuellement.

Les autres publications scientifiques consacrées au « déjà –vu » sont de T.F. Richardson & G Winokur (1968) sur des patients agnostiques traités en psychiatrie et en neurochirurgie et celles de E.B. Carlson & Armstrong (1994) en rapport avec les troubles de dissociation ; moins spécifiquement, le déjà-vu a été associé officiellement aux expériences hors du corps (H.J Irwin) et aux séquelles post-traumatiques relatives à l’enfance.

 

Références historiques et littéraires

Les références, dans l’histoire, au phénomène sont très peu nombreuses. Ovide serait le premier à en avoir parlé en 43 av. J.-C. St Augustin, 400 ans plus tard, pensait que le D.V. est causé par l’influence d’esprits trompeurs et méchants. Il se passera ensuite près de 14 siècles sans qu’on n’y prête plus attention.

Mais des auteurs aussi illustres que Walter Scott, Shelley, Marcel Proust, Tolstoï y firent allusion dans leurs livres. En particulier Charles Dickens, dans son inoubliable David Copperfield, y a consacré ces belles lignes :

« Nous avons tous quelque expérience d’un sentiment qui nous envahit de temps à autre, le sentiment que ce que nous sommes en train de dire et de faire a été dit et fait auparavant, à une époque reculée, le sentiment que nous avons été entourés (...) par les mêmes visages, les mêmes objets et les mêmes circonstances, et que nous savons parfaitement que ce qui va être dit ensuite, comme si nous nous le rappelions soudain ! »

Rudyard Kipling raconte cet étrange incident, dans son livre « Quelque chose sur moi-même ». Un jour, il assistait à une cérémonie commémorative de guerre à l’abbaye de Westminster, lorsque sa vue fut obstruée par un homme vigoureux situé sur sa gauche. L’homme avait l’attention focalisée sur une plaque de marbre de forme irrégulière formant carrelage et quelqu’un lui serrait le bras murmurant ces mots que Kipling put discerner : « J’aurais un mot à vous dire ». Kipling ressentit alors un intense sentiment de frayeur : tous les détails de cette scène, y compris la phrase échangée, correspondaient exactement aux péripéties d’un rêve qu’il avait fait six semaines plus tôt et qui était encore vivace en son esprit.

Maeterlinck parle d’une expérience similaire vécue avec un ami, lequel en fut complètement mystifié lorsque l’écrivain décrivit à l’avance tous les détails de ce qui allait arriver.

On voit que de nombreux exemples de déjà-vu font référence à un rêve antérieur non oublié qui anticipait la réalité. C’est pourquoi Freud, à cause de sa contribution importante à la compréhension des rêves a, plutôt indirectement que directement, influé sur les implications du « déjà-vu ».

 

Lz « déjà-vu » et le professionnels de la santé mentale

Les médecins s’en préoccupèrent seulement  il y a un siècle et demi et c’est Emile Boirac, recteur de l’Université de Dijon qui fit la première étude scientifique du D.V.

Il est symptomatique de noter que l’expérience de D.V. est si chargée émotionnellement, si entourée d’intimité (il est toujours difficile de la rapporter à un tiers, c’est un moment émotionnel unique empreint parfois d’un côté quasi sensuel), si nimbée d’une auréole pseudo-psychique - pour ne pas dire mystique - que chaque branche de la connaissance n’a eu cure de s’en débarrasser, de l’évacuer lâchement, soit en pondant une explication exotique qui ne renseigne pratiquement en rien sur sa véritable origine, soit en la rejetant en pâture aux pseudo-sciences, faute de ne pouvoir l’intégrer (et la digérer) dans les schèmes rigoureux de sa propre discipline.

Le Dr Vernon. M. Neppe a recensé, dans la littérature scientifique, pas moins de 44 interprétations différentes du D.V, la plupart émanant de non-spécialistes, ce qui n’est pas, à notre sens, une raison de les ignorer puisque si peu d’hommes de science ont décidé d’entreprendre des études sur la question. Voyons en donc quelques-unes avant de passer à la théorie acceptée officiellement.

 

Retard à l’allumage dans le cerveayu

Les premiers à se mouiller en portant quelque intérêt au D.V. sont les neurophysiologues alors que leur science était encore dans les limbes; On comprend qu’il en ait résulté, ainsi, une théorie à tendance pathologique : l’individu, sujet à une attaque de « paramnésie » (nom savant du D.V.), serait l’objet d’une illusion, voire d’une hallucination. Un mécanisme astucieux - mais véridique ? - fut avancé, en 1884, par le médecin britannique Arthur Wigan.

