jeudi 15 mars 2018

Les fusées fantômes

 Entre les « foo-fighers », ces mystérieux globes incandescents qui vinrent perturber en vol les aviateurs alliés à la fin de la 2ème guerre mondiale, et « l’escadrille de neuf soucoupes volantes » ricochant au-dessus du Mont Rainier (Washington) repérée, en 1947, par l’Américain K. Arnold, depuis le cockpit de son petit avion privé, en matière d’ovnis, une vague d’observations est venue s’interposer, en 1946, en Scandinavie : c’est celle des « fusées fantômes ». Juste dans la période de confusion qui suivit la fin de la 2ème guerre mondiale.

Il s’agissait non plus, cette fois, de points ou sphères lumineux « amorphes », mais de « corps physiques formés » décrits comme des cigares ou des disques. Les journaux français s’en firent l’écho d’autant que certaines observations locales avaient, semble-t-il, la même source (région de la Mer Baltique). Ainsi, en janvier 1946, un avion américain C-54 arrivant sur Paris, « vit une étoile filante brillante apparaître à 35 degrés au-dessus de l’horizon. Elle décrivit une petite hyperbole descendante puis se mit à rebondir ou ricocher pour réapparaître après avoir disparu. A Dijon, le 20 août 1946 : « d’énormes projectiles allongés passèrent au-dessus de la ville à des vitesses prodigieuses et avec un sifflement bruyant ». Des « fusées » furent signalées à Chatillon-sur-Saône et en Lorraine, en septembre.

Mais ce n’était rien par rapport à ce qui se passait en Scandinavie. Selon La Résistance du 19 juillet, « durant les derniers mois, la population du sud de la Suède et quelques témoins au nord ont été profondément troublés en apercevant, de temps à autre, surtout de nuit, des météores brillants, se déplaçant à des vitesses fantastiques et traversant leur ciel ».

L’Aurore du 27 juillet écrivait : « Plus de 500 projectiles propulsés comme des fusées sont dits avoir été vus au-dessus de la Suède depuis le début du mois. Selon certaines sources, ces projectiles qui zèbrent le ciel suédois ressemblent à des avions à réaction mais font beaucoup moins de bruit qu’un engin de ce type ».

Certaines « fusées » furent détectées au radar. Une photo fut même reproduite par le Daily Telegraph, en août, montrant un objet ressemblant à une comète repéré au-dessus de la banlieue de Stockholm. Le cliché agrandi mit bien en évidence la présence d’un « projectile » au milieu des flammes.

Cette rare photo ressemble bien, en effet, à un météore.
Tout avait commencé en février, en Finlande, où une station radio d’Helsinki faisait état « d’un nombre anormalement élevé de gros météores signalés près du cercle arctique ». Le Danemark, la Norvège, la Grèce, l’Italie, l’Afrique du Nord signalèrent ces fameuses « fusées fantômes », comme elles resteront qualifiées dans l’histoire.


En Suède, on les repéra surtout entre mai et juillet 1946. « D’après les services officiels suédois, plusieurs milliers d’observations furent analysées durant cette période », écrit l’ufologue J. Vallée qui en étudia en détail les modalités dans un livre malheureusement jamais traduit en français.

Entre le 9 et le 12 juillet, il y eut une centaine de signalements par jour. Le 6 août, le Ministère de la Défense suédois qui était en alerte permanente annonçait officiellement : « Des fusées radio-contrôlées viennent précisément du sud sur notre région ». Ces « fusées » étaient décrites en vol horizontal avec un bruit « monotone » de moteur turbo-jet. « Une structure en forme de cigare argenté dégringola vers le sol, près de Ockelbo, le 9 juillet, selon le journal Morgon Tidningen ». Plusieurs de ces « fusées fantômes » suivies d’une traînée de fumée  s’écrasèrent ou explosèrent avant de toucher le sol, brisant parfois un grand nombre de vitres. On annonça 80 « crashes » pour la Suède et la Norvège, certains au sol, dans la mer ou les lacs. Dans certains cas, les débris recueillis ne révélèrent rien d’extraordinaire : « des scories non métalliques, plus autres matériaux communs ». Dans d’autres, 12 juillet par exemple à Sundsnall Beach, ce fut « un petit cylindre avec des fragments de papier ou de film accrochés autour » ou bien, en un cas similaire, au Danemark, un fermier trouva fiché en terre un même objet portant des fils de cuivre. On vit les militaires suédois sonder le fond des lacs pour tenter d’y récupérer les restes d’un engin abîmé.

Les descriptions, comme on le voit, étaient diverses et variées mais celles revenant le plus souvent parlaient de « boules de feu avec queue » et d’ «objet brillant en forme de cigare ». Certain engin égaré à basse altitude de 3 m de long présentait même des lettres peintes sur ses flancs ! Beaucoup apparaissaient comme des « objets métalliques », réfléchissant la lumière.

Un pilote de l’armée suédoise, le 14 août, signala un objet cylindrique de 15 m de long et 1 de diamètre, volant 60 mètres plus haut que lui, sans aile ni gouvernail, ni superstructure : comment un tel missile pouvait-il ainsi voler à l’horizontale ? Il y avait là un prototype révolutionnaire ! Du coup, une censure partielle fut imposée à la presse sur le phénomène.

Le 13 août, un groupe de scouts danois observa un objet ressemblant à une fusée passer à grande vitesse à une hauteur de 500 mètres. Le même jour, c’était un objet cylindrique de 1,5 m de long, observé par un témoin à Karlskrona, en Suède. Tout s’estompa mystérieusement à l’automne. A partir de fin 1947, les rapports devinrent sporadiques dans cette région. Restait une énigme  qu’il faut maintenant analyser avec le recul.

Qu’étaient donc ces mystérieuses « fusées fantômes » signalées en nombre en Scandinavie en 1946 ? Des météores, comme on le décréta au début ? Ils avaient des habitudes plutôt curieuses pour un phénomène astronomique somme toute bien connu volant visiblement trop bas ! Des fois à peine au-dessus de la cime des arbres qu’ils faisaient bouger !

De même, pour des bolides, ils se déplaçaient vraiment trop lentement (durée d’observation : plus de 10 minutes près d’Helsinki). Et il y même un cas incroyable relaté par J. Clark, en mai 1946, où le « météore » fut décrit comme une « coupole » (pas loin d’une soucoupe) avec des hublots ovales et des lumières clignotantes. Sous les yeux d’un témoin de Angelholm, à 60 km de Malmo, il atterrit en douceur sur le sol et trois hommes en sortirent portant bottes foncées, lunettes, ceinture noire autour de leur veste et casque transparent sur la tête. Un météore habité !

Bien vite des témoignages divers vinrent infirmer la plausibilité de l’hypothèse météoritique. Le Monde du 9 août 1946 relatait le témoignage du Lieutenant L. Nackman, du Ministère de la Défense suédoise, qui avait vu un des objets comme une sphère de feu entourée de flammes de couleur jaune : il volait à une altitude d’environ 1000 mètres et sa vitesse, malgré sa hauteur, permettait à l’œil de suivre sa course. Selon les experts, un possible météore est absolument à rejeter pour ce cas-là. Le 13 juillet, un objet lumineux maintenant sur tout l’horizon une altitude constante se démarquait aussi nettement de la trajectoire d’un météore.

La deuxième hypothèse fut celle de « bombes volantes » guidées issues de tirs de missiles par l’U.R.S.S, des bombes d’origine germano-soviétique. La Suède, restée neutre durant la guerre, avait-elle été choisie comme champ expérimental, ce qui aurait expliqué ces intrusions dans son espace aérien ? Qui était visé ? « La Suède est devenue une zone secrète pour des tests d’armes », écrivait le Svenska Dagbladet, du 9 juillet. L’apparition cet épisode 10 mois après la fin de la seconde guerre mondiale fut-elle une coïncidence ?

Certains virent dans ces démonstrations « une riposte des Soviétiques aux essais nucléaires américains à Bikini ». Utilisaient-ils leur base de Stolpmünde, non loin de la ville polonaise de Ustka, donnant sur la Baltique ? Mais pourquoi au-dessus de la Suède alors qu’ils disposaient d’un territoire d’expérimentation si vaste ? Ces « bombes » inoffensives étaient-elles lancées pour des raisons psychologiques : une manœuvre d’intimidation ? Les explosions en vol au moins s’expliquaient puisque près d’un tiers de tous les missiles allemands pendant la guerre se désintégrèrent avant d’atteindre leur cible.

Deux arguments étaient avancés à l’appui de cette thèse : les engins semblaient provenir de la direction de Peenemünde, là où les Soviétiques s’étaient approprié les restes du projet d’Hitler de fusée V intercontinentale, et l’intérêt manifeste des Américains dans la situation. Sous couvert d’un déplacement à caractère « pétrolier », le Général J. Doolittle se rendit sur place. Mais, on a appris plus tard, que les Soviétiques, en réalité, étaient tout aussi surpris de l’apparition de ces mystérieuses « fusées fantômes ». La presse communiste eut plutôt tendance de tourner en ridicule ces histoires de « fusées fantômes » ou feignit l’ignorance.

Le champ d’action des sinistres V-2 avait-il été porté à plus de 1000 km en leur ajoutant des ailes (plusieurs témoignages en firent état) ? Des renseignements récents ont révélé (1994) que les Soviétiques ne récupérèrent à Peenmünde/Nordhausen que des miettes (pièces détachées) et qu’il leur fallut 2 ans et demi pour tirer un missile dérivé des V-2 (octobre 1947). Onze V2 reconstituées furent ainsi lancées bien après que l’épisode des « fusées fantômes » se soit estompé comme toute vague d’ovnis qui se respecte.

Les missiles, si missiles il y avait, adoptaient aussi un étrange comportement : ils avaient la faculté de changer de direction. A basse altitude, certains témoins décrivaient des motifs peints en rouge dessus. L’aviation norvégienne, en juillet, se fendit d’une explication qui fit long feu : des phares d’atterrissages d’avions d’un nouveau type en cours d’expérimentation.

S’il s’agissait d’un nouveau type d’engin volant, il se distinguait de ses prédécesseurs par un vol particulièrement silencieux. Etait-il propulsé par un moteur nucléaire ?

Quant au reste, c’étaient des feux d’artifice assurément ou bien « une tornade en connexion avec un éclair ».

La conclusion définitive du Ministère de la Défense suédois, dont un comité spécial avait été nommé dès le 10 juillet pour s’occuper du problème, fut que les rapports à une large majorité résultaient de mauvaises interprétations de phénomènes aériens ordinaires.

Mais un résiduel de 20 % n’avait pu être expliqué. L’incontournable sociologue de service inférait déjà que l’hystérie croissante – la paranoïa - était certainement due aux tensions internationales intenses du moment : début de la guerre froide, contexte de demande publique de réduction des dépenses de défense en Suède.  On parla de « psychose des fusées », d’hallucination collective ou même d’hystérie. Certaines observations ambiguës pouvaient-elles s’expliquer par l’imagination de l’observateur ?

Alors : phénomène astronomique, ou bien « terrestre », « ballons lumineux », tests de fusées récupérées en Allemagne par les Soviétiques ? La « déclassification » de certains documents officiels n’a pas levé l’énigme. J. Vallée souligne que « personne, à l’époque, ne proposa que les engins, qui étaient évidemment réels, pourraient être d’origine interplanétaire ». C’est en effet une lacune qu’il convient de combler. 

 Publié en 2 fois dans Dimanche Saône & Loire des 30 juin et 7 juillet 2002 puis dans  LE MONDE DE L’INCONNU, n°322, octobre-novembre  2006.


Pour en savoir plus :

Loren E. Gross, The Mystery of the Ghost Rockets, 68 pages, publication privée de 1974 et 1982, Fremont, Californie.


 











Jan L. Aldrich, The Ghost Rocket File, Fund for UFO Research, 2000.







samedi 10 mars 2018

Les énigmatiques « foo-fighters ».



Avant même que ne soient inventées les appellations modernes de soucoupes volantes et d’ovnis, les cieux, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, n’étaient pas vides d’intrus, loin s’en faut ?

Rare photo de deux "foo-fighters".
Durant la deuxième guerre, des pilotes d’avions du monde entier engagés dans le grand conflit, signalèrent, en plein vol, d’étranges « boules de feu » au voisinage de leur appareil, dont le comportement non belliqueux fut, en tout cas, maintes fois apprécié. Le mystère des « foo-fighters » (« combattants, patrouilleurs fous »), comme Britanniques et Américains les nommèrent, n’a jamais été résolu.
Dès 1942 (voire 1940), ils sont là déjà, semble-t-il. En novembre, une escadre volante anti-sous-marine patrouille dans le Golfe de Gascogne. Tout à coup, le tirailleur de queue repère un « objet massif », sans ailes, apparu brusquement à l’arrière de l’avion. Depuis la tourelle de tête, la chose reste visible pendant 15 minutes puis s’élève en altitude et tourne bride à 180 degrés, avant de se fondre dans le ciel.