Selon lui, on y trouverait, à la source, le fait qu’un hémisphère de notre cerveau devient conscient d’un événement donné une fraction de seconde avant l’autre. Cette idée empirique d’une perte temporaire de synchronicité entre les hémisphères cérébraux, inventée pour solutionner le modeste D.V., recelait une géniale intuition puisque, depuis, on sait qu’il en est ainsi du point de vue cérébral dès lors que R. Efron a montré que chacune des deux moitiés de notre cerveau n’a pas le même comportement.

Sachez que, pour un droitier par exemple, un stimulus (excitation sensorielle apte à provoquer une réponse de l’organisme sous formes diverses : mouvements, réflexes, paroles etc.), délivré à la moitié gauche du corps, transite tout d’abord par l’hémisphère cérébral droit avant de parvenir au gauche 2 à 3 millisecondes plus tard, là où se trouve précisément le sens de la parole. Pendant ce laps qui, semble-t-il, s’allongerait avec certaines lésions ou tout simplement sous l’effet de la fatigue, le sujet serait alors incapable de verbaliser la sensation bien qu’il en eût déjà accusé intimement réception. Ce « retard à l’allumage » plus ou moins long place le D.V. au rang des anomalies résultant d’un cerveau défaillant. 66 pourcents des gens sont-ils dans ce cas? J’en doute.

Un décalage du même type pourrait se produire au niveau des yeux, lesquels, le gauche comme le droit, transmettent aussi l’influx visuel d’abord dans l’hémisphère gauche. Ainsi, l’image de l’œil droit arriverait "en retard" et trouverait le cerveau déjà informé par l’œil gauche qui bénéficie d’un « raccourci ». Il en résulterait une sensation de D.V., bien que personne n’ait jamais apporté la preuve qu’il en est ainsi. L’influx nerveux n’est-il pas réputé se déplacer à la vitesse de la lumière ?

Cette thèse a anticipé une importante théorie moderne du D.V. : l’explication neurophysiologique.

 

La thèse neurophysiologique

Tout à fait normalement, les expériences de D.V. ont été étudiées par les neurologues qui s’intéressent à la science du cerveau  et ils en parlent en termes de réminiscence ou fausse mémoire, ce qui indique qu’ils refusent au phénomène tout caractère merveilleux.

Il est un fait que le D.V. est souvent éprouvé chez les méditants et les drogués, mais aussi chez les schizophrènes et les épileptiques. 10% de ces derniers ont des expériences de prescience juste avant la crise. Par hypnose on serait même parvenu à susciter des sensations de D.V.

Des essais de provocation de D.V. par stimulation électrique du cerveau furent réussis par le Dr Wilder Penfield, à l’Institut neurologique de Montréal et répétées par un groupe de chercheurs de l’Université de Californie. Ils consistaient à exciter le lobe temporal malade de patients épileptiques au cours de la chirurgie cérébrale qu’ils subissaient sous anesthésie locale afin d’en tirer des « réactions ». Penfield utilisait un fil électrique soumis à une tension de 60 volts et ainsi les malades revivaient des épisodes de leur passé, tout en rapportant des sensations de D.V. telles que : « Je sens que je suis déjà venu dans cette salle d’opération ». Les Américains montrèrent, en outre, que le D.V. pouvait être induit en stimulant le lobe temporal non atteint par la maladie, ce qui placerait le D.V. au rang d’une illusion causée par une saute électrique au plus profond des lobes temporaux du cortex cérébral.

Les neurologues se cramponnent désormais à cette interprétation même si cette explication ne peut prétendre couvrir la totalité du phénomène.

Quant à certains psychiatres, ils rejettent purement et simplement ces témoignages comme de pures illusions. Ainsi élude-t-on lâchement le phénomène qui demeure un mystère, surtout pour ceux qui en sont régulièrement le siège, et on a vu qu’ils sont nombreux.

 

Inconscient et défense de l’ego

Une cause psychologique pour le D.V. a été développée notamment par Henri Bergson qui présuppose différents niveaux de perception mentale chez l’être humain et fait appel à une perception subjective ou à la conscience subliminale ; en quelques mots, votre inconscient serait prévenu de l’événement « anticipé » plus tôt que votre esprit conscient et il en résulterait une espèce de « préconnaissance » des faits. En clair, le D.V. viendrait de l’esprit qui précède parfois le cerveau dans la saisie d’une information. Or si on s’interroge encore aujourd’hui pour savoir si le cerveau c’est l’esprit ou bien le contraire, personne n’oserait soutenir que ce sont deux entités distinctes.

Cette théorie de la répétition involontaire ou fausse récognition mettant en œuvre des courts circuits cérébraux non pathologiques ne réunit plus guère d’adeptes.