Autre cas : le pilote de la Royal Air Force (R.A.F.), B.C. Lumsden, survole les côtes de France dans son Hurricane, en décembre 1942. Il a décollé d’Angleterre à 19 h. A 200 mètres au-dessus de la baie de Somme, il distingue deux lumières qui montent du sol à sa rencontre. Est-ce la D.C.A. ? Non, les projectiles sont trop lents. Il amorce un virage serré et, à sa grande stupeur, les « lumières » se positionnent derrière lui et s’y calent. Il descend à 1000 mètres avec les lumières comme collées à son sillage.

Durant l’année 1943, les foo-fighters (FF) sont très discrets, mais les manœuvres du débarquement des Alliés en Normandie, durant l’été 1944, paraissent les attirer sur les lieux comme des lucioles autour d’un feu. Durant la bataille de France, en août, des boules volantes non identifiées et nocturnes font craindre que les Allemands ont lancé une contre-attaque d’envergure.

En septembre, le caporal canadien Carson Yorke, dans la banlieue d’Antwerp, en Belgique, voit un « globe luisant » traverser de bout en bout l’horizon. Non, ce n’est pas une fusée V2 telle que celles qui, quelques mois plus tôt, ont fait trembler la population.

Mais c’est à la fin de 1944 que les FF donnent le plus de sueurs froides aux aviateurs engagés militairement dans les raids sur l’Allemagne en déroute.

Le 23 novembre, le lieutenant Edward Schlüter décolle de Dijon pour une patrouille de routine destinée à l’interception éventuelle d’engins ennemis à l’ouest du Rhin, entre Strasbourg et Mannheim.

Le ciel est clair, sans nuage. A 30 km au nord de Strasbourg, le lieutenant Ringwald, présent à bord avec un radariste, signale 8 à 10 boules de feu rouge vif qui se déplacent à grande vitesse. Leur disposition groupée les donne « en formation » et elles s’approchent rapidement de l’appareil.

Aussitôt, l’avion contacte par radio le sol qui, lui, ne voit rien - le radar de bord non plus. Schlüter manoeuvre son appareil pour se diriger droit vers les lumières; celles-ci flamboient rouge... et soudain se diluent dans les airs... Deux minutes plus tard, elles sont à nouveau là, mais de l’autre côté de l’avion. Pendant six minutes elles font ainsi escorte, puis, en un clin d’œil, disparaissent.

Le 22 décembre 1944, trois jours avant Christmas (Noël), le lieutenant David McFalls, le pilote Giblin et un radariste, tous trois de la 415ème escadrille de combattants de nuits basée maintenant à Ochey, volent à 3000 mètres au-dessus de Hagenau, à 35 km au nord de Strasbourg.

« Deux lumières très brillantes montent du sol juste devant nous, déclarèrent-ils. Elles se stabilisent en altitude et se placent près de la queue de notre avion où elles demeurent deux minutes. Selon nous, elles sont sous parfait contrôle ». Ensuite, les boules de Noël célestes se détournent et filent au loin...

Toutes ces descriptions de FF, faites sur le vif, se virent, bien entendu, imposer la clause de réserve de secret ordonnée aux aviateurs durant une période de guerre. La presse eut seulement vent de la chose en décembre 1944 « par une fuite ». Ainsi, Newsweek du 25 décembre 1944 titra sur le « puzzle des sphères argentées ». « Des dépêches fortement censurées par les quartiers généraux (sic) révèlent que les pilotes américains ont récemment rencontré un nouveau phénomène au-dessus de l’Allemagne. Quelquefois translucides, volant seules ou en groupe, les sphères sont présumément une nouvelle forme d’interférence aérienne ».

Le New York Times du 2 janvier 1945 faisait sa une en ces termes: « Des boules de feu chassent les chasseurs US dans leur assaut nocturne sur l’Allemagne ».

Autre photo de "foo-fighter" ?
Grâce à la loi américaine sur la liberté de l’information, obtenue de haute lutte notamment par les ufologistes, on sait aujourd’hui grâce aux documents « déclassifiés » que, par dizaines, des séances de débriefing des aviateurs mentionnèrent ces mystérieux « combattants fous », même si les témoins furent quelque peu chahutés par leurs camarades incrédules et en vinrent, finalement, à se taire par peur du ridicule. C’est ainsi qu’on peut citer tous ces témoignages issus de l’US Air Force Historical Research Center de Maxwell AFB, en Alabama.

Malheureusement une loi similaire n’a jamais existé en Allemagne pour les archives de l’armée SS. Si bien que l’on doit s’en tenir à la rumeur qui dit que, tandis que les Alliés rencontraient des FF sur le théâtre des hostilités de la seconde guerre mondiale, en Europe, dans le Pacifique, au Japon..., les pilotes de la Luftwaffe voyaient, eux aussi, des boules de feu inconnues, qu’ils baptisèrent « Kraut-bolids » ou « Kugelblitz » ; ils crurent qu’il s’agissait... d’une nouvelle arme secrète des Alliés !!

Ainsi, révélés initialement par une « fuite », confirmés ensuite dans les séances déclassifiées de debriefing des forces aériennes alliées, les « combattants fous » étaient-ils d’origine allemande? Apparemment non !

Le 12 février 1944, eut lieu le lancement d’une fusée expérimentale au centre d’essai germanique de Kummersdorf. Y assistaient le Ministre de la Propagande Joseph Goebbels, le Reichführer Himmler et Heinz Kammler. L’opération fut filmée.

Quelques jours plus tard, les autorités visionnèrent le film sur lequel, étonnés, ils purent voir très clairement un corps sphérique qui suivait le fusée et tournait autour...

Aussitôt, on suspecta un « coup des Alliés, une manoeuvre d’espionnage ; mais un agent bien informé confia à Himmler que les Anglais, de leur côté, étaient les victimes du même phénomène et pensaient, réciproquement, qu’il s’agissait d’un prototype expérimental allemand.

On s’accorde pour affirmer que les deux camps adverses dénièrent ainsi, chacun leur tour, toute responsabilité concernant les FF.

Le lieutenant Général Massey aurait fait une étude établissant que non seulement les FF n’étaient pas des engins allemands mais que les Allemands pensaient que c’était une arme nouvelle des Alliés.

Mais attention à la désinformation : il faut, cependant être prudent à cet égard. En effet, l’écrivain français, Henry Durrant1, fit sensation en révélant, en 1970, que, confronté aux nombreuses observations de FF rapportées par ses pilotes, « l’Oberkommando der Luftwaffe avait été amené à créer le « Sonder Büro Nr 13 » dont l’activité reçut le nom de code Opération Uranus ».

Voilà qui venait opportunément  conforter la « neutralité » des FF, me direz-vous. Eh bien, on apprit malheureusement que tout cela n’était qu’invention pure de M. Durrant qui n’avait eu aucun scrupule à induire toute la communauté ufologique en erreur uniquement pour voir (sic) « qui oserait reproduire l’information sans le citer ». Lamentable, d’autant que la supercherie n’est pas connue de tout le monde et certains ufologues bien intentionnés continuent de la colporter.

Admettons donc que les Allemands virent des FF. Cela est d’autant plus plausible que leur champ d’action était mondial et non européen.

Outre au-dessus de la France et de l’Allemagne, les FF furent signalés en Norvège, en Italie, en Sicile, au-dessus du Pacifique, de Burma, de la Tunisie, de l’Océan Indien, à Ceylan. Un phénomène mondial en quelque sorte. Selon des informations non vérifiées, ils apparurent aussi durant la guerre de Corée et, plus récemment, en 1992, on en aurait repéré un de nuit au-dessus de la Serbie...

Personne, à ce jour, n’oserait mettre les « chasseurs fous » sur le compte d’une fatigue hallucinogène de pilotes stressés. L’Air Force confirma qu’il n’en était pas question.

Quelque chose était bien là dans le ciel, entre 1940 et 1945, mais quoi ?
Après avoir rejeté l’éventualité de confusion visuelle - reflets sur les ailes des avions, dans les hublots du cockpit ou sur des cristaux de glace suspendus dans l’atmosphère - laquelle fut appuyée par le fait que les FF « marquaient » peu ou pas au radar - la première hypothèse avancée (même officiellement, on l’a vu) fut, bien sûr, que « les Allemands avaient produit une nouvelle arme secrète » (Agence Reuter).

La Luftwaffe avait, en vérité, plusieurs projets d’avions, jets et missiles guidés qui, dans certaines conditions, auraient pu être facilement confondus avec les FF.

Et certains n’étaient pas seulement au stade d’esquisse sur une planche à dessin de bureau d’études, tels le « Brisant » discoïdal ou le projet V7 (réputé extrêmement bruyant alors que les FF furent toujours silencieux!) issu des V2. Les nazis, à partir de leur site de Peennemunde, déplacé à Blizna, en Pologne après sa destruction, avaient développé des engins volants révolutionnaires d’une manœuvrabilité inégalée.

Les FF étaient-ils des missiles (le Me 262, dit Wasserfall) propulsés ou lâchés par des fusées de type V ? Ou bien une aile volante ? Ou la trace d’échappement d’un modèle réduit de Messerschmitt contrôlé par radio, une sorte de précurseur des « drones » actuels ?

Ou alors des véhicules « radioguidés » à vocation antiradar nouvellement développés par les tortueux savants du Troisième Reich ? Leur but : éblouir les pilotes, interférer avec les radars des avions, servir de repère pour les canons antiaériens, couper l’allumage des moteurs en pleine altitude. Étaient-ce des artifices éclairant ?

Cette idée d’arme secrète nazi fut relayée par un article signé de Jo Chamberlin dans « The American Legion Magazine », en 1945.

Rien ne vint corroborer cette pseudo-origine nazi des FF. Et le fait que si arme ils étaient, celle-ci était d’une lamentable inefficacité puisque n’ayant eu aucun résultat notoire sinon de rassurer, en quelque sorte, certains pilotes observateurs récidivistes, coupa court à de telles spéculations. Les Allemands, à l’époque, n’avaient pas l’habitude d’utiliser des gadgets, au contraire. Leur hégémonie était contestée.

Jamais un FF ne manifesta la moindre hostilité - ce qui est un comble pour une arme aussi secrète soit-elle - envers les avions qu’ils approchaient à les toucher (donc à les détruire). Même quand les tirailleurs, craignant pour leur sauvegarde, firent feu sur ces boules de feu oranges trop « affectueuses », les projectiles passèrent simplement à travers. Non, il s’agissait d’autre chose : les FF étaient des lumières amorphes et non pas quelques aéronefs solides.

Cette inconsistance pacifique – arme secrète allemande trop inefficace, trop inoffensive, trop « pacifique » - orienta, dès lors, les suppositions vers l’éventualité d’un phénomène naturel. Pourquoi pas ! Mais lequel ?

Le « phénomène naturel » qui colle le mieux aux descriptions accumulées par les pilotes et les autres témoins des FF est, certes, la foudre globulaire. Tant pis si ce n’était ni la saison, ni les conditions atmosphériques adéquates. Certains y croient encore.

Selon moi, effectivement, la « seule » bonne raison d’assimiler les FF à la foudre en boule est qu’ils lui ressemblaient ; mais cette tentative d’identification s’arrête là, tant leur comportement ne cadrait pas avec cette hypothèse. Cette foudre-là était bien capricieuse !

A moins d’inférer - mais c’est n’importe quoi - que, pendant ces cinq années de conflit mondial, la foudre a adopté une propriété sans précédent ni prolongement, à savoir une attirance marquée pour les avions de chasse et une durée de vie très très allongée. Certains rapports, celui de Bill Leef, notamment, parlent d’une durée d’accompagnement de 45 minutes alors que la foudre n’est stable que durant quelques secondes.

Alors quoi d’autre? Le grand sceptique américain Menzel2 (1901-1976) avança que les FF étaient des tourbillons créés par les dommages de bataille infligés aux avions alliés, ceux-ci étant plus importants à la fin de la guerre !! Comprenne qui pourra. « S’ils relevaient effectivement d’un phénomène naturel, pourquoi ne les a-t-on pas aperçus à d’autres époques », a objecté avec pertinence le Britannique Hilary Evans ? Il y a bien eu d’autres conflits aériens !