Ou bien notre inconscient est-il un vaste entrepôt dans lequel aucune expérience, aucune pensée n’est perdue qui ne sera peut-être jamais rappelée au cours de l’existence, mais qui, un jour, par le jeu des circonstances, donnera un souvenir énervant de quelque chose de lu, vu, ou entendu et enregistré au dessous de notre seuil perceptuel ? Peu nombreux sont ceux aujourd’hui qui s’accrochent à cette explication prosaïque et, à tout prendre, peu crédible. De même qu’à celle de l’imagination parallèle.

Les maîtres de la psychanalyse n’ont pas, eux non plus, dédaigné le D.V.. Freud y voyait une fantaisie de l’inconscient ou une perception instinctive et inconsciente en rapport, bien entendu, avec l’ego, activée par quelque catalyseur circonstanciel. Il existerait un monde de fantaisie dans le subconscient humain donnant lieu, parfois, à des « interférences « . Et C. Jung, bien sûr, avança comme cause du D.V. le résultat de la résurgence chez l’homme de ses fameux « archétypes », ces instincts primordiaux enfouis dans les rythmes de la conscience dès la naissance ; ceux-ci lui permettraient de “se sentir chez lui dans une situation qu’il n’a pas vécue ” mais laquelle correspond à ces idées forces. Ces dernières étant en relation avec ces « expériences primitives et périodiques du subconscient » liées à l’inconscient collectif de l’humanité.

Pour le Dr Louis Linn, psychiatre à New York, le D.V. serait un dérivatif salutaire aux problèmes de tension psychologique. Le cerveau, gorgé des appréhensions et de l’anxiété qui nous habitent, déconnecterait brusquement - une soupape au stress en quelque sorte - causant des sensations de D.V. qui doivent être considérées comme des clignotants nous avertissant de lever le pied en ce qui concerne nos soucis de tous les jours.

 

Rêve oublié, préconnaissance ou réincarnation ?

Une autre solution envisagée au D.V. est celle du rêve précognitif oublié qu’on se rappelle brutalement quand il interfère avec la réalité présente. Vaste programme que cet aspect prémonitoire des rêves qui induiraient que nous vivons notre vie à l’avance à travers eux ! On verra que les psychiatres y ont recours sous une forme édulcorée.

On a aussi avancé l’hypothèse que le D.V. proviendrait d’une préconnaissance innée de notre futur, dont nous aurions perdu l’usage en nous «  humanisant ». William James appelle ça le sens de la préexistence. Ces nombreux flashes de D.V. enregistrés dans la population moderne indiqueraient que nous sommes dans une phase de déblocage de ces pouvoirs occultés.

Séduisante est aussi l’idée selon laquelle le D.V. puisse être une distorsion de notre « sens » du temps : de cette manière, le présent serait perçu comme effectivement venant du passé. La « ré-intégration »  est une variante impliquant que le passé tendrait à réintégrer le présent ( ?).

Plus osé encore, nous pourrions aussi avoir l’aptitude de créer des transpositions du temps -coïncidences, synchronicité - voire même de faire s’entrepénétrer le monde réel avec d’autres univers, soit issus de nous-mêmes, soit surgis des dimensions multiples adjacentes au nôtre. Des expériences psi multidimensionnelles ? Ces idées empiriques trouvent un écho surprenant aujourd’hui dans la physique d’avant-garde.

Certaines sensations de D.V. ont été pour quelques-uns tellement fortes tellement vivaces qu’elles les ont convertis totalement à la thèse de la réincarnation ou en terme plus moderne du « rebirth ». Sont-elles le souvenir, par delà la mort, d’épisodes d’une vie passée ? Le D.V. est-il une expérience indicatrice de la réalité de la survie après la mort ? Ou du mythe oriental de l’Eternel Retour ? En obligeant en plus à recourir à la théorie des existences cycliques ou de la périodicité de l’Univers, héritées de la philosophie hindoue et adoptée par les mystiques Gurdjieff et Ouspensky - puisque vous revivriez des mêmes épisodes dans des incarnations différentes - les expériences de D.V. ne sont pas, à mon avis, les meilleurs indices accréditant l’idée de la réincarnation.

Sue Alexander, lectrice californienne de la revue américaine FATE, a récemment émis l’idée que le D.V. fait partie de notre patrimoine génétique.