Le fameux rapport Condon, confronté au problème, avait sorti de son chapeau une autre possibilité, à savoir le feu de Saint Elme..., manifestation de l’électricité statique. Ses plus surprenantes manifestations dans les annales furent, en décembre 1976, près de Dover, en Grande Bretagne, quand ce phénomène conféra une auréole luisante, « quasi religieuse » à toute une équipe de jeunes footballeurs qui jouaient un match !

En 1897 autour de Noël, près de Chicago, une cause similaire, embrasa les cimes d’une forêt, les arbres « étant illuminés comme si une colonie de vers luisants les avaient investis ». Un phénomène aussi curieux « devait » pouvoir s’appliquer aux FF !

Ovale ou rond, d’un diamètre de 10 à 40 cm de diamètre, il a une apparence incandescente bleu-blanc. C’est mal parti me direz-vous. Mais qu’à cela ne tienne, continuons.

De nature électrique, il est causé par une charge positive induite près des nuages d’orage chargés négativement. Sa durée de vie est celle de la foudre, à savoir quelques minutes maximum. 
Dommage !

Le phénomène demeure près d’un matériau conducteur et ce, d’autant qu’il est pointu. Cette lueur impressionnante a été observée accrochée aux clochers des églises, aux grands mâts des navires, aux extrémités de vergues, aux sommets des arbres, se mouvant le long de fils électriques haute tension et de carlingues d’avion (ah) et quelquefois pulsant. Or certains FF « pulsaient ». Mais…

Cette proposition parachutée fit bondir de mécontentement les membres de la 415ème escadrille qui s’exclamèrent. « Venez donc voler avec nous! On verra si c’est ça ! »

Alors, par contrecoup, les réductionnistes, spécialisés dans la mise à néant de tous les mystères, quels qu’ils soient, se déchaînèrent.

C’étaient des ballons-écrans ennemis, des faux soleils, des météorites, des gremlins de la forêt noire ??

Une tentative de résolution de l’énigme mérite qu’on s’y arrête car elle semble avoir été redécouverte il y a une dizaine d’années par la fine fleur du rationalisme français (voir Science & Vie de mai 1995).

Les foo-fighters étaient-ils dus à une activité tectonique ayant touché, durant cette période, le sud-ouest de l’Allemagne et à l’occasion de laquelle ces boules d’énergie électrique auraient été attirées vers les importantes formations d’avions dans le ciel ?
Philippe Chambon, dans S&V présente cette idée « complètement nouvelle » non pas au sujet des foo-fighters mais dans le cadre d’une théorie capable de fournir une solution à l’ensemble du problème ovni. « Pitoyable », si l’on y regarde de plus près.

En effet, la thèse présentée dans S&V sur le rapport qu’il pourrait y avoir entre le phénomène ovni et les variations de champ magnétique terrestre, en particulier durant les tremblements de terre, date de juste 30 ans, donc très nouvelle, en effet ! Michael Persinger, psychologue (!) canadien, la proposa en 1977 et elle fut développée largement par le Britannique Paul Devereux.

Non les FF n’étaient pas tectoniques ! Plutôt vivants ? Pourquoi pas ressortir aussi cette hypothèse inspirée par l’œuvre de Conan Doyle ? Gardons la tête froide Messieurs les cartésiano-sceptiques !

Le comportement des FF tel que rapporté ici de mon mieux, leur capacité de manœuvre, de disparition momentanée, de ré-émergence en un point différent, tout cela suggère une « autonomie » de mouvement incompatible avec toutes les explications avancées ci-dessus.

Si bien que les ufologues ont beau jeu de les incorporer, en « avant-première » dans l’énigme des ovnis et nous ne pouvons les en blâmer. Ainsi demeurent-ils dans la catégorie « non-expliqués ».

Selon l’expression idoine, les FF semblaient sous contrôle. Mais de qui ?

Une remarque pour finir : ils furent très intimement liés à une phase particulière de l’activité humaine : le plus grand conflit mondial jamais connu. Cet aspect du problème, à mon avis, n’a pas été assez pris en compte et mériterait d’être creusé.

1/ Voir son livre : Le livre noir des soucoupes volantes, Robert Laffont, Les énigmes de l’univers, 1970. Il y rapporte notamment page 76 cet exemple de foo-fighter datant de 1942. Le commandant-pilote Roman Sobinski revenait d’une opération de bombardement au-dessus d’Essen (Ruhr). En passant au-dessus du Zuiderzee au nord de la Hollande, son mitrailleur de queue lui signale un disque lumineux de couleur orange qui les suit. Après différentes manœuvres pour s’en défaire, ordre est donné au mitrailleur de tirer : plusieurs projectiles ont bien l’air de pénétrer dans le cercle lumineux, mais sans résultat, bien que l’objet soit à bonne portée (150 m environ). Enfin le disque volant disparaît à grande vitesse.



2/ Professeur d’Astrophysique et auteur avec Ernest H. Taves du livre : The UFO Enigma, The definitive Explanation of the UFO Phenomenon, Doubleday & Company, New York, 1977.













Le témoignage du pilote Bill Leef.

Opération « Loup Solitaire »
« C’était une sombre et froide nuit de novembre 1944, raconte Bill Leef, pilote de bombardier B-17. Le 24, précisément.

« Dans le cadre du programme « Loup Solitaire », notre mission nocturne n’était pas, comme tant d’autres, de noyer sous une avalanche de bombes les objectifs stratégiques allemands - raffineries principalement - mais plutôt de harceler les nazis en détruisant, ce jour-là, par une frappe plus « chirurgicale », la voie ferrée de la gare de triage de Salzburg.
           
Un compagnon pour « Vieux Corbeau ».
« Divers problèmes techniques nous amenèrent à différer notre objectif sur Klagenburg: un des moteurs de notre bombardier s’était littéralement désintégré. Nous lâchâmes donc nos 500 livres de bombes sans essuyer le moindre tir de D.C.A., ni entrevoir le nez d’un Messerschmitt.

« Rien qu’en cela, la mission était mémorable. Mais elle le devint encore plus peu après.

« Soulagé, je mis le cap sur Trieste, notre base, quand, soudain, apparut une lumière globulaire ambrée juste au bout de l’aile gauche de « Vieux Corbeau », notre avion.

Angoissante présence.
« Personne parmi les dix membres de l’équipage ne l’avait vue s’approcher. Sa forme était parfaitement sphérique et sa couleur jaune-orangé lumineux. Selon moi, elle se situait à 10 mètres au plus de l’extrémité de l’aile et son diamètre devait être de l’ordre de 3 mètres. Une réelle fascination m’habitait en la voyant là si proche et potentiellement dangereuse au point de nous anéantir à tout moment.

« Les tireurs de l’équipe, toujours désireux de faire un carton, manifestèrent l’intention de lui tirer dessus avec leur calibre 50, mais je leur commandai de n’en rien faire. Si la chose avait été hostile envers nous, elle nous aurait descendus bien avant que l’on se soit aperçu de sa présence.          

Escorte et extinction.
« Nous continuâmes donc notre chemin, en direction du sud de l’Italie accompagnés de cette boule lumineuse bizarre qui ne changea moindrement ni de forme, ni de coloration, ni de position par rapport à nous. Je suis affirmatif, cela n’avait rien de naturel et ce n’était pas un engin manufacturé.

« Après 40 à 50 minutes, notre compagnon d’un autre monde (sic) s’éteignit à la manière d’une ampoule électrique dont on coupe l’alimentation.

« Le retour à Amendola se continua sans histoire et, après avoir atterri normalement, un officier du 2ème groupe d’opération de bombardement vint avec nous procéder au debriefing. Je mentionnai l’insolite rencontre et l’explication immédiate du supérieur fut que nous avions eu affaire à « une nouvelle arme secrète allemande ».

Objection, mon lieutenant.
« Mais il ne nous a fait aucun mal, m’écriai-je! L’officier répliqua alors que la chose devait avoir transmis par radio notre altitude, notre vitesse, données qu’utiliseraient les responsables germaniques de la défense antiaérienne pour mieux nous ajuster une prochaine fois.

« Pour nous, cette explication ne tenait pas la route. Nous gardâmes le sentiment, partagés par nombre de nos collègues confrontés à la présence « passive » des « foo-fighters », qu’ils n’étaient pas une arme adverse mais plutôt qu’ils nous assistaient dans notre effort de guerre ».

Ainsi se termine le récit du pilote américain Bill Leef sur une note d’ambigüité mêlée de scepticisme quant aux intentions réelles des « foo-fighters ». Cet avis, non isolé, rejoint, au contraire beaucoup d’autres, dont notamment, ceux de la 415ème escadrille de chasseurs de nuit, basée à Dijon Longvic...

Déplorons déjà cependant le navrant déphasage d’opinion entre les aviateurs confrontés physiquement au problème et l’état-major obsédé par l’évolution des moyens de l’adversaire.



Publié en 3 fois dans Dimanche Saône & Loire des 11, 18, 25 juin et 2 juillet 1995 et globalement dans Le Monde Inconnu n°327, août-septembre 2007.

Pour en savoir plus :Mark Ian Birdsall: UFO's over Europe 1943-48, Quest Publications, 1989.










samedi 3 mars 2018

Le mystère de « l’airship »



Savez-vous que la plus grande « vague » d’observations d’ovnis jamais signalée dans le monde n’est pas celle de France en 1954, ni celle de Belgique des années 1989/90 ? Bien antérieure à l’ère de la soucoupe, elle date de plus d’un siècle et provient d’Amérique du Nord quand le ciel fut brusquement envahi par des « airships », des ballons dirigeables en l’occurrence, en un nombre nettement supérieur à ce l’actualité donnait à prévoir.

Dans la nuit du 17 novembre 1896, le ciel du nord de la Californie est traversé par une lumière mystérieuse comparée à « une lampe à arc ». Le Sacramento Evening Bee rapporte que des centaines de témoins l’ont vue passer à basse altitude comme « pilotée ». La vague est ainsi lancée en même temps que la « saga  de l’airship ».

La chronologie

Pendant toute la fin du mois de novembre et jusqu’au 15 décembre, des observations permettront de suivre la zone de déplacement du phénomène qui remonte la côte Est du Pacifique jusqu’en l’Etat de Washington (plus de 1000 km).

Après une absence de trois mois, « l’airship » réapparaît fin janvier, plus à l’est, en plein cœur du Midwest. Il survole tout d’abord le Nebraska, puis le Kansas, le Colorado, poussant jusqu’en Virginie. Le 9 avril 1897, il est au-dessus de Chicago, en Illinois, puis visite l’Ohio, l’Iowa, l’Indiana, remonte dans le Wisconsin et le Nord Dakota et gagne le Texas. Plus de 20 Etats sont ainsi parcourus d’en-haut et il y a des milliers de témoins. 80 à 90 % des observations sont nocturnes.

Un seul engin tourne-t-il ainsi de façon erratique au-dessus du sol américain ? Seulement une fois, deux seront vus simultanément dans le ciel. Un explosera mais sera vite remplacé par un autre.

A partir de mai le « mystérieux airship » disparaîtra définitivement sans laisser la moindre trace sauf dans les souvenirs des témoins et les archives des journaux.

Portrait-robot

La forme prédominante qui se cache derrière les lumières et apparaît comme « un aérostat sombre » est qualifiée de « cigaroïde » avec un certain nombre de variantes dont certaines singulièrement troublantes (« une barque volante en forme de torpille », selon le Detroit Free Press). La taille évaluée est de 3 à 90 mètres !

Dessin de l’airship paru le 12 avril 1897 sur le Chicago Times-Herald.
Parfois des ailes sont remarquées qui, comble d’audace technique, « battent comme celles d’un oiseau » ! D’autres fois, ce sont des propulseurs en forme de roues ou de « ventilateurs » qui semblent assurer le déplacement de l’engin à une vitesse estimée entre 10 et 300 km/h et à une altitude jugée très basse, « trop » par rapport aux standards de l’époque. La progression de l’engin est décrite « sinueuse, ondulante et oscillante » horizontalement et verticalement, comme sous l’effet d’une forte houle.

Sous le « cigare » est souvent signalée une « cabine », grande nacelle à verrière laquelle, la plupart du temps, est violemment éclairée de l’intérieur, ce qui permet de distinguer les passagers. Eh oui, il y en a ! L’éclat de la lumière rappelle celui, on l’a vu, des lampes à arc, de même que celle des projecteurs qui sont dirigés vers le sol. D’autres lumières clignotantes colorées – rouges, blanches et vertes – sont rapportées.


Le 11 avril 1897, une photo de l’engin est même prise, reproduite, le lendemain par le Chicago Times Herald. Le dessin ci-contre a été réalisé à partir du cliché original.

Un émoi naturel

A l’époque, la couverture médiatique de l’événement est considérable. On recensera ultérieurement plusieurs milliers de coupures (clippings) relatives à « l’airship », la plupart issues des petits journaux locaux.