Et de prôner une base génétique du D.V. en se basant sur les exo-souvenirs des transplantés qui semblent provenir du donneur. «  Ma théorie est que chaque chose que nous faisons ou que nous voyons est absorbée dans chacune des cellules de notre corps, pas seulement par notre cerveau. Ainsi l’enfant au moment de la conception recevrait certains « souvenirs » des générations qui l’ont engendré, ce qui pourrait générer des expériences de D.V. mais aussi des résurgences de vies passées, obtenues spontanément ou sous hypnose, qui ont tant fait parler d’elles en accréditant l’idée de réincarnation ». Ces souvenirs de vies passées (sur Terre ou ailleurs) furent étudiés dès 1910 par le psychiatre suisse Théodore Flournoy.

 

L’avis des parapsychologues

Rejeté par le système matérialiste qui ne lui voit qu’une cause pathologique, le déjà-vu aurait dû être le cheval de bataille des sciences psychiques, lesquelles cherchent désespérément des phénomènes très communs – on a vu que le D.V. l’est – et reproductibles (il y a des sujets très enclins aux expériences D.V.). Au point que s’il s’agit d’une manifestation de notre perception extra-sensorielle (E.S.P.), quel sujet d’étude privilégié ! Pas besoin d’aller chercher des sujets rares et souvent trop sollicités.

Eh bien, contre toute attente, les études parapsychologiques sur le D.V. sont rares et fragmentaires ou bien alors hors concept lorsqu’on assimile de fréquent D.V. à l’exceptionnelle cryptomnésie qui consiste à se souvenir de choses dont nous n’avons aucune mémoire consciente… Heureusement deux grands maîtres reconnus dans ce domaine s’y sont penchés quelque peu.

D’après W.H.Myers, il se pourrait que le D.V. ne soit qu’un effet de télépathie : vos amis, vos parents, auraient inconsciemment imprimé des images dans votre subconscient et celles-ci vous paraîtraient alors familières quand vous êtes confronté à elles. Astucieux! Non ? Dommage que cette suggestion n’ait pas incité à plus de recherche. Il est vrai que l’existence de la télépathie reste à démontrer.

Pour Hereward Carrington, une personne « reconnaîtrait » un endroit inconnu d’elle parce que, en fait, elle s’y serait déjà rendue, non pas en chair et en os, mais par voyage astral ou décorporation, c’est à dire en « sortant » hors de son corps. On sait que, par ce processus plutôt fantastique, des sujets prétendent avoir visité d’autres planètes du système solaire d’où ils auraient ramené des informations entérinées plus tard, à grand frais, par les vecteurs technologiques d’exploration spatiale. On a vu que ce rapprochement D.V./OOBE est encore d’actualité aujourd’hui même s’il se heurte à l’inconvénient, lui aussi, d’expliquer un mystère par un autre.

Enfin Charles Fort, l’iconoclaste de Brooklyn, avait, quant à lui, une interprétation toute personnelle de l’expérience du D.V. :  « il y a peut-être des gens, écrivait-il, qui ont été téléportés et en ont rapporté, sans qu’ils le sachent ou sans n’avoir qu’une très faible impression, ces réminiscences impossibles ».

Il est temps maintenant de passer à la thèse en vigueur sur le D.V. Peut-être moins “poétique ”, moins encline à enflammer l’imagination, elle ravale ces flashes mnémoniques à une anomalie de ma mémoire.

En tout cas, la thèse de la résurgence de vues similaires mal enregistrées et oubliées donnant une impression fugitive de « familiarité « , ne mérite pas plus que deux lignes.

 

Trouble de la mémoire      

Normalement, l’impression de D.V. ne dure que quelques secondes – voire quelques minutes – mais sous certaines formes maladives, il peut se prolonger ou même devenir continu. De même, les scientifiques ont volontiers fait l’amalgame du D.V. avec le J.M. (jamais-vu ou cryptamnésie) qui consiste à ne pas reconnaître les endroits et les gens qui nous sont familiers. Comme ces malades qui se refusent à reconnaître leur femme en tant que telle et la traite d’imposteur ! Il me paraît quelque peu malhonnête de relier une expérience vécue par deux personnes sur trois à un phénomène d’amnésie nettement plus rare et nettement plus «  pathologique » expérimenté plus par des gens perturbés que normaux, mais les psychiatres ne s’embarrassent pas de tels scrupules au risque de jeter le bébé avec l’eau du bain.

De la sorte, le D.V. a été associé à des lésions du globe temporal, à de l’épilepsie locale, à des crises de paranoïa (illusion de sosies)… Extrême fatigue, stress, anxiété, épuisement seraient aussi propices à déclencher le D.V. chez certains sujets.

Ainsi le D.V. serait un défaut de remémoration, une distorsion psychique, une difficulté à se souvenir quelque chose que l’on a vécu préalablement suite à la répression, au refoulement, d’une expérience vécue naguère, douloureuse ou menaçante pour soi.