Mais qu’est-ce qui incite ainsi la presse américaine, en cette fin du 19ème siècle, à monter en épingle l’odyssée d’un ou plusieurs ballons dirigeables ? Les avis sont partagés sur la question, on le verra ultérieurement. Mais il faut reconnaître le fait avéré qu’à cette époque la technologie n’existait pas en Amérique pour propulser ainsi un tel aérostat dans les airs et d’autant moins nuitamment. Le grand historien de l’aéronautique Charles Gibbs Smith mettra toute sa notoriété en jeu pour dire, plus tard, « qu’aucun engin tel que décrit par les témoins, ne pouvait voler en ce temps là en Amérique ». Ainsi, une intelligence occupait le ciel américain, mais laquelle ?

Donc, un mystérieux ballon dirigeable « futuriste » parcourt le ciel de l’Amérique profonde en un temps où il n’aurait pas dû s’y trouver, surtout la nuit (1) - trop dangereux - et ce, sous les yeux écarquillés de milliers de témoins !

Tel est de prime abord le défi lancé par l’ « airship » à l’histoire des « moins lourds que l’air » avec ce dirigeable dont les performances dépassent largement celles enregistrées même en Europe, très en avance à l’époque. Il s’y ajoute, en outre, des points supplémentaires qui rendent difficile tout essai d’élucidation rationnelle.

Dessin de l’airship paru le Post Dispatch du Missouri le 14 avril 1897.
Une fois de plus, c’est encore l’iconoclaste Charles Fort qui sauva « l’airship » de l’oubli – la meilleure manière de résoudre les mystères - en lui consacrant une centaine de lignes de son œuvre de 1000 pages avec 4 références, pas plus. Le major Donald E. Keyhoe, lui, y fit une courte allusion dans son livre culte « Les Soucoupes Volantes existent », publié en 1951 par Corrêa.

Ce fut suffisant pour éveiller l’attention des ufologues et des folkloristes modernes et permettre, plus de 50 ans après, de remonter aux sources et d’y découvrir un certain nombre de détails que, curieusement, avaient omis de mentionner ces deux pionniers.


Comme ce fameux bruit de moteur rapporté répétitivement, qui rappelle plus le ronflement ou sifflement d’un moteur électrique que celui d’une machine à vapeur (seul disponible à l’époque). A Sisterville, en Virginie, l’ « airship » fut précédé d’un

bruit de scierie.                                                                                

On a vu qu’à distance de l’engin volant, certains témoins ont distingué des personnages dans la nacelle. Parfois ceux-ci sont remarqués assis pédalant comme sur une bicyclette volante.  Leur voix parvient quelquefois jusqu’au sol et la langue qu’ils parlent n’est pas reconnue ni comprise par les témoins. Les passagers rient comme s’ils s’amusaient beaucoup et même jouent de la musique (il n’y avait pas de radio en 1897 !).

Les « atterrissages »

L’ « airship », oui, n’est pas toujours vu en l’air, comme décrit précédemment, mais à maintes reprises (une trentaine de fois selon un spécialiste), il est aperçu posé au sol (au Kansas, au Michigan, en Illinois…). Les correspondants de presse yankees l’attestent dans de nombreuses feuilles obscures rapportant les incroyables témoignages d’habitants jugés crédibles… (refrain connu).

Le 21 avril 1897, un ancien sénateur de l’Arkansas est réveillé à 1 heure du matin par un bruit bizarre ; il découvre « l’airship » se balançant juste au dessus de son gazon et puisant de l’eau dans son puits. A Rockland, Texas, J.M. Barclay observe l’engin posé au sol dans une pâture… (2)

L’équipage (en général plus d’un individu) n’a pas abandonné le navire ; au contraire, il est descendu pour se dégourdir les jambes ou bien pour se ravitailler voire se dépanner. Tel un homme, au Kentucky, portant un seau d’eau !

Rencontres rapprochées

Si l’on en croit les documents d’époque, contrairement aux occupants des soucoupes des années 50 prompts à regagner leur engin dès que surpris à terre, les « pilotes » de l’airship ne fuirent pas le contact avec les autochtones du Midwest.

C’est ainsi que certains reconnurent qui des hommes, des femmes, des enfants, un chien, un géant, un être à longue barbe, un « vieillard » mais aussi un Martien ! Souvent, le conducteur se présente comme « un mortel ordinaire » tombé en rade et demandant de l’aide.

A Springfield, le 16 avril, dans le Missouri, c’est un couple nu à longues chevelure et barbe. En général, les aéronautes sont décrits « comme des Américains normaux bon teint », au comportement amical, mais il y eut aussi des descriptions plus « exotiques ».

A plusieurs reprises, le commandant de bord se dit en route vers Cuba (la guerre d’indépendance y sévit), emportant là-bas des tonnes de munitions et parfois un canon !

La théorie de l’« inventeur » secret

D’autres fois, l’aéronaute se présente comme l’inventeur génial de l’« airship » lequel va bientôt révolutionner les voyages et les transports. Et de ne pas cacher sa profession (un cordonnier selon le San Francisco Chronicle du 27 novembre 1896), un mécanicien, un bricoleur…

L’inventeur, qui souvent se nomme lui-même Mr Wilson, vante les performances de son appareil et confie qu’en 20 ans, il a accumulé assez d’argent pour réaliser son œuvre et la tester pendant la nuit. « Bientôt, je pourrai visiter la planète Mars », ajoute-t-il.

Inutile de préciser qu’aucun Wilson ne figure au Patent Office en ces années-là. D’ailleurs ceux qui prendront un brevet en cette période – certes ils seront nombreux, ce qui ajoute à la confusion - officiellement, ne se lanceront jamais dans la construction. Historiquement, Thomas Baldwin fut le premier « aérostatier » de cette région en 1904.

Un autre occupant de l’« airship » attribue le succès de sa réalisation à un mystérieux gaz baptisé « NB » qui a pour propriété « d’inverser le poids » et dont serait rempli le ballon.

Les premiers « enlèvements »

Certains témoins sont parfois conviés à monter à bord de la machine et à effectuer une brève excursion aérienne. Par exemple, le 14 avril, à Union Station, dans l’Iowa, plusieurs personnes invitées à bord signent un affidavit attestant le vol.

Parfois l’excursion se fait de force, comme, par exemple le 29 mars, à Omaha (Nebraska), quand un fermier est « accroché » par un airship et soulevé du sol.

Nous voilà avec tous les ingrédients qui, à l’époque, firent monter la mayonnaise. Au point d’alimenter une véritable hystérie médiatique. 100 ans après, nous allons passer en revue les tentatives d’explication. Parmi les diverses hypothèses avancées, même absurdes, y en a-t-il une qui permette de trancher ?

Evacuons définitivement la thèse la plus naturelle, celle de l’inventeur isolé testant in situ et incognito l’objet de son ingéniosité. Et plutôt que d’émettre une opinion peu autorisée par-dessus un siècle, référons-nous à l’avis éclairé du plus génial contemporain de l’époque : Thomas Edison, l’homme aux 1000 brevets. Interrogé le 19 avril 1897, concernant une lettre soi-disant tombée de « l’airship » et à lui adressée (!), il déclara : « C’est absolument absurde d’imaginer qu’un homme construirait un tel engin et garderait la chose secrète ». Je m’en remettrai donc à cette impossibilité, d’autant qu’ultérieurement, personne ne revendiqua la propriété de « l’airship » qui disparut définitivement du ciel américain pour réapparaître en Angleterre, Australie et Nouvelle Zélande en 1909, en Afrique du Sud en 1914 et plus tard, en Allemagne (mêmes descriptions).

Un gros canular ?

Passons alors à la négation pure et simple de l’objectivité du phénomène. A-t-il pu être le fruit d’un canular ou d’une hallucination ?

L’envie de se voir cité par les journaux a-t-il incité les Américains à « inventer » intégralement ce mystère ? D’aucuns le croient, pas moi. Sont-ce alors les correspondants provinciaux US qui, las de colporter des faits divers banals, imaginèrent « l’airship » pour gagner un peu de notoriété et aidés par des clubs de menteurs très en vogue à l’époque (voir (2))? Ce fut certainement le cas pour des rapports suspects à Chicago, dans le Wisconsin, dans l’Indiana, l’Iowa où des fabrications patentes furent reconnues. Notamment le 1er avril. Mais ailleurs et les autres jours ?

On parla aussi de l’œuvre facétieuse de télégraphistes des chemins de fer incités par l’ennui à monter des « histoires » et les colporter sur les lignes. Là aussi contribution marginale s’il en fut.

Les témoins abusés ?

Toute la gamme des phénomènes naturels et artificiels qui auraient pu tromper les témoins fut aussi envisagée : étoile (Alpha Orionis selon le Professeur Hough de Evanston, Betelgeuse selon l’astronome Koenig...), comète, Vénus (qui se déplace, comme chacun sait, à 300 km/h). Un journaliste objecta avec pertinence que Alpha Orionis existait depuis 10 millions d’années et pourquoi, brusquement, aurait-elle été prise pour le phare de proue d’un mystérieux vaisseau aérien ?

Météores, plasma, foudre en boule, tout y passa.   N’était-ce pas plutôt des réflexions sur les nuages de lumières basées au sol (ignis fatuus ?) ou des mirages produits par l’air chaud ? Plus terre-à-terre, on suggéra que « l’airship » transportait une bande de gangsters qui ainsi ratissait le sol pour trouver des lieux de pillage ! La pub aussi servit de bouc-émissaire : « l’airship » ne pouvait être qu’un « truc publicitaire ».

Le gouvernement US ne coupa pas aux soupçons avec un projet gouvernemental secret. Alors pourquoi le dirigeable Akron de l’US Navy se traîna-t-il à 120 km/h seulement en 1931 ?

Hallucination psychosociale


On n’hésita pas non plus à voir dans les milliers de témoins des hallucinés qui avaient trop forcé sur le whisky. Dans ces conditions, un événement « ambigu » devient normalement menaçant mais, justement dans le cas de « l’airship », ce ne fut pas le cas.

La dernière question (à date) se posa en ces termes : les Américains « prenaient-ils leurs désirs pour des réalités » ? Cette théorie relève de la psychologie sociale et fut inventée par M. Sherif en 1936. Sous l’influence de certains facteurs sociaux, des gens voulant voir des ballons en verraient ! Pas évident, n’est-ce pas ?

A l’époque, la révolution industrielle battait son plein. Les Américains étaient fascinés par les premiers développements de l’aviation en Europe. Les anxiétés personnelles et collectives auraient été génératrices de fantasmes socioculturels…

Un Robur le Conquérant local

Et puis, il y avait Jules Verne ! Le mystère de « l’airship » fut-il induit par ses récits ? En effet, les analogies entre « l’airship » et l’Albatros, cet « oiseau mécanique mu à l’électricité de Robur le Conquérant, ne laissent pas d’intriguer. Lui aussi, traverse le continent américain d’Est en Ouest à une vitesse pouvant atteindre 200 km/h. Lui aussi distille de la musique notamment un bruit de fanfare produit par la trompette du second de l’équipage. Ses fanaux de nuit balayent le sol. La traduction du livre et sa suite, « Maître du Monde », furent publiées en Amérique en 1887.  Les Américains voyaient-ils dans leur ciel l’engin de fiction décrit par un grand écrivain français ? La SF influence-t-elle ce que l’on voit dans le ciel ? En France, cette théorie est très prisée mais j’ai du mal à m’y rallier.

Un ovni, vous dis-je

Reste alors la seule alternative : « l’airship » était un ovni. Oh pas une soucoupe volante, les différences sont évidentes (forme, lumière intérieure, pas silencieux, occupants bruyants).

Je suis beaucoup plus enclin à envisager que le phénomène ovni s’adapte aux époques qu’il traverse et se reflète à travers les préoccupations des témoins (on appelle ça le « mimétisme »). A ce titre et nonobstant le caractère folklorique du phénomène, « l’airship » était donc un précurseur des ovnis et c’est dans cette catégorie que je le rangerai aussi longtemps que je n’aurai pas mieux à proposer.
        
Notes :
1/ Premier vol de nuit en Europe, en 1904, et par des militaires.
2/ voir l’épisode de




l’affaire Hamilton tirée de mon « Grand Carnage ».

Pour en savoir plus, lire le livre de Daniel Cohen, The Great Airship Mystery, A UFO of the 1890s, Dodd , Mead & Company, New York, 1981.

 
















Publié en 3 fois dans Dimanche Saône & Loire des 29 mars et 5 et 12 avril 1998 et globalement dans Le Monde Inconnu n°328, octobre-novembre 2007.