De même, il pourrait y avoir confusion - faux D.V. ou approximatifs – entre des ressemblances de lieux, de personnage, des convergences de situation. R. A. Baker illustre cette idée en disant que, bien que vous n’ayez jamais arpenté cette rue particulière auparavant, vous en avez arpenté tant d’autres qu’il s’en trouve très certainement une qui présente une série de détails communs. L’argumentation me paraît assez pauvre à ce niveau et ne me convainc aucunement. Ni les deux exemples personnels du psychologue arguant qu’ayant trouvé un endroit familier durant la dernière guerre, un ami lui montra qu’il l’avait vu sur un tableau de peinture et qu’une autre fois, le sentiment « familier » lui fut inspiré par une photographie. Et quand il cite comme source de « multiples déjà-vu », les prospectus illustrés des agences de voyage, je me demande s’il ne se moque pas un peu de nous !

Reed, dans son livre : « La Psychologie de l’expérience anormale », met purement et simplement le D.V sur le compte d’un exemple de « fausse mémoire », ce qui me paraît trop facile, en l’occurrence. Mais c’est un moyen subtil d’évacuer le problème en substituant à la question : « Pourquoi la personne pense qu’elle reconnaît la situation actuelle ? » par celle, plus clinique : « Pourquoi n’est-elle pas capable de se souvenir où elle l’a rencontrée auparavant ? ».

Sur cette lancée qui amalgame les extrêmes avec les 2/3 de la population, on a mis le D.V. sur le compte de la dépersonnalisation et de la déréalisation des faits. Ce sont des cas encore une fois nettement « pathologiques » où le sujet atteint a la sensation d’être détaché de lui-même (OOBE) ou bien que, lui restant inchangé, c’est son environnement qui lui paraît non-réel. Dans ces cas-là, on a bien, en effet, établi une corrélation avec la fatigue, le stress et souvent les abus d’alcool et de drogue.

            Une tentative habile d’éluder le D.V. a été aussi de jouer sur le processus de la remémoration en démontrant que les souvenirs ne remontent pas longtemps à la source originelle de l’événement mais à la « reconstruction » de celui-ci qu’on en a fait, la dernière fois qu’on l’a évoqué, tel que le psychologue Belbin l’a prouvé dans une étude datant de 1950 ! L’intensité du D.V. serait dès lors à imputer au niveau de la reconceptualisation .

La tendance actuelle a « pathologiser » le D.V. transparaît clairement dans l’entretien avec le Professeur Jacques Touchon, de l’hôpital Lapeyronie de Montpellier qu’a publié le Quotidien du Médecin d’octobre 1996 (voir référence).

La « coupure de l’ambiance environnante » (périphrase pour décrire le D.V.) trouverait son origine dans l’épilepsie et serait associée aux illusions et aux hallucinations. 2/3 de la population active peut-elle donc être qualifiée d’hallucinée ? Plus de 60 % des gens sont-ils atteints de « pathologie psychiatrique caractérisée » apte à altérer notre appréhension du monde ?

La confabulation et les caractéristiques d’une personnalité quelque peu hystérique et obsessionnelle feraient le reste, du moins selon le Professeur Jacques Touchon.

Pour ma part, les éléments rassemblés dans cette mini-étude ne m’ont pas convaincu qu’on connaît actuellement l’origine du D.V. commun, celui dont vous et moi faites l’expérience. Le mystère demeure aujourd’hui à mon humble avis « un des plus fascinants mystères de l’Esprit ». Mais toute opinion argumentée que vous voudrez bien me soumettre permettra, peut-être, de faire un pas vers sa solution. Aussi vous incité-je à me faire part de vos remarques et commentaires éventuels.

                                                                           

Références :

1/H.N. SNO, The Déjà Vu Experience : A Psychiatric Perspective, Amsterdam, Université d’Amsterdam (1993).

2/V.M. NEPPE, The Psychology of Déjà Vu : Have I Been Here Before ? Johannesburgh, Université Witwatersrand (1983).

3/H.J. IRWIN, Childhood Antecedents of Out-of-Body and Déjà Vu Experiences, The journal of the American Society for Psyschical Research, Volume 90, N°3, juillet 1996.

4/R.A. BAKER, Hidden Memories, Prometheus Books, 1992.

5/ G. REED, , The Psychology of Anomalous Experience, Prometheus Books, 1988.

6/ W & M.J. UPHOFF, New Psychic Frontiers, Colin Smythe Ltd, 1975.

7/ Dr Marie-Pierre Du Crest, Le Quotidien du Médecin, 1er octobre 1996